Membre de la famille fondatrice des épiceries Sobeys et ancien président du groupe Empire, l’homme d’affaires et philanthrope canadien Donald R. Sobey est décédé à l’âge de 86 ans, a fait savoir le Musée des beaux-arts du Canada, une institution qu’il a beaucoup soutenue, de même que le milieu de l’art canadien contemporain.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Donald Sobey était l’un des quatre enfants du fondateur néo-écossais de Sobeys, Frank H. Sobey, décédé en 1985. Passionné d’arts visuels, il a été, de 2002 à 2008, le président du CA du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), qui le considérait comme « l’un des plus grands philanthropes culturels du Canada ».

Il était surtout connu dans le milieu de l’art canadien comme celui qui avait proposé, en 2001, à Pierre Théberge, alors directeur du Musée des beaux-arts du Canada, de créer un prix pour récompenser les meilleurs artistes visuels du pays et mieux faire connaître l’art contemporain d’un océan à l’autre. Président du conseil d’administration de la Fondation Sobey pour les arts, Donald R. Sobey fonda le Prix Sobey pour les arts en 2002. Il s’agit de la plus importante bourse de tous les prix d’arts visuels canadiens.

Depuis le premier prix décerné en 2002, le prix Sobey a souligné le travail de quelque 305 artistes, notamment Abbas Akhavan, David Altmejd, Brian Jungen, Nadia Myre et Annie Pootoogook. L’an dernier, de façon solidaire, les 25 finalistes du prix avaient été déclarés vainqueurs, notamment (pour le Québec) Adam Basanta, Moridja Kitenge Banza, Manuel Mathieu, Caroline Monnet et Sabrina Ratté.

« Donald R. Sobey croyait aux artistes et à la défense de leurs œuvres dans toutes les régions du pays, a fait savoir, plus tôt ce mercredi, par voie de communiqué de presse, la directrice générale du Musée des beaux-arts du Canada, Sasha Suda. Son approche locale et sa vision de créer le Prix Sobey pour les arts ont eu un impact sur la vie de milliers d’artistes émergents à travers le pays. Il nous manquera profondément à nous tous au Musée des beaux-arts du Canada. »

Le MBAC fait savoir que depuis 1997, M. Sobey et sa famille ont soutenu de nombreuses initiatives du musée d’Ottawa, notamment les expositions Le Groupe des Sept. L’émergence d’un art national, en 1996, Le Canada et l’impressionnisme. Nouveaux horizons, en 2020-2022, ainsi que la création du Fonds de recherche Donald et Beth Sobey du conservateur en chef.

« Sa générosité a permis des acquisitions notables, dont les bien-aimés Chevaux au galop (2017), de Joe Fafard. En outre, en 2012, il a fait don de l’étonnante sculpture publique Majestic (2011), de Michel de Broin », souligne le communiqué de presse.

Donald R. Sobey a été un grand bienfaiteur du MBAC. Grâce à lui, le musée outaouais a acquis, en 1999, la sculpture emblématique Maman, de Louise Bourgeois, mais aussi d’autres œuvres telles que la toile Grande Riviere, de Peter Doig, en 2002, et Vienna, de l’artiste autochtone canadien Brian Jungen, en 2003.

PHOTO JEAN GOUPIL, ARCHIVES LA PRESSE

Maman, la sculpture de Louise Bourgeois installée sur la plaza extérieure du Musée des beaux-arts du Canada en 2005. Une araignée en bronze haute de 9,25 m et abritant dans son ventre un sac contenant 26 œufs en marbre.

« C’est merveilleux d’avoir connu Donald Sobey, a d’ailleurs souligné Brian Jungen. Sa générosité et son soutien exceptionnels aux arts visuels au Canada étaient remarquables, et sa nature sans prétention et sa gentillesse manqueront cruellement à beaucoup. C’est un grand honneur d’avoir reçu le tout premier prix Sobey, mais c’est un véritable plaisir d’avoir rencontré l’homme unique lui-même. J’ai toujours apprécié sa compagnie au fil des ans, et il me manquera beaucoup. »

En 2015, Donald R. Sobey avait donné 2 millions pour créer le fonds de dotation Artistes canadiens à Venise, afin d’aider les artistes choisis pour représenter le Canada à la Biennale de Venise. « Il espérait qu’un partenariat avec d’autres philanthropes canadiens permettrait d’établir un soutien durable pour la présence du Canada à Venise, avec un impact transformateur sur la place des artistes canadiens sur la scène mondiale », indique Mme Suda.

Joint par La Presse, le directeur général du Musée des beaux-arts de Montréal, Stéphane Aquin, a réagi également au décès de Donald R. Sobey. « Quelle triste nouvelle, a dit M. Aquin. La scène artistique canadienne perd un de ses plus fidèles et généreux mécènes, et un visionnaire qui, en établissant le Prix Sobey, a aidé à propulser la création contemporaine canadienne à un niveau de visibilité et de confiance uniques. J’ai eu la chance de le fréquenter, c’était un homme d’une grande courtoisie, aimable et généreux, et qui trouvait dans l’art une source d’émerveillement véritable.