Présentée jusqu'à lundi au Théâtre du Nouveau Monde, Miam Miam casse du sucre sur les défauts de certains de nos cousins de l'Hexagone. La pièce met aussi en lumière un grand comédien et metteur en scène français: Édouard Baer. Il a la verve de Fabrice Luchini, la folie de Pierre Richard, le talent de Guy Bedos et la classe de Gad Elmaleh.

Éric Clément LA PRESSE

Hier matin, on installait les décors de Miam Miam dans la salle du TNM. Le metteur en scène de la pièce, le comédien Édouard Baer, était au bar du théâtre et plaisantait sans arrêt avec les membres de son équipe, puis avec les employées de la billetterie: «Allez, les filles, donnez des coups de fil! Invitez vos cousines! Allez prospecter dans la rue! Sortez vos décolletés!»

On ne devrait pas s'ennuyer avec Miam Miam, qu'Édouard Baer présente au TNM jusqu'au 19 juillet. La pièce humoristique a connu un triomphe à Paris, au Théâtre Marigny-Robert Hossein, l'hiver dernier. C'est aussi l'occasion de découvrir Édouard Baer, si sa voix résiste à la climatisation, une commodité qu'il n'apprécie guère.

Extrêmement sympathique en entrevue, joueur, charmant, récitant son texte en y mettant toute la gestuelle voulue, Édouard Baer fait partie de ces artistes français qui «ne se prennent pas la tête», comme on dit à Paris, et qui savent rire d'eux-mêmes. C'est d'ailleurs le sujet sous-jacent de Miam Miam.

La sacro-sainte gastronomie

L'histoire tourne autour de la sacro-sainte gastronomie française. Des acteurs jouent tous les soirs devant une salle vide d'un théâtre que l'on imagine parisien. Sans le dire à la direction du théâtre, ils louent la salle de temps en temps et, un jour, la louent à un mafioso qui croit qu'il s'agit d'un restaurant. Pour ne pas avoir de problèmes avec lui, ils transforment la salle en restaurant... sans avoir aucune compétence en la matière.

La pièce est l'occasion, semble-t-il, de se payer la tête d'une certaine arrogance française, des franchouillards qui mènent une double vie - bon père de famille côté pile, gros dégueulasse côté face - et de ces Hexagonaux qui ont un goût prononcé «pour la grande grandiloquence». C'est le chauvinisme et l'étroitesse d'esprit qui «passent au bat» dans Miam Miam. «La bêtise n'a pas de drapeau», disait Coluche.

«On se moque un peu aussi du théâtre de boulevard et du Feydeau», ajoute Édouard Baer, qui joue le rôle principal de la pièce. Il improvise même durant le spectacle et, hier, il cherchait comment ajouter de la couleur locale.

Chansons et musique

Il y a des chansons et de la musique dans Miam Miam, la pièce prenant alors des allures de comédie musicale. «Ça monte en crescendo durant la pièce, dit le pianiste Jean-Philippe Heurteaut, qui joue directement sur scène. Il y a des chansons françaises, un peu de blues et un peu de musique qui peut faire penser à de la musique classique.»

Le comédien Atmen Kelif joue le rôle de monsieur Sémir, président d'une association locale française du nom de La main qui parle. «Il devient cuistot par hasard et avec beaucoup de maladresses», dit Atmen Kelif, qui travaille avec Édouard Baer depuis 10 ans. Il a tourné pour lui dans La Bostella (2000) et Akoibon (2005).

Christophe Meynet joue quant à lui l'acolyte d'Édouard Baer dans Miam Miam. Il était déjà avec lui en 2008 quand Baer a présenté son cabaret lors du festival Juste pour rire.

La musique a été composée par Julien Baer, frère d'Édouard. Les décors ont été créés à Montréal. Ils sont très loin d'avoir le cachet des décors créés à Paris, mais il coûtait trop cher de les faire venir à Montréal, semble-t-il. «Ils ont travaillé à partir de photos pour faire ces décors», explique Édouard Baer, qui se met à blaguer avec un des comédiens, Atmen Kelif, qui s'est fait mal à l'oeil.

«Je lui ai donné un coup d'oeil dans le poing!» lui lance Édouard Baer, qui tousse, maudit la climatisation, se lève et va voir les employées de la billetterie pour leur demander si elles accepteraient de signer une pétition contre la climatisation!

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Miam Miam, au TNM jusqu'au 19 juillet.