En avril 2006, le géant Disney, alors en déclin en ce qui concerne ses films d'animation (Treasure Planet, Brother Bear et autres Home on the Range avaient été des échecs), a acheté Pixar pour 7,4 milliards. Les hommes d'oncle Walt allaient-ils dénaturer le joyau plus modeste qui avait mis au monde Toy Story, Monsters Inc. et The Incredibles?

Sonia Sarfati LA PRESSE

Il y a eu inquiétude. Sur le coup. Pas longtemps: John Lasseter, l'un des piliers de Pixar, est devenu directeur créatif des deux sociétés. Lesquelles, assure-t-il, ont conservé leur autonomie et leur caractère distinctif. Il y a veillé, lui qui a été formé par la première (il y a fait ses débuts en tant qu'animateur) et a participé à la fondation de la seconde, en 1986 - il y a donc 25 ans cette année.

«J'aime profondément ce que fait Disney, c'est grâce à leurs films que je fais ce que je fais», assure cette légende de l'animation qui a eu 54 ans en janvier. «Il émane une sensibilité unique des films classiques de ce studio. Il y a cette magie, cette douceur, cette beauté, cette musique et une manière bien précise de raconter les histoires et d'éviter le cynisme, qui vous donnent un sentiment de bien-être et de bonheur - même si les émotions provoquées sont parfois dures et inoubliables: quand la maman de Bambi meurt, quand les demi-soeurs de Cendrillon lui arrachent sa belle robe... Ça ne s'oublie pas.»

Cette magie, John Lasseter l'a expérimentée enfant, à l'écran - «Dumbo est encore mon film préféré» - et sur le terrain: il a grandi pas très loin d'Anaheim, donc tout près de Disneyland, où il se rendait au moins une fois par année. La vocation, par contre, il l'a eue vers l'âge de 13 ans: «C'est là que j'ai découvert que des gens pouvaient gagner leur vie en faisant des dessins animés.» Sa voie était tracée.

Le studio, par contre, a perdu la sienne. «Quand j'ai été engagé, Walt Disney Animation Studios se cherchait. Ils essayaient de retrouver cette magie originale. Pour moi, c'était simple: il fallait faire ce que Disney fait de mieux, mais pour le public d'aujourd'hui.» Cela a donné Bolt, The Princess and the Frog, Tangled et, prochainement, Winnie the Pooh. Magie retrouvée.

Cool!

Et la magie de Pixar, elle, comment la définit-il? «Pixar, c'est cool! rigole John Lasster. J'ai vécu ça particulièrement avec Cars 2 - le petit garçon en moi n'arrêtait pas de s'exclamer: C'est cool! «. Puis, plus sérieusement: «Pixar, c'est une énergie différente de celle de Disney, une originalité, une autre façon de raconter les histoires. Les fondations de chacun de nos films, leur coeur, c'est le filon émotif. Nous bâtissons les murs, le récit, autour de cela. L'humour, les rebondissements, tout cela peut s'ajouter après. Le coeur, lui, doit être là au départ.» C'est pour cela que l'on fond en larmes dans Up, que l'on désire «adopter» WALL-E, que l'on ne veut plus se séparer de nos jouets d'enfant après avoir suivi le destin de ceux de Toy Story.

Ainsi, bien que la même personne dirige leur destinée sur le plan créatif, les deux studios tracent leur propre sillon. «Il y a toujours des crises durant le développement d'un projet d'animation, c'est normal. Mais si Disney a besoin de notre aide, c'est non. Tout comme, lorsque nous serons en crise et demanderons leur aide, ils nous la refuseront. Chaque studio doit gérer ses problèmes et, au bout du tunnel, émerger avec «son» film», résumait Ed Catmull, président et cofondateur de Pixar, en conférence de presse.

Les deux univers se côtoient toutefois intimement dans les parcs d'attractions. Les personnages de Toy Story, A Bug's Life, Finding Nemo, etc. y ont leur place depuis longtemps. Ceux de Cars se feront dérouler le tapis rouge l'été prochain, à Anaheim, grâce à John Lasseter - qui est aussi conseiller principal chez Walt Disney Imagineering: «Adjacent à Disneyland, il y a cet autre parc, Disney California Adventure, qui a été mal conçu dès le départ. Nous sommes en train de le remodeler et, à l'intérieur, douze acres et trois nouveaux manèges vont être consacrés à Radiator Springs et à ses habitants.»

Tandis qu'il évoque cela, vous voyez presque le petit garçon - en lui mais pas très loin de la surface - qui dit: «Cool!»