(Québec) Les artistes en ont assez d’être qualifiés « de bohèmes, de rêveurs, de boute-en-train, de fous du roi, voire de marginaux et d’iconoclastes ». Ils veulent avoir « les mêmes droits que tout le monde » en matière de santé et de sécurité au travail et exigent que Québec respecte sa promesse de réformer les lois sur le statut de l’artiste.

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Fin septembre, le gouvernement Legault a rejeté une motion présentée par la députée de Québec solidaire Catherine Dorion, qui lui demandait de « déposer cet automne un projet de loi réformant les deux lois sur le statut de l’artiste ». Le gouvernement s’est toutefois engagé, en adoptant une autre motion en mai dernier, à ce que cette réforme tant réclamée soit adoptée « d’ici la fin de la législature », soit avant le rendez-vous électoral de l’automne 2022.

Dans une lettre ouverte publiée ce jeudi dans la section Débats de La Presse, les principales organisations syndicales qui représentent la variété d’artistes qui pratiquent leur art au Québec s’inquiètent que le gouvernement ne respecte pas son engagement électoral s’il tarde à déposer un projet de loi.

« Comment expliquer, en 2021, que les deux principales lois en matière de santé et de sécurité au travail ne s’appliquent pas automatiquement aux artistes ? », demandent-elles d’une même voix.

Comment comprendre, en dépit de tout ce que le Québec a traversé au cours des dernières années, que les dispositions législatives pour contrer le harcèlement psychologique et sexuel en milieu de travail ne s’appliquent pas d’emblée au milieu artistique, qui n’a pourtant pas été épargné ?

Extrait de la lettre ouverte

Cette lettre, signée par l’Union des artistes, l’Union des écrivaines et écrivains québécois, la Guilde des musiciennes et musiciens du Québec et bien d’autres organisations, s’indigne que l’État québécois aille trop loin en tolérant que « les nombreux programmes de subventions et d’appuis financiers du gouvernement à l’industrie culturelle [soient] alloués sans qu’aucune forme de vérification n’ait lieu quant au respect ou non d’une entente collective au cours de la production ».

« Toute forme de financement de l’État doit impérativement être conditionnelle à l’application de conditions minimales de travail reconnues. Quand on sait à quel point l’aide publique est essentielle au secteur des arts et de la culture, il s’agit là d’une façon efficace de s’assurer que les droits du travail de tous les artistes soient respectés », disent-elles.

Une réforme attendue depuis longtemps

La réforme des lois sur le statut de l’artiste (adoptées en 1987 et en 1988) est réclamée depuis plusieurs années. Cette révision, qui a fait l’objet de larges consultations l’hiver dernier, a même été inscrite en priorité dans la plus récente politique culturelle du Québec. L’objectif est d’améliorer les conditions socioéconomiques des artistes, dans le contexte où « le revenu médian des artistes se situe toujours aujourd’hui sous le seuil de pauvreté », rappellent les associations professionnelles artistiques.

Au printemps dernier, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a déclaré qu’elle ne donnerait pas de date pour déposer la réforme. Mme Roy a toutefois affirmé qu’elle ne reniait pas sa promesse de modifier ces lois d’ici la fin du mandat.