Même si la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, estime qu'il n'a plus l'autorité morale pour diriger la Société de développement des entreprises culturelles, son président-directeur général Jean-Guy Chaput désire conserver son poste jusqu'à la fin de son mandat, qui se termine en octobre. Le PDG de la SODEC défie ainsi ouvertement sa patronne et envisagerait même de poursuivre le gouvernement du Québec s'il est congédié.

Katia Gagnon et Denis Lessard LA PRESSE

«Si aujourd'hui je dis que je démissionne, c'est comme de dire, oui, tout ça est vrai. Or, c'est faux. Je n'ai pas de goûts somptueux. Je n'ai pas dépensé comme ça», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse pour faire le point sur ses dépenses, dénoncées la semaine dernière par le vérificateur général Renaud Lachance.M. Chaput a d'ailleurs reproché à M. Lachance d'avoir qualifié ses dépenses de somptueuses. «C'est tout à fait gratuit comme commentaire», a lancé le PDG.

Plus tôt en journée, la ministre St-Pierre avait déclaré, en Chambre, que M. Chaput n'avait plus la légitimité pour diriger la SODEC. «Je veux que le conseil prenne acte que ces dépenses sont inacceptables. Le gouvernement estime que le directeur général de la SODEC n'a plus l'autorité morale pour diriger l'organisme», a-t-elle martelé.

Le conseil d'administration de l'organisme se réunit vendredi et Jean-Guy Chaput a indiqué qu'il s'en remettait à sa décision. Lors d'une rencontre avec son conseil de direction, hier matin, M. Chaput a indiqué qu'il était soucieux de l'avenir de la SODEC. Ses interlocuteurs ont compris qu'il finirait, en bout de course, par quitter son poste. Cependant, devant les mêmes personnes, il n'a pas exclu la possibilité de poursuivre le gouvernement s'il était congédié.

D'ailleurs, la ministre St-Pierre nage toujours dans le vague quant aux obligations du gouvernement à son endroit. Aura-t-il une indemnité de départ de 150 000 $? «Il faut faire les choses correctement sans s'exposer à des poursuites, mais ce n'est pas la meilleure chose à faire que de laisser les gens partir avec des primes de séparation», s'est-elle bornée à indiquer.

M. Chaput dit avoir pris connaissance du rapport du vérificateur en avril dernier. «Deux membres du comité de vérification nous ont dit, à l'époque: il n'y a pas de quoi fouetter un chat», raconte-t-il. Des sources gouvernementales avaient d'ailleurs lancé à peu près le même message quand La Presse avait cherché, il y a deux semaines, à obtenir le rapport sur la SODEC.

Jean-Guy Chaput dit donc être tombé des nues, à son retour de Cannes, en voyant le barrage de journalistes qui l'attendaient. «À la télé, je vois une immense suite où je n'ai jamais mis les pieds. Je vois des jets privés. Je vois des gens qui veulent me traîner dans le purin.»

Hier, le président de la SODEC a donc voulu donner sa version des faits, en s'attardant particulièrement à ses dépenses lors du dernier Festival de Cannes. Il a exhibé une carte de Cannes devant les journalistes.

«Les hôtels somptueux, ils sont ici, a-t-il dit. Et nous, on est de l'autre côté. Les chambres sont très ordinaires. Je logeais au troisième étage. Ça me surprendrait qu'ils mettent les suites somptueuses au troisième. Chambre 308. C'était une belle chambre, mais ça n'était pas somptueux.»

Les dépenses de 80 000 $ imputées aux bureaux français de la SODEC couvrent en fait les frais d'un événement qui s'est étendu sur sept jours à Paris, où 450 invités ont été reçus pour un cocktail d'ouverture et un événement de clôture, a-t-il plaidé. «Cet argent, ce n'est pas des gens de la SODEC qui sont allés manger dans des restaurants», dit-il. À elles seules, les réceptions d'ouverture et de fermeture ont coûté 52 000 $, montrent les documents présentés par M. Chaput. Le PDG admet cependant que le commissariat de Paris aurait dû détailler davantage cette dépense.

Quant aux frais de déplacement de 211 000 $, dont le vérificateur dit qu'ils ont été imputés à tort à des programmes d'aide financière, le PDG de la SODEC affirme que ces frais sont liés au programme Sodexport, qui permet à la SODEC de faire la promotion du cinéma québécois en France. Dans le cadre de ces activités de promotion, la SODEC se subventionne elle-même, comme il lui arrive de subventionner d'autres organismes qui font la promotion de la musique ou du théâtre québécois à l'étranger.

M. Chaput admet que cette façon de comptabiliser les dépenses devait être changée. «En attendant, on est tout à fait en règle, nous avons eu l'autorisation du conseil d'administration. On a eu aussi l'autorisation de la ministre.» Dans une lettre signée le 19 juin 2008, la ministre St-Pierre a effectivement approuvé, noir sur blanc, le programme Sodexport. «Jamais nous n'avons autorisé de manoeuvres dans les écritures comptables», a toutefois déclaré l'attachée de presse de la ministre, Valérie Rodrigue.