Chaque jour jusqu'aux premières neiges, dès le lever du soleil et tant qu'il fait clair, deux vergers de Mont-Saint-Hilaire se transforment en vastes galeries d'art contemporain à ciel ouvert, beau temps, mauvais temps.

Mis à jour le 18 oct. 2012
Marie-Christine Blais LA PRESSE

Pour sa sixième présentation, l'événement Créations-sur-le-champ Land Art Mont-Saint-Hilaire a en effet proposé à 12 artistes professionnels, d'ici et d'ailleurs, de transformer feuilles, pommes, branches, roches et autres matériaux organiques en oeuvres d'art géantes, installées dans une pinède, entre les pommiers, le long des fossés.

Innovation en 2012: l'ajout d'un volet relève, avec des créations faites par des élèves de prématernelle et des étudiants du secondaire. Promenade pour tous (gratuite, en plus!) dans un éden du land art, de l'art brut, de l'art nature.

Le premier Créations-sur-le-champ s'est tenu en 2007 dans le verger du Pavillon de la pomme, à Mont-Saint-Hilaire. Depuis, l'événement a pris de l'ampleur, attiré des milliers de visiteurs et même fait des petits: Sherbrooke s'en est inspiré pour sa propre expo de land art (textuellement «art de terre»), Rigaud et Sainte-Rose, à Laval, songent à faire de même. C'est que le land art n'a pas de date de péremption; les oeuvres faites de matériaux trouvés sur place sont rarement démontées. Intégrées dès le départ au décor naturel, elles vont peu à peu se fondre à la nature environnante: elles retourneront littéralement à la terre ou, au contraire, résisteront en se transformant, comme le font d'ailleurs plusieurs des oeuvres des années passées à Mont-Saint-Hilaire.

En outre, pas besoin de se taire ou de marcher avec un peu de décorum quand on les visite: les enfants adorent courir d'une installation à une autre en criant, et certaines retiennent toujours leur attention: cette année, Espace retrouvé de Brigitte Blanchet les attire particulièrement, avec ses kyrielles de petits objets suspendus sous les arbres. Quant aux oeuvres faites par les jeunes et installées dans le verger du Flanc nord, elles incarnent leur préoccupation réelle pour l'environnement.

D'ailleurs, si elles sont créées dehors (en cinq jours) et exposées à tout vent, les installations n'en sont pas moins provocantes. Olivier Gingras suscite bien des discussions et prises de conscience avec sa Désillusion dénaturelle. Il l'a conçue à partir des nombreux détritus qu'il a ramassés sur moins d'un kilomètre, le long de la route 116, en bordure du verger du Pavillon de la pomme. Devant tous ces objets disparates intégrés aux arbres, les visiteurs sont invités à réagir. L'un d'eux a parfaitement résumé le sentiment général en un mot: «gênant»...

Alors que la cueillette de pommes est terminée (c'est pour ne pas déranger les cueilleurs que l'événement a toujours lieu immédiatement après la période des pommes), la saison du verger artistique se poursuit, et les personnes intéressées peuvent voter pour leur oeuvre préférée jusqu'à demain soir. Ensuite? Ils pourront continuer à visiter l'exposition, tant que le temps le permet. Chose certaine, Ève et Adam y auraient trouvé matière à réflexion. Et à beaucoup de plaisir.

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Information: www.landart-creations-sur-le-champ.ca

Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

ÉveIL d'agnès Dumouchel est un gigantesque mandala tracé à l'aide de pommes et de terreau noir. On peut s'y promener, y méditer, y faire un voeu ou simplement le contempler. En prime: quand il pleut, le contraste entre les couleurs de l'oeuvre est encore plus marqué.