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Michel de Broin: à l'envers du monde

Michel de Broin a 43 ans, un nom français de vieille noblesse déchue, des airs... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Michel de Broin a 43 ans, un nom français de vieille noblesse déchue, des airs de Jean Leloup, 20 ans de carrière derrière la cravate, des sculptures plantées un peu partout, dont une bientôt au Reichstag, à Berlin, et une première grande expo au Musée d'art contemporain de Montréal.

Pourtant, lorsque je l'ai vu arriver du fond du couloir du musée, je l'ai pris pour un étudiant de 19 ans. Quand il m'a adressé la parole, un sourire un brin moqueur aux lèvres, l'impression de jeunesse ne s'est pas dissipée. Même qu'elle s'est accentuée en faisant le tour de son expo réunissant une trentaine d'oeuvres folles et étonnantes, dont une datant de 20 ans, faite avec un élément chauffant de grille-pain tordu en une phrase, «embrase-moi», qui rougit à la chaleur.

Si l'humour est la potion qui garde jeune, alors Michel de Broin est tombé dedans à sa naissance. Son expo en est la preuve délirante.

Chez lui, les robinets de lavabo crachent du feu, les perceuses se suicident pour se réincarner en fontaines, les prises de courant coulent (en fontaines elles aussi), la statue de la Liberté est tombée sur la tête, les fusils se muent en trompe d'éléphant, les sculptures timides rentrent dans les murs, les tables de cafétéria montrent leur derrière, les canons de guerre s'embrassent, les vélos produisent de la fumée et les jacuzzis s'installent à demeure dans des bennes à ordures.

De Broin est un Festival Juste pour rire à lui tout seul, mais il n'est pas qu'un farceur. Derrière son humour et son imagination tordue, il y a une réflexion, une recherche, une dimension politique et une construction mentale et technique assez ahurissantes, merci.

En Europe, son nom est plus connu qu'ici. C'est pourquoi, en 2009, la Ville de Paris lui a commandé une installation pour la célèbre Nuit blanche. L'artiste a répondu à l'appel avec une gigantesque boule disco de sept mètres cinquante, éclairée par cinq projecteurs et levée par une grue à 70 mètres du sol au milieu du jardin du Luxembourg.

La boule a tellement eu de succès que la Ville l'a érigée dernièrement pour le passage du Nouvel An à côté de la tour Eiffel. Une copie de la boule parisienne se retrouvera bientôt dans le ciel de Toronto, en juin, à l'invitation du festival des arts Luminato. À quand Montréal?

Dernièrement, le musée d'art du Centre de la Confédération, à Charlottetown, a invité tous les artistes du pays à participer à un concours de sculpture publique. Retenu parmi les cinq finalistes, de Broin a remporté le concours. Son projet? Un escalier mécanique recouvert d'un tapis rouge qui se replie au son du Ô Canada pour permettre aux éboueurs de collecter les déchets cachés sous l'escalier.

«Y'a toujours un petit côté baveux dans ce que je fais, dit-il, mais en même temps, c'est fonctionnel. Avec mon escalier, j'ai réglé un réel problème qui était de permettre aux gens de rentrer au musée sans devoir contourner les ordures. Mais j'avoue qu'il fallait faire preuve d'humour pour accepter un tel projet dans ce haut lieu de la Confédération canadienne.»

Artiste dyslexique

Dans le monde de Michel de Broin, une grande constante, c'est que tout est à l'envers et détourné de son sens. Il y a une raison à cela: la dyslexie.

«La dyslexie m'a causé bien des problèmes, dit-il. D'abord à l'école. J'étais turbulent, dissipé, je faisais des mauvais coups. J'ai continué à être dysfonctionnel en société et ce n'est qu'en m'engageant dans les arts que je me suis senti à ma place. C'est clair que la dyslexie a été déterminante dans ma façon de voir les choses et de concevoir mes projets.»

Né à Montréal en 1970, élevé à Notre-Dame-de-Grâce, cadet de trois enfants, de Broin est à moitié français par son père, Paul de Broin, un ingénieur, descendant de la vieille noblesse française, qui a épousé Mireille Godard, une fille de Nominingue.

Si la dyslexie a forgé son regard torve, la sclérose en plaques de son père a fait de lui un bricoleur hors pair et un artiste capable de réaliser manuellement et techniquement ses projets.

«À cause de sa maladie, mon père m'a appris à me servir de tous les outils dès l'âge de 8 ans pour que je répare la maison à sa place. J'ai d'ailleurs longtemps gagné ma vie en faisant des travaux de plomberie et d'électricité. C'est ce qui m'a aidé à percer en Europe. Là-bas, les artistes conçoivent, mais ce sont des ouvriers spécialisés qui les réalisent à leur place. Chez nous, tout le monde est un peu bricoleur. Moi, sans doute un peu plus que les autres.»

Renvoyé de l'école secondaire Paul-Gérin-Lajoie, de Broin a erré pendant quelques années. L'art l'a ramené à l'école: d'abord au cégep du Vieux Montréal, puis à Concordia et à l'UQAM, où son imagination délirante n'a pas tardé à s'imposer.

L'amour à Berlin

Après, les choses se sont précipitées: une résidence en Suisse, en 2000, grâce à une bourse du CALQ, une première exposition à la Villa Merkel de Stuttgart et une résidence à Berlin d'un an qu'il a prolongée de quatre ans par amour pour Berlin, mais aussi pour une Berlinoise d'origine suisse.

«Quand j'ai quitté le Québec, j'étais très nationaliste. Mais à Berlin, j'ai eu le malheur (et le bonheur) de me lier d'amitié avec plein d'artistes canadiens-anglais. Disons que mon nationalisme a pris le bord à la faveur de la diversité culturelle. Je demeure un Québécois, souverainiste au sens où je crois à la souveraineté intérieure, mais pas à la séparation.»

De Broin est revenu à Montréal en 2011, s'est installé dans le Mile End dans un grand taudis qu'il a retapé. Il est ravi et fier que le MAC lui offre sa première grande expo, mais il a hâte de passer au prochain chapitre. Michel de Broin ignore de quoi demain sera fait, mais il y a fort à parier qu'il continuera à explorer l'envers des choses. Pour son bonheur et le nôtre.

***

Quatre icônes montréalaises, selon de Broin

1. Le dôme géodésique de Buckminster Fuller à l'île Sainte-Hélène

De Broin y a déjà dormi du temps qu'il pratiquait le camping urbain.

2. Habitat 67

Un trésor architectural qu'il espère un jour reproduire à son échelle pour y vivre.

3. L'Homme de Calder

Une sculpture qu'il admire et dont il ne souhaite pas le déménagement.

4. Le château d'eau de la Van Horne Warehouse

Un château détourné de son sens, comme il les aime.




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