Agathe Bray-Bourret, illustratrice et réalisatrice de films d’animation, aime dessiner chez elle paisiblement. Mais son automne a été tout sauf tranquille : Anatole qui ne séchait jamais, un album dont elle signe les illustrations, a remporté le prix TD de littérature canadienne pour l’enfance et la jeunesse, ce qui lui a valu une bourse de 25 000 $. Le mal du siècle, film de l’ONF auquel elle a travaillé comme animatrice, a été présenté en première mondiale début décembre. Et — léger détail de quelques kilos — Agathe BB, comme elle signe parfois ses œuvres, a aussi eu un vrai bébé, aujourd’hui âgé de 3 mois.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Illustrer Anatole qui ne séchait jamais, écrit par Stéphanie Boulay, a été très agréable, se rappelle Agathe Bray-Bourret. « Il y avait beaucoup de viande dans le texte, ce qui a permis de laisser la place à la poésie dans l’illustration », dit-elle. Cet album, qui traite d’identité de genre en mettant en scène un petit garçon inconsolable, « ne parle pas de transsexualité avec de gros sabots », souligne avec fierté l’illustratrice. « J’aime les trucs à échelle humaine, pas quand les gros enjeux sont dans ta face », explique-t-elle.

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Agathe Bray-Bourret fait d’abord des brouillons à la mine.

« Une affaire de style »

Agathe Bray-Bourret a d’abord étudié en production cinématographique à Concordia. « Mais j’étais intimidée de travailler sur les plateaux », dit-elle. La grande brunette a été serveuse pendant quelques années, avant de se mettre à dessiner. Elle est retournée à l’université, pour étudier le cinéma d’animation.

Petite, je dessinais, j’aimais ça, mais je ne pense pas que j’étais super bonne. Je ne pense toujours pas que je le suis ; c’est plus une affaire de style…

Agathe Bray-Bourret

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Agathe Bray-Bourret peint à l’aquarelle ou à la gouache ses dessins, numérisés et imprimés sur papier aquarelle.

Effectivement, son style coloré et plein de mouvement — sans être dénué de sens — plaît.

Depuis un premier contrat en illustration de cahiers de jeux pour enfants il y a une douzaine d’années, Agathe BB enchaîne les œuvres pour des éditeurs, des magazines, des journaux (notamment le Washington Post), etc. Parallèlement, elle réalise des courts métrages d’animation, dont la délicieuse vidéo de Je t’aime comme tu es, de Daniel Bélanger, qui lui a valu une sélection aux prix Juno en 2014 dans la catégorie du clip de l’année.

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L’illustratrice épingle des œuvres qui lui servent de références. « Je mets des couleurs instinctivement, juste pour dire, et je finis souvent par les garder », dit-elle.

Si le bureau pouvait parler…

Agathe Bray-Bourret a chez elle un authentique bureau d’animation, relique achetée lors de la fermeture du vieil immeuble de l’ONF, sur Côte-de-Liesse. « Peut-être que de grands animateurs ont travaillé ici », dit-elle comme on formule un souhait.

Quand elle commence un projet d’illustration, Agathe Bray-Bourret dessine d’abord des brouillons à la mine. Elle les numérise, avant de les imprimer sur papier aquarelle. C’est ensuite qu’elle les colore, à l’aquarelle ou à la gouache. Dernière étape : les illustrations sont renumérisées et fignolées à l’ordinateur.

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C’est à l’ordinateur que les dernières retouches se font.

Avant et après

« Avant, je travaillais de soir et de nuit, se souvient-elle. Si je me couchais à 2 h du matin, c’était tôt ! Maintenant, je travaille de 9 h à 17 h. Et aussi souvent en soirée, parce que c’est encore là que je travaille le mieux, dans ma bulle… »

Avant, c’était avant la naissance de son fils aîné, qui a 3 ans. « Avoir des enfants, ça te donne un cadre, constate l’illustratrice. Ça t’apporte une discipline, t’as pas le choix. Et j’aime impressionner mon fils avec mes dessins », ajoute-t-elle en blaguant à moitié.

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Anatole qui ne séchait jamais, écrit par Stéphanie Boulay et illustré par Agahte Bray-Bourret, publié aux éditions Fonfon. 

Ses projets sont nombreux : Agathe Bray-Bourret travaille à deux projets de livre pour enfants, en plus d’écrire une série de fiction humoristique avec son conjoint, le bédéiste Samuel Cantin. Elle tente enfin de finir un court métrage d’animation, intitulé La dernière décimale de Pi. « Le prix TD va m’aider à prendre le temps de le terminer, souligne-t-elle. Cette bourse est tellement généreuse, c’est fou ! C’est vraiment le fun être illustratrice et artiste. J’ai une qualité de vie extraordinaire. Mais il ne faut vraiment pas aimer l’argent… »

> Consultez le site d’Agathe BB : https://www.agathebb.com/

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Agathe Bray-Bourret travaille notamment avec de la gouache, qu’elle utilise comme de l’aquarelle.

> Consultez le clip de Je t’aime comme tu es : https://www.youtube.com/watch?v=3-cRZ5lzJuo

> Voyez les films d’animation réalisés pour La Cimade : https://vimeo.com/361337125