Voici trois questions qui jaillissent quasi quotidiennement sur mes réseaux sociaux et dans la boîte courriels : à quand une chronique sur Bonsoir bonsoir ? Pourquoi ne parlez-vous pas de l’émission de Jean-Philippe Gauthier, euh, voyons, de Jean-Philippe Wauthier ? Et est-ce que j’ai raté votre critique de Bonsoir bonsoir ?

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

À vous lire, vous souhaiteriez un papier assassin, extra méchant, sur le nouveau talk-show estival de Radio-Canada, qui succède aux Échangistes de Pénélope McQuade. Bien quoi. Wauthier est tellement baveux à La soirée est (encore) jeune qu’il mériterait une couple de taloches, non ?

Alors, voilà. Je rame à contre-courant par rapport à Bonsoir bonsoir !. Je ne déteste pas ça (hon !) et, quand je zappe dessus, j’accroche jusqu’à la fin. C’est bon signe.

Le décor chargé de plantes vertes, de touches dorées et de flamants roses est super beau. Ça ressemble au café-bar Darling, boulevard Saint-Laurent, à Montréal. Le long comptoir permet de mener des entrevues plus éclatées, tandis que la section boudoir permet plus de profondeur dans les entretiens.

Bonsoir bonsoir ! s’approche de l’ambiance feutrée qui règne chez Andy Cohen à la barre de Watch What Happens Live.

J’adore quand un animateur pose des questions de fans à ses invités, des questions que nous, dans notre salon, aimerions poser. Andy Cohen en a fait sa marque de commerce sur la chaîne Bravo, aux États-Unis. Avec sa spéciale District 31 – et le Disquiz 31 –, Jean-Philippe Wauthier a flirté avec la méthode Cohen et ce segment a été l’un des meilleurs de la saison.

Transparence totale, ici : je connais très bien Jean-Philippe Wauthier et ce serait bien malhonnête de ne pas le mentionner. Cela dit, l’animateur s’améliore de semaine en semaine, garde mieux le contrôle du plateau et montre une facette de lui moins abrasive qu’à La soirée est (encore) jeune.

Car vous imaginez sûrement Jean-Philippe Wauthier en type hyper snob, imbu de lui-même et hautain. C’est l’image (tenace) qui le suit et elle ne le représente pas du tout.

On s’entend : Bonsoir bonsoir ! ne réinvente pas le talk-show de soirée, mais il explore de nouvelles avenues. Par exemple, la position debout, accoudée au bar, nous change des traditionnels divans et pupitres parfaitement alignés. C’est sympathique.

Ce qui m’agace dans l’émission quotidienne de Jean-Philippe Wauthier, ce sont les vedettes qui y paradent. Qu’elles soient de catégorie A, B, DD ou triple X, peu importe, j’en ai trop vu, désolé. Comme le dernier jour au buffet d’un hôtel tout inclus où la senteur d’une 15e omelette western ne passe plus.

Ces vedettes, je les ai observées partout, partout pendant l’hiver. En chaloupe chez Jean-Philippe Dion, en pleurs chez Véronique Cloutier, en colère chez Guy A. Lepage ou en extase chez France Beaudoin. Qu’ont-elles de nouveau à raconter qu’elles n’ont pas déjà partagé elles-mêmes sur leurs réseaux sociaux ?

La télévision traditionnelle lutte avec Instagram et Facebook dans la diffusion de contenus axés sur les stars québécoises. Prenez cette vedette X, qui publie énormément sur Instagram. Nouvelle couleur de cheveux (#tellementCoachella), voyage palpitant au Maroc (#sahayonara) ou adoption d’un chiot craquant (#woufwouf), la vedette contrôle le message qu’elle relaie à ses centaines de milliers d’abonnés.

Puis, les sites web spécialisés comme Monde de stars ou Hollywood PQ repiquent – voire pillent carrément – ce contenu et le placardent, à leur tour, partout. Les mèches roses de la vedette, sa visite du souk ou les premières gaffes de son pitou, la roue recommence à tourner.

À la radio, ces infos sur les rénos ou les divorces de vedettes se glissent dans presque toutes les chroniques showbiz. Et une fois rendue devant les caméras de télé, la vedette n’a pas encore ouvert la bouche qu’on n’est déjà plus capable de l’entendre radoter sur les splendeurs de Marrakech ou se pâmer devant les yeux adorables de son bouledogue français.

Même pour les projets professionnels, c’est le même manège promotionnel 2.0 qui se répète. Les comédiens de théâtre se filment en répétition ou dans les loges. Grâce à leurs téléphones, les acteurs de cinéma ou de télévision nous emmènent sur les lieux de tournage de leurs prochains projets.

Tout ça crée un effet de surdose. La banque d’anecdotes a été vidée. La solution ? Provoquer plus de rencontres inédites. Sortir davantage les convives de leur zone de confort. On veut qu’il se passe quelque chose quand on s’installe devant Bonsoir bonsoir !, que ça fasse jaser. On veut aussi une deuxième ronde de Disquiz 31, parce que nous avons été plusieurs à nous trouver complètement nuls en comparaison avec le père de Vincent-Guillaume Otis, qui a été une vraie machine.