L’entreprise d’économie sociale fondée il y a un an pour récupérer des décors de théâtre, de plateaux de télévision et de cinéma afin de les remettre en circulation — pour éviter qu’ils ne soient acheminés vers des sites d’enfouissement — vient d’inaugurer sa boutique en ligne.

Jean Siag
Jean Siag La Presse

Avec le lancement de sa boutique en ligne — et de ses quelque 1500 articles à vendre — la directrice générale d’Ecosceno Anne-Catherine Lebeau réalise donc la deuxième phase du plan d’affaires de l’organisme qu’elle a cofondé avec ses complices Jasmine Catudal, Isabelle Brodeur et Geneviève Levasseur.

Après avoir mené à bien deux projets pilotes l’an dernier, un premier avec Pixcom — ils ont récupéré 95 % des décors de l’émission jeunesse Sapiens, soit 34 tonnes de matériaux ! – et un autre avec la compagnie Duceppe, pour faire l’écoconception de la pièce Les enfants, ils sont passés à l’étape suivante : ouvrir une boutique en ligne.

Résultat : plus de 5000 visites depuis l’ouverture de la boutique il y a trois semaines. L’organisme qui a loué un espace temporaire pour entreposer tous les objets et décors récupérés au cours de la dernière année sous-louera à partir de la semaine prochaine une partie de l’entrepôt de Duceppe — dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

« Il nous fallait un espace pour entreposer tout ça, nous dit Anne-Catherine Lebeau, mais c’est sûr qu’on essaie aussi de travailler directement des théâtres, de l’entrepôt du producteur ou des lieux de tournages des émissions ou séries pour faire l’inventaire de tout ce qu’il y a à récupérer sur place et de l’afficher en ligne. Pour éviter d’encombrer notre espace d’entreposage, sinon ça nous prendrait un trop grand espace. »

La pandémie a bien sûr freiné l’élan d’Ecosceno, qui travaillait entre autres avec le Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) et la compagnie Duceppe sur des scénographies écoresponsables (écoconception), condition sine qua non pour pouvoir ensuite récupérer les matériaux ayant servi à la conception des décors.

« Le théâtre s’est vraiment montré très intéressé à ça, les écoles aussi, nous dit Anne-Catherine Lebeau, qui travaille depuis le début du projet avec la directrice de production Judith Dufour-Savard. Dans le milieu de la télé et du cinéma, c’est plus difficile, parce que leurs échéanciers sont plus serrés, ils ont moins le temps de faire de l’écoconception, ce n’est pas tout le monde qui est prêt à se lancer là-dedans. Le problème, c’est qu’à la fin, on n’arrive pas à récupérer ou à recycler leurs matériaux... »

Ironiquement, ce temps d’arrêt forcé induit par la pandémie a permis à la petite équipe d’Ecosceno, qui vient quand même d’embaucher trois nouveaux employés, de mettre en place la boutique en ligne. Ils travaillent aussi avec Duceppe, le Rideau Vert et le Trident (à Québec) sur des projets soutenus par le Fonds d’action québécois en développement durable.

« On n’avait pas le temps sinon, on courait d’un projet à l’autre », nous dit Anne-Catherine Lebeau.

Autre demande qu’Ecosceno n’avait pas prévu : avec l’arrêt des spectacles, les théâtres, qui devaient continuer à payer leurs frais fixes, ont été nombreux à vouloir réduire leurs coûts en libérant une partie de leurs entrepôts. Plusieurs compagnies, dont la TOHU par exemple, ont fait appel à leurs services pour se départir de certains décors et matériaux, ce qui leur a aussi permis d’accumuler des stocks.

Le nom de l’organisme est maintenant connu dans le milieu, une autre victoire pour Anne-Catherine Lebeau et son équipe, qui espère voir sa petite entreprise d’économie sociale continuer de croître.

« On commence à travailler avec Acmé, qui a des ateliers de décors et qui font beaucoup de télé, on donne de plus en plus de formations pour l’écoconception, et on va même avoir une section spéciale pour les objets qui ont une valeur patrimoniale, et qu’on pourrait conserver et offrir à des institutions, donc ça évolue vraiment bien, on est occupés, on n’arrête pas. »

> Consultez le site web de la boutique en ligne d’Ecosceno

> Lisez notre reportage sur Ecosceno