Si les amateurs modernes de musique téléchargent leurs pièces préférées sur le Web, d'autres continuent à se les échanger à l'ancienne — par la poste — dans le cadre d'une communauté dont les origines remontent à Woodstock et à l'ère de l'amour libre.

PRESSE CANADIENNE

Si les amateurs modernes de musique téléchargent leurs pièces préférées sur le Web, d'autres continuent à se les échanger à l'ancienne — par la poste — dans le cadre d'une communauté dont les origines remontent à Woodstock et à l'ère de l'amour libre.

Ces collectionneurs obsessifs enregistrent et s'échangent des concert en direct de leurs musiciens préférés. Un d'entre eux, un médecin d'Edmonton qui a requis l'anonymat mais dont la collection compte quelque 2000 titres, dit avoir reçu des enregistrements illicites d'aussi loin que le Japon et le Danemark.

«Je cherche toujours ce concert vraiment fantastique pendant lequel le groupe a vraiment connecté avec la foule, a-t-il expliqué. Nous cherchons et collectionnons ce genre de concert, autant que nous pouvons en trouver.»

Des artistes comme The Dave Matthews Band et The Grateful Dead ont donné un nouveau souffle à leurs carrières en appuyant ce mouvement — dans certains cas, en réservant même des sections où les pirates pouvaient s'installer avec leur équipement d'enregistrement.

D'autres, comme Tom Waits et Bob Dylan, s'y opposent farouchement et interdisent tout type de matériel d'enregistrement audio lors de leurs concerts. Mais certains amateurs déterminés ont camouflé des micros dans leurs vêtements ou dans leurs cheveux, et des enregistrements circulent maintenant.

Les représentants de l'industrie de la musique ne savent pas non plus sur quel pied danser. Si l'Association canadienne de l'industrie de l'enregistrement lutte contre le téléchargement de pièces en ligne et prône des punitions plus sévères pour ceux qui s'y livrent, la loi est moins claire en ce qui a trait aux enregistrements maison de concerts qui sont ensuite échangés à l'intérieur d'un groupe restreint.

«Il n'y a pas si longtemps, ces collectionneurs ne présentaient pas un véritable problème puisque la technologie pour réaliser une dissémination à grande échelle n'existait pas encore, a expliqué l'avocat Fred Kozak, un spécialiste des médias. On parlait seulement de quelques audiophiles qui s'échangeaient des enregistrements de contrebande. Mais si ces enregistrements tombent entre les mains d'un individu qui les diffusent plus largement, alors plusieurs artistes pourront se sentir menacés.»

Le collectionneur anonyme d'Edmonton ne voit toutefois pas le problème et affirme aussi acheter tous les albums produits par ses artistes préférés.

Il est aussi possible d'obtenir des enregistrements en ligne mais les collectionneurs les plus mordus y restent tièdes, préférant le sens de communauté qui les lie à leurs pairs.

«Il y a quelque chose de spécial qui accompagne le fait de poster quelque chose de tangible et qui serait perdu si nous faisions nos échanges en ligne, a dit Gabe Sawhney, un Canadien de 29 ans de la région de Toronto. Et ça semble problématique, puisque ce qui se passe en ligne est surveillé si étroitement ces jours-ci.»

Le collectionneur d'Edmonton précise de son côté préférer faire affaire avec tous ces individus qu'il a rencontrés depuis ses débuts en 1993.

Il explique de plus que les maisons de disque ont aussi dû s'adapter, en diffusant leurs propres enregistrements ou en mettant sur pied des initiatives de marketing innovatrices.

Certains groupes, comme les Barenaked Ladies, vendent maintenant des cartes mémoire flash contenant un enregistrement du concert dès la fin de celui-ci.

«J'adorerais un jour posséder tous les concerts que j'ai jamais vu, a dit l'homme d'Edmonton. Je ne pense pas que les maisons de disques pourront nous arrêter.»