L’entrepreneur Olivier Primeau, copropriétaire du célèbre Beachclub, a été au cœur d’une polémique vendredi, après avoir publié sur Twitter une offre d’emploi de « chroniqueurs » pour son blogue de nouvelles, Beach News Everyday.

Publié le 29 janv. 2021
Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

Dans son avis de recherche, Primeau mentionne que les candidats doivent avoir « une excellente maîtrise du français et de l’expérience en rédaction ». En retour, ils seront rémunérés d’un cachet de 5 $ par texte… Environ le prix de vente de la poutine congelée qu’Oliver Primeau a mis en marché en avril dernier !

Devant le tollé de critiques acerbes et l’apparition du mot-clic #CheapLaborEveryDay, Olivier Primeau a tenté de rectifier le tir sur la description du poste : « Je comprends qu’à première vue, 5 $, ça peut sembler peu, mais l’article moyen prend en moyenne de 10 à 15 minutes à écrire. Car nous prenons des textes publiés dans d’autres médias que nos rédacteurs réécrivent […] Une personne peut faire 4 articles par heure. »

Des explications qui n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu, pour amplifier la frustration des internautes, dont plusieurs journalistes et rédacteurs professionnels.

La qualité d’abord

Pour le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Michael Nguyen, cet incident démontre la nécessité de rappeler les exigences et la valeur de l’information de qualité en 2021. Depuis l’arrivée des médias sociaux, selon lui, le journalisme de qualité est dévalué dans le flot de contenu de ces plateformes qui mélangent tout dans un même gros panier d’information. « L’information de qualité, ce n’est pas du remplissage. On ne donne pas la même importance à une enquête, un texte de nouvelle et une vidéo de chat. »

« Finalement, c’est triste, poursuit-il, parce que ça montre le dédain de la qualité de l’information. Ça laisse entendre que le contenu dans les médias a peu de valeur, qu’un article de nouvelle peut être écrit sur le coin de la table. Alors qu’au contraire, ça demande un travail rigoureux, de la recherche, des vérifications, des contre-vérifications. »

Selon Michael Nguyen, M. Primeau est un influenceur suivi par plusieurs jeunes entrepreneurs. « Son offre d’emploi envoie un très mauvais message aux gens, alors que le journalisme fait face à plusieurs attaques, avec les conspirationnistes, les “fake news”, etc. »

Mea culpa

En fin d’après-midi, Oliver Primeau s’est excusé sur son compte Twitter, en disant qu’il allait prendre le week-end « pour réfléchir à la validité de ce projet dans sa business ». « Après tous les commentaires que je lis aujourd’hui à propos de mon blogue, Beach News, et malgré mes explications, je tiens à dire que je comprends votre frustration. »

Le président de la FPJQ espère que cette mésaventure lui fera comprendre aussi la réalité des médias. « Je ne veux pas lui lancer la pierre et polariser le débat encore plus. On peut discuter et s’expliquer. C’est peut-être juste une méconnaissance de la réalité des médias. »