C'est avec un ordinateur portable parfois offert par un proche, une carte mémoire USB et le service internet d'un grand hôtel que des blogueurs cubains livrent bataille pour donner leur vision, loin d'être rose, de la réalité cubaine.

Isabel Sanchez AGENCE FRANCE-PRESSE

Même si les blogueurs qui se sont multipliés depuis trois ans n'ont guère d'impact sur l'île communiste où la majorité des 11,2 millions d'habitants n'a pas accès à internet, ils semblent faire l'objet ces derniers temps d'une attention accrue de la part des autorités qui contrôlent étroitement les médias sur l'île.Un blogue officiel de journalistes cubains, Blogcip.cu, a été récemment créé pour court-circuiter ceux que les autorités considèrent comme des «mercenaires».

Publiant une photo de Yoani Sanchez, la plus célèbre blogueuse cubaine qui a remporté des prix pour la liberté d'expression à l'étranger, la montrant en train d'écrire dans un hôtel 5 étoiles de la capitale, Blogcip.cu se demande «d'où elle tire son argent» pour se payer internet dans un tel endroit.

Cet article est suivi, comme il est d'usage sur un blog, des commentaires des internautes dont certains se portent à la défense de Yoani Sanchez au nom de la liberté d'expression...

Pour naviguer librement sur internet, les Cubains doivent se rendre dans les grands hôtels et payer une somme d'environ 7 dollars pour une heure de web, un coût exorbitant dans un pays où le salaire mensuel moyen est de 20 dollars.

Pour économiser temps et argent, plusieurs blogueurs écrivent donc hors ligne leur texte et, munis d'une carte USB, vont ensuite dans des hôtels pour envoyer leur matériel à des amis ou à des proches vivant à l'étranger. Ce sont ces derniers qui mettent en ligne les textes.

L'hôtel Melia, que les blogueurs étaient nombreux à fréquenter jusqu'à tout récemment, ne permet plus aux Cubains d'utiliser ses services internet, a indiqué une employée de l'hôtel à l'AFP sans pouvoir dire d'où venait cette interdiction.

Yoani Sanchez a récemment diffusé sur son site (desdecuba.com/generacionY) une vidéo qu'elle dit avoir tournée avec une caméra cachée et montrant une employée de l'hôtel affirmant qu'il s'agissait d'une «nouvelle résolution» du ministère du Tourisme et de la société de télécommunications d'Etat Etecsa.

«On nous pousse vers l'illégalité. On nous accuse d'acheter à l'étranger un domaine mais les Cubains ne peuvent acheter celui .cu. Qu'est qu'ils veulent, le silence?», demande Yoani Sanchez, 33 ans, interrogée par l'AFP.

Les blogues abordent des sujets très sensibles à Cuba comme les restrictions sur les voyages à l'étranger pour les Cubains, la «détérioration» selon les blogueurs des systèmes d'éducation et de santé, les prisonniers «politiques» ou les pénuries quotidiennes.

Un article de cubadebate.cu, célèbre pour diffuser les «réflexions» du Père de la révolution Fidel Castro, accuse les blogueurs cubains de recevoir un soutien financier de l'étranger, notamment des Etats-Unis qui imposent depuis 1962 un embargo contre Cuba.

«Dans ces blogues abondent les thèses politiques usées, utilisées pendant des années par le Département d'Etat pour mettre Cuba sur toutes les listes noires», accuse Cubadebate.cu.

Yoani Sanchez nie recevoir des fonds de l'étranger et assure payer ses frais et la location de son domaine, environ 200 euros par an selon elle, grâce à son travail comme guide touristique.

Tous ces obstacles à l'accès à internet relèvent «d'une stratégie» visant à pousser les blogueurs «à se rendre dans les ambassades pour utiliser leur réseau afin de pouvoir les accuser ensuite d'être soutenus par des gouvernements étrangers», estime pour sa part Ivan Diaz, un blogueur de 40 ans qui affirme avoir obtenu un ordinateur portable de sa mère qui vit en Suisse.