Le spectacle était presque un prétexte. Une mise en bouche. Une série de sketchs, de jeux et de chansons, davantage dans le ton d’une animation de camp de jour que dans celui d’un gala humoristique en bonne et due forme.

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

Ce n’est sans doute pas un hasard s’il y avait autant de spectateurs massés le long d’une allée centrale clôturée, à la place des Festivals, que devant la scène, hier après-midi, pour le quatrième évènement Juste pour ados du festival Juste pour rire. Lorsqu’on attend avec plus d’impatience la fin du show que le show lui-même…

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L’animateur du gala Juste pour ados, Pascal Morrissette

Ils étaient quelques milliers de spectateurs, des adolescentes en majorité, mais aussi des familles et de jeunes adultes, venus à la rencontre de leurs « artistes » préférés. Les guillemets sont de mise lorsqu’il est aussi question de youtubeurs, d’influenceurs, de marchands de rêves sponsorisés et autres narcissiques anonymes sans talent artistique particulier.

Ceux-ci ont pourtant été parmi les plus chaleureusement applaudis – avec les ex-candidats d’Occupation double Catherine Quelquechose et Alanis SaMeilleureAmie – par le public, lors de l’annonce officielle du « meet up » (l’expression n’est pas de moi) qui a suivi ce gala d’environ une heure.

Un gala qu’on pourrait qualifier d’inégal et de décousu, si l’on était plus poli, mais qui, en toute franchise, était d’un ennui consommé. 

Entre les animations survoltées et la musique de beach club suraiguë, les sketchs confus et les blagues incompréhensibles, on n’a guère eu l’occasion de s’emballer. Et ce n’est pas seulement parce que, à l’évidence, je ne fais pas partie du public cible. Les adolescents ne riaient pas beaucoup, eux non plus, malgré les efforts louables de Pascal Morrissette.

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L’humoriste Mariana Mazza

L’animateur et G.O. en chef de l’évènement avait choisi de lancer des défis à des vedettes sur le thème « pas game ». Tu n’oseras pas faire ceci ou cela : arriver sur scène accompagné de licornes (l’animateur lui-même avec des danseurs costumés), danser sur un air country (ce qu’a fait Mariana Mazza, arrivée sur scène déguisée en hamburger), donner un cours de Zumba (Simon Boulerice, en mode Richard Simmons) ou ne pas avoir l’air fou sur Instagram (la meilleure vanne de Morrissette, à l’intention de l’influenceur/mauvais payeur P.O Beaudoin). Idée sympathique, mise en œuvre brouillonne, résultat convenu.

L’essentiel du public s’étirait sur l’axe nord-sud de la place des Festivals, mieux placé pour quémander des autographes que pour voir les artistes sur scène. Ces jeunes gens attendaient, téléphone en main, qu’une centaine de célébrités de la télé et du web défilent dans « l’allée des vedettes », en plein soleil.

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La chanteuse Roxane Bruneau

Idoles d’une génération se prêtant au jeu des égoportraits en série, comme dans un congrès du PLC. Les comédiens Pier-Luc Funk, Sarah-Jeanne Labrosse, Émilie Bierre, Ève Landry et Debbie Lynch-White (qui avaient pour défi de tenter d’émouvoir la foule en lisant une recette de muffins aux bleuets), les chanteurs Ludovick Bourgeois et Roxane Bruneau. Humoristes, animateurs, acteurs. Artistes de talent et « gens connus parce qu’ils sont connus » confondus. 

Une brochette incongrue, pourtant en phase avec l’époque – où une Kim Kardashian, épouse de Kanye West, peut obtenir sans grand effort une audience auprès du président des États-Unis.

Le père d’adolescents que je suis ne connaissait pas les deux tiers des célébrités annoncées. C’est pourquoi j’ai invité/contraint Fiston à m’accompagner pour m’aiguiller et m’informer minimalement sur l’identité de tous ces jeunes gens dans le vent. Il n’en connaissait pas la moitié lui non plus. Il n’a pas pu répondre à la question du quiz sur les célébrités « Combien d’abonnés Instagram a Noémie Lacerte ? », faute de savoir qui est cette jeune femme qui « aime les vêtements, mais genre, beaucoup ».

Il y a quelque chose d’à la fois fascinant et troublant dans le fait de voir de près tous ces adolescents s’exciter le duvet des mollets pour quelques secondes en compagnie de célébrités et demi-célébrités à peine plus âgées qu’eux. Assez pour nourrir bien des réflexions sur la vacuité du vedettariat et les effets à moyen terme de la célébrité instantanée.

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Les influenceurs P.O Beaudoin et Marina Bastarache

Certes, le phénomène ne date pas d’hier. Les ados qui s’exclamaient de joie il y a 25 ans en apercevant les Backstreet Boys devant les studios de MusiquePlus sont retournés les voir la semaine dernière, prétextant accompagner leurs propres enfants. À leur décharge, même avec une pertinence artistique contestable, les Backstreet Boys savent chanter et danser. Mais s’enthousiasmer à grands cris stridents pour de jeunes gens qui se filment, plan fixe, donnant des conseils beauté ? Célébrer des adultes en manque d’attention prêts à se ridiculiser, pendant des mois, dans une téléréalité ? Acclamer un youtubeur qui s’est filmé alors qu’il refusait de payer sa course de taxi ? Accueillir ces vedettes jetables, ayant succédé à d’autres vedettes jetables, avec plus d’entrain que des artistes parmi les plus doués de leur génération ? Je suis sans doute vieux jeu, mais ce que j’ai vu et entendu hier me dépasse.

Qu’à cela ne tienne. Tu veux devenir une vedette ? Voici les conseils de mononcle Marc. Propose des tutoriels beauté sur ta chaîne YouTube comme Gaby Gravel dans Like-moi ! Ou inscris-toi à Occupation double et présente-toi dans un gala Juste pour rire avec un cochon en laisse. Si seulement je disais ça juste pour rire.