La directrice artistique du festival Phénomena, D. Kimm, continue de nous faire découvrir des phénomènes des arts vivants. Aperçu de la programmation du festival qui débute aujourd’hui.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Parade phénoménale

D. Kimm n’est pas peu fière de cet exploit : avoir fait fermer le boulevard Saint-Laurent un samedi après-midi, entre l’avenue Laurier et le viaduc Van Horne. Non pas pour une braderie ou pour la F1, mais pour le plaisir de voir défiler des cortèges poétiques, des fanfares et des marionnettes géantes au milieu desquels on pourra voir des artistes et de simples citoyens costumés en fleurs, en oiseaux ou en animaux (entre autres). « Le but est de faire quelque chose ensemble, gratuitement, pour célébrer la beauté et la poésie, nous dit D. Kimm. Tous ceux qui ont fait un costume peuvent faire partie de la parade. » La fée urbaine Patsy Van Roost est l’une des collaboratrices de cette 2e édition ; elle a préparé une structure de textiles pour le cortège des fleurs. Rendez-vous aujourd’hui au parc Lahaie à 13 h.

Cabaret de performances sourdes

Le cabaret animé par Hodan Youssouf (qui est sourde) mettra en vedette des artistes sourds qui feront des performances d’art clownesque, d’humour, de poésie ou de musique. Une interprète de la langue des signes fera la traduction pour les spectateurs non initiés. « C’est très intéressant parce que ces artistes ne considèrent pas qu’ils sont handicapés, ils parlent simplement une autre langue, qui est aussi très visuelle », note D. Kimm. Véro Leduc, qui enseigne au département de communication à l’UQAM (en action culturelle), et Jack Volpe, codirecteur artistique du cabaret, ont participé à la création, qui sera présentée à la Sala Rossa, le 20 octobre, à 19 h. « On ne voit jamais ces artistes, donc c’est vraiment une occasion de les côtoyer. »

PHOTO CAROLINE HAYEUR, FOURNIE PAR PHÉNOMENA

Véro Leduc, codirectrice du cabaret de performances sourdes, avec l'artiste Mathew Kunts et l'animatrice Hodan Youssouf.

Joséphine Bacon et Matiu : transmission

La poète innue Joséphine Bacon fait équipe avec le jeune auteur-compositeur-interprète Matiu pour parler de transmission. « Joséphine va faire des contes et des poèmes, tandis que Matiu va chanter, mais aussi se raconter », précise D. Kimm, qui ne tarit pas d’éloges pour l’autrice native de Pessamit. « C’est un être fantastique, nous dit-elle. Je voulais surtout qu’ils nous parlent. Parce que les gens ne les connaissent pas. Et dans le travail de réconciliation qu’on doit faire auprès de cette communauté, je crois qu’il faut commencer par écouter leurs histoires. » Un dialogue intergénérationnel présenté à la Sala Rossa, le 24 octobre, à 20 h.

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La poète et conteuse innue Joséphine Bacon propose une soirée intimiste avec le chanteur Matiu.

Cabaret dada de la Pire Espèce

La Pire Espèce, menée par les maîtres du théâtre d’objets Olivier Ducas et Francis Monty, a accepté d’animer le traditionnel Cabaret dada de Phénomena. « Ça fait longtemps que je leur courais après, mais il y avait toujours un problème d’horaire, donc je suis contente qu’ils soient là, nous dit D. Kimm. Ça va être drôle et ça va être fin. » La Pire Espèce, qui fête ses 20 ans cette année, a recruté plusieurs interprètes rompus à son univers, à commencer par Marcelle Hudon, mais aussi Mathieu Gosselin, Alexandre Leroux, Karine St-Arnaud et le collectif des Tables Tournantes. Un cabaret où ils « s’insurgent contre tout contrôle ». À la Sala Rossa, le 19 octobre, à 20 h.

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Mathieu Gosselin et Olivier Ducas font partie du Cabaret dada. 

Au royaume de Kekeland

Les collectifs Tôle et Le Bien-être Social Club rendent hommage à la chanteuse et comédienne française Brigitte Fontaine. Dans une installation de l’artiste visuelle Geneviève Grenier, les trois interprètes de Tôle (Catherine-Audrey Lachapelle, Élisabeth Tremblay et Geneviève Labelle) reprennent sous le nom des Bébés Fontaine certaines des chansons de l’artiste underground, comme Ah que la vie est belle, Conne ou Le nougat. « Ce sont des jeunes femmes qui tripent sur Brigitte Fontaine. La première partie est plus théâtrale, alors que la deuxième partie est plus délinquante, avec un house band, et il y aura plusieurs interprétations des textes et des chansons de l’artiste. C’est vraiment un happening. » Ça se passe à la Sala Rossa, le 18 octobre, à 20 h.

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Marie-Ève Groulx et Édith Michelle rendent hommage à Brigitte Fontaine.

La pensée sauvage

Le Sous-marin jaune, dirigé par Antoine Laprise, est l’une des compagnies qui répondent le mieux aux critères non définis de Phénomena. Après avoir décortiqué l’œuvre de Montesquieu, Descartes, Tolstoï et même la Bible, Loup bleu (sa célèbre marionnette) nous entretiendra des écrits de l’anthropologue et ethnologue français Claude Lévi-Strauss. On nous promet une discussion sur « l’écart entre la pensée primitive et la pensée domestiquée ». On compte aussi sur lui pour nous expliquer les concepts de l’anthropologie structurale et de l’autorégulation des sociétés. Aussi sur scène, le coauteur Jonathan Cusson, Paul-Patrick Charbonneau et Joanie Fortin. À la Sala Rossa, le 22 octobre, à 20 h.

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Antoine Laprise et son complice Loup bleu

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