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La cathédrale Seagram de Phyllis Lambert

L'immense parvis devant le Seagram Building «offre une... (Photo: archives, fournie par le CCA)

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L'immense parvis devant le Seagram Building «offre une sorte de clairière dans la forêt» de bâtiments de Manhattan, explique l'architecte Phyllis Lambert, qui considère cet édifice comme son bébé.

Photo: archives, fournie par le CCA

Yves Schaeffner

collaboration spéciale

La Presse

(New York) Plus de 50 ans après la construction du Seagram Building, Phyllis Lambert raconte dans un livre la petite et grande histoire de ce gratte-ciel iconique qui a changé le cours de sa vie et la face de New York.

Assise à sa table habituelle au Four Seasons, le chic restaurant-bar au pied du Seagram Building, Phyllis Lambert est évidemment dans son élément. Avec les architectes Ludwig Mies van der Rohe et Philip Johnson, elle est après tout en partie responsable du célèbre gratte-ciel de 38 étages.

Décrit comme «le building le plus important du millénaire» par le critique architectural Herbert Muschamp du New York Times, aujourd'hui décédé, le bâtiment sis au 375, Park Avenue «représente une façon unique de construire dans la ville. Il offre un point de vue respectueux, il est ouvert au public», explique Phyllis Lambert, sobrement vêtue de noir.

Évoquant la grande place devant le bâtiment, elle ajoute que la construction «offre une sorte de clairière dans la forêt». La description ne saurait être plus juste.

L'immense parvis devant cette cathédrale moderne tranche encore majestueusement aujourd'hui avec la pépinière de buildings qu'est Manhattan. L'endroit inspire et permet de respirer dans le brouhaha cacophonique de la ville.

Un des premiers buildings new-yorkais à être passés de l'âge de pierre à l'âge de verre, le Seagram Building marque également un moment charnière dans la vie de Phyllis Lambert, née Bronfman. En 1954, elle n'avait que 27 ans quand elle a été catapultée directrice de la planification de ce projet plus grand que nature (36 millions de dollars, une vraie fortune à l'époque).

Mieux, c'était son premier véritable emploi! Artiste, elle habitait alors Paris pour être, entre autres, loin du joug de son père, l'homme d'affaires montréalais Samuel Bronfman. Elle ne serait sans doute pas revenue si vite dans le giron familial si elle n'avait pas reçu les plans de l'immeuble que son père comptait ériger à New York.

«Le dessin était horrible!», se remémore-t-elle en souriant. Passionnée d'arts et d'architecture, elle lui a immédiatement envoyé une longue lettre de protestation reproduite dans le beau livre Building Seagram (Yale).

À ses yeux, Seagram, alors la plus importante entreprise de spiritueux en Amérique du Nord, pouvait faire bien mieux qu'un gratte-ciel anodin. Tandis que son père lui offrait de venir choisir le marbre pour le hall d'entrée, Phyllis Lambert s'est mise en tête de convaincre ce dernier de choisir un architecte doté d'une vraie vision et de produire un «building qui exprime le meilleur de la société».

En cette époque qui n'est pas sans rappeler la télésérie Mad Men - avec des repas d'affaires arrosés de nombreux martinis et zéro femme en position de pouvoir -, Phyllis Lambert a rencontré Lou Crandall, le PDG d'une des plus grosses entreprises de construction au pays, à la demande de son père. Impressionné, ce dernier a encouragé Bronfman à confier la tâche de trouver un architecte à sa fille.

«Mon père avait besoin d'être rassuré», précise Lambert. Le 1er décembre 1954, elle était officiellement embauchée.

Un héritage artistique impressionnant

La jeune Lambert n'a pas tardé à arrêter son choix sur l'architecte allemand Mies van der Rohe, qui s'est associé à Philip Johnson. Ensemble, ils ont devisé d'un édifice comme il n'en s'en était jamais vu à New York: entièrement couvert de vitres et de poutrelles en bronze, tout à la fois sévère et incroyablement fluide.

Aussi, Phyllis Lambert s'était donné pour mission d'acquérir des oeuvres d'artistes contemporains pour l'immeuble, allant de Picasso à Miró.

Si l'édifice a été vendu en 1979 par Seagram et qu'elle a dû se séparer avec grande tristesse d'importantes collections d'arts, aujourd'hui, elle se console en voyant que l'immense Picasso qu'elle avait acheté en 1957 trône toujours dans le hall du Four Seasons.

Pour ce faire, elle a dû se battre bec et ongles. Lors de la première revente de l'immeuble, en 1979, elle avait émis une série de règles strictes obligeant les futurs propriétaires à prendre un soin maniaque de l'édifice.

Par la suite, elle a également contribué à ce que le bâtiment et le restaurant obtiennent le statut de «grands sites», une nécessité absolue dit-elle, dans une ville obsédée par le profit comme New York. Et, à 86 ans, elle se dit toujours prête à défendre son bébé. «Je serai toujours là pour le building.»




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