Montréal va se doter d'un bijou de l'architecture intérieure berbère et hispano-mauresque. Douze artisans venus du Maroc ont créé à l'intérieur du futur Centre culturel marocain des éléments décoratifs appelés zelliges, un art de la mosaïque datant du Xe siècle.

Éric Clément LA PRESSE

On les appelle maâlems au Maroc. Ces maîtres de l'artisanat répètent des gestes ancestraux pour parer de beauté les murs des palais, des medersas (écoles) et des demeures.

Au printemps, maâlem Lamane El-Housseine est arrivé à Montréal avec 11 artisans venus embellir le Centre culturel marocain en construction au coin de Berri et Viger, à Montréal. La Presse les a vus à l'ouvrage.

Dans une pièce, un artisan posait par terre de petits morceaux de céramique résultant d'une argile cuite deux fois au four à Fès. Une première fois pour la pétrifier, une deuxième fois pour l'émailler.

Les carreaux de faïence ont été apportés à Montréal. Les artisans les taillent pour créer des tesselles de formes multiples qui sont ensuite posées à l'envers sur le sol, comme un puzzle, puis cimentées. Sec, on découpe ce casse-tête en plaques qu'on assemble sur un mur pour former le zellige.

«Cela prend 10 jours pour en créer 10 m2», dit maâlem El-Housseine. Dans un zellige, l'ordonnancement des tesselles résulte d'un agencement géométrique qui permet de discerner des carrés régulièrement assemblés.

Chaque étage du centre aura un zellige différent: vert, brun, rouge de Marrakech ou bleu de Fès. Au total, 300 m2 de zelliges ont été réalisés.

Au-dessus des zelliges, en frise, les artisans ont créé des gabs dans du plâtre. Ciselé selon des arabesques, le gabs fait aussi partie des décors marocains des mosquées et des ryads.

L'artisan gabbass Abdelaziz Laagagdi a montré comment il crée ses plaques avec du sulfate de calcium et une herbe qui permet au gabs de conserver cohésion et souplesse pour être facilement travaillé.

À un étage, maâlem El-Housseine a fait ornementer la frise de fleurs de lys et de feuilles d'érable. «Il y a toujours quelque chose de nouveau dans mes projets, dit-il. On est à Montréal. Nos deux cultures sont maintenant mariées.»

Autre élément constitutif de l'art marocain, le moucharabieh est aussi présent, les panneaux du bar du centre culturel étant constitués de ces bois de cèdre tournés et maillés à Marrakech. Un moucharabieh en aluminium fera aussi partie de la marquise extérieure.

Le salon VIP sera la pièce maîtresse sur le plan de la décoration. Avec ses motifs floraux, ses étoiles à 12 branches et ses corbeaux en saillie, le plafond en bois sculpté et peint a nécessité deux mois de travail.

L'architecte du projet, Louis-Philippe Frappier, s'est rendu au Maroc pour cette réalisation. «Il s'agit d'un tour de force, dit-il. Le ministre de la Communauté marocaine à l'étranger, Mohamed Ameur, a mis le paquet pour créer ces merveilles. C'est un tournant de ma carrière. Au Québec, il n'y a pas de tels artisans.»

L'art marocain est de plus en plus à la mode: au Maroc, grâce aux commandes du roi Mohammed VI, qui veut que cette tradition soit conservée, et à l'étranger où les maâlems sont en demande.

La réalisation d'un zellige n'est pas à la portée de toutes les bourses: créer un mur de 5 m2 peut coûter 10 000$...

«Intégrer la céramique marocaine dans la décoration de notre centre culturel ajoute à la convivialité du lieu, dit la consule du Maroc à Montréal, Souriya Otmani. Elle devrait donner le goût à nos amis québécois d'aller rencontrer notre culture et notre pays.»