Pour passer la mince frontière entre la vie et la mort, il ne suffit souvent que d’un pas. Mais en apposant couleurs vives et motifs originaux sur des crânes d’animaux trouvés en forêt, l’artiste Amélie Roberge trace en quelque sorte le chemin inverse, remettant du même coup en question notre rapport à la mort… et à la vie.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

La démarche artistique de l’artiste Amélie Roberge, établie à Tingwick, dans le Centre-du-Québec, convie à la fois l’artisanat, l’art et l’« upcycling ». Avec ses racines algonquines, et inspirée par le savoir-faire manuel dont faisaient preuve ses grands-parents, elle crée, sous le nom de Fabrique Paparmane, des pièces artisanales qui revisitent des traditions oubliées, comme des tapis tressés, qu’elle réalise à partir de retailles de tissu récupérées.

« Ça fait partie de moi depuis toujours. Ma grand-mère faisait de la broderie, nous cousait des vêtements de Barbie avec des morceaux de tissu, mon grand-père fabriquait des jeux de société ; il coupait des manches de balai pour faire les pions… », se remémore-t-elle.

  • Cette œuvre a été sélectionnée par l’équipe d’Infoman pour la 4e édition de l’exposition Jean-Tal, en mars dernier.

    PHOTO FOURNIE PAR AMÉLIE ROBERGE

    Cette œuvre a été sélectionnée par l’équipe d’Infoman pour la 4e édition de l’exposition Jean-Tal, en mars dernier.

  • Un tapis tressé signé Fabrique Paparmane

    PHOTO TIRÉE DU WEB

    Un tapis tressé signé Fabrique Paparmane

  • Une œuvre nommée Anarchy, par Fabrique Paparmane

    PHOTO FOURNIE PAR AMÉLIE ROBERGE

    Une œuvre nommée Anarchy, par Fabrique Paparmane

  • Crânes de coyote, cerf, castor, orignal, ours, vache… Amélie Roberge travaille avec ce que la nature lui donne.

    PHOTO FOURNIE PAR AMÉLIE ROBERGE

    Crânes de coyote, cerf, castor, orignal, ours, vache… Amélie Roberge travaille avec ce que la nature lui donne.

  • Des boucles d’oreilles intégrant des pics de porc-épic.

    PHOTO TIRÉE DU WEB

    Des boucles d’oreilles intégrant des pics de porc-épic.

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Immortaliser la vie

Revaloriser les matières, donner une seconde vie aux objets, « créer avec ce que j’ai », est donc naturel chez celle qui enseigne à temps plein et profite de ses temps libres pour créer. Mais ce qui accroche l’œil lorsqu’on parcourt son travail, ce sont ses crânes d’animaux aux mille couleurs qui furent pour elle une « révélation ».

« C’était dans un cours de didactique en science naturelle, on voyait comment apprendre aux élèves les notions d’herbivore et de carnivore à partir des dentitions de crânes d’animaux. Ça m’avait allumée au point que j’ai commencé à me monter une collection », se rappelle-t-elle.

Prendre un crâne dans tes mains, c’est spécial, ça vient te chercher, c’est plus grand que soi. Peindre sur des crânes, ça permet de faire basculer ça dans le monde de l’art, d’immortaliser la vie, en quelque sorte.

Amélie Roberge

PHOTO FOURNIE PAR AMÉLIE ROBERGE

Amélie Roberge dans son atelier, à Tingwick

Comme elle habite en campagne sur un énorme terrain boisé de 92 acres, il lui arrive souvent, au cours de ses promenades de « prospection », de trouver des crânes d’animaux et d’autres matières à créer, comme, récemment, des pics de porc-épic avec lesquels elle a fabriqué des boucles d’oreille.

Au fil du temps, elle s’est fait quelques contacts avec des chasseurs du coin pour s’approvisionner. Coyote, cerf, castor, orignal, ours, vache, lynx… elle peint sur chacun des crânes selon son inspiration.

« J’aime la couleur, donc mes crânes sont tous très colorés, je joue avec des dégradés… Parfois, je leur fabrique un cadre avec du bois de grange que je récupère », explique-t-elle.

Elle a choisi le nom « Paparmane » parce que cela lui faisait penser à sa grand-mère et que ce nom évocateur d’une certaine nostalgie ouvre la porte à d’autres créations qui font référence à nos traditions et au folklore. Elle travaille d’ailleurs à élaborer une gamme de produits alimentaires à partir d’aliments sauvages, comme de la gelée de cèdre ou de sapin. « L’idée, c’est de prendre ce que j’ai autour de moi, explorer les ressources de la nature, avec respect. »

> Consultez le site de Fabrique Paparmane