Pour sa toute première présence au festival TransAmériques (FTA), la Montréalaise Dana Michel présente Yellow Towel. Ce solo lent et relâché fascine et déconcerte en même temps.

Stéphanie Brody LA PRESSE

Des objets jonchent la scène blanche baignée de lumière vive. Dana Michel entre, habillée de noir, ensemble de jogging, capuchon relevé, ses longues tresses afros cachées sous une casquette. Sa démarche est celle d'un petit vieux, courbée et hésitante. De sa bouche lâche sortent les paroles distortionnées de My House de Fingers inc. La scène est incongrue, presque drôle... Michel finit par s'avachir au sol, où elle continue de frôler l'état de larve. Elle se traîne parfois mollement à un autre endroit de la scène, où elle ira boire de l'eau, manger une banane ou faire beugler une trompette.

Explorer le relâchement

Dans ses premières créations, Michel, charismatique et explosive, bougeait en force et en muscles; cette fois, elle explore le relâchement. Yellow Towel progresse à la vitesse de l'escargot, l'état du corps de l'interprète se situant entre celui du vieillard qui perd contrôle et tonus et celui du bébé qui les gagne. C'est, à la limite, lorsqu'elle émet des sons (vrombissements d'une voiture de course ou bribes d'histoires sans queue ni tête) que son corps se tonifie un brin. Même lorsqu'elle se remettra enfin debout, ses mouvements et ses paroles resteront approximatifs.

Par ailleurs, celui qui observe et écoute bien décèle rapidement un autre niveau de lecture. En sus du travail sur les états de corps, Dana Michel égrène dans Yellow Towel une série de clichés liés à la culture afro-américaine: des accents, des tons de voix, des expressions, des attitudes physiques, même des objets comme la trompette, les cheveux postiches, la banane, l'afro... Elle les intègre avec précision, mais sans les décrier; elle laisse les spectateurs tirer leurs propres conclusions.

Et parlant de spectateurs, certains s'ennuient ferme; d'autres scrutent la scène pour tenter de trouver du sens à ce qui s'y passe... ou ne s'y passe pas. Ils rient des passages les plus saugrenus, s'arment de patience ou se laissent contaminer par la torpeur qui se dégage de ce spectacle qui, en plus, se déroule presque sans musique. Situé entre la performance et l'installation, c'est finalement tout un marathon d'endurance qu'accomplit ici Dana Michel. Le public aussi!