Déplacement de Juste pour rire sur la place des Festivals, lancement du Zoofest: quelques nouveautés ont marqué la plus récente mouture du festival de Gilbert Rozon. Notre journaliste fait le bilan d'un festival en mutation.

Chantal Guy LA PRESSE

Les meilleurs moments

Jean-François Mercier et Louis Morissette en animateurs de gala scandaleux ont fait du très bon boulot, ainsi que Gregory Charles. On se rend compte que de nouveaux animateurs dans les galas Juste pour rire apportent un second souffle à une formule qui n'a pas changé depuis des années, et qui est très bien entretenue par les routiers. Le spectacle très attendu de young@heart, cette chorale formée de personnes âgées de 70 à 95 ans, n'aura pas été le freakshow qu'on craignait, mais un moment de pur bonheur. Le gala «hommage à Claude Meunier» aura été une réussite, aussi touchante que drôle - qui nous aura entre autres permis de retrouver un André-Philippe Gagnon en forme et de visiter une oeuvre colossale. Enfin, on développe une affection pour le Zoofest, volet plus crade et original de Juste pour rire, qui nous a permis de nous dilater la rate dans de petites salles, tard le soir, avec des blagues bien grasses arrosées d'une bonne bière (Girly Show, G.H.B., XXX), rendues par une nouvelle cohorte d'humoristes qui s'en permettent plus dans un contexte de cabaret.

Les moins bons moments

Aucun échec cuisant à noter, mais, en revanche, aucune surprise de taille. Est-ce que nos humoristes seraient fatigués? Manger trop de sucre, c'est mauvais pour les dents, et on a remarqué cette année que l'humour en général manquait de mordant. Les petites choses du quotidien et l'anecdote intime dominent les textes, au détriment de l'originalité, de la créativité, d'un regard sur le monde ou d'une critique de notre société. C'est particulièrement flagrant du côté de la relève qui a participé aux galas: les jeunes humoristes sont bons, certes, mais aucun ne s'est vraiment démarqué, comme ce fut le cas par exemple en 2005, qui nous avait offert en même temps Rachid Badouri et André Sauvé.

La révélation

Kim Noble. On n'a jamais vu un dépressif mettre en scène sa détresse de façon aussi impudique. Impossible pour le critique de recommander chaudement ce spectacle qui ne s'adresse vraiment pas à tous les publics. Mais force est de constater qu'on a rarement vécu une expérience aussi étrange et qui nous rend aussi mal à l'aise que ce Kim Noble Will Die.

Résumé

Entre valeurs sûres et explorations, le festival Juste pour rire semble être en mutation. Les galas et les grands noms forment la programmation officielle, tandis que les découvertes sont regroupées sous la bannière du Zoofest, destiné à rejoindre un public plus jeune. Car le public de JPR, comme dans tous les autres secteurs culturels au Québec, est vieillissant, mais c'est aussi celui qui tient le fort de la billetterie. Le Zoofest offre un humour différent, beaucoup plus abordable, dans des lieux moins guindés. On est bien curieux de voir comment ce volet va progresser avec les années. Finalement, c'était l'an 1 de la place des Festivals pour Juste pour rire. Bien que le lieu semble très bien s'accorder aux arts de la rue, c'était étrange de voir les rues désertes autour du Théâtre St-Denis, là où se tenaient habituellement les activités extérieures. M'enfin, on ne fera pas dans la nostalgie, et nous saurons aujourd'hui en conférence de presse si le nouveau lieu aura comblé les attentes des organisateurs de Juste pour rire et du public.