Radio-Canada ne veut pas qu’on se serve du renouvellement de ses licences télé et radio du CRTC pour faire un (autre) débat sur son financement.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

À titre d’exemple, Québecor aimerait notamment que Radio-Canada abolisse la publicité sur toutes ses plateformes et mette fin au service payant l’Extra de ICI Tou.tv. De son côté, Radio-Canada tient à la publicité sur ses plateformes, notamment son nouveau service de contenu de marque Tandem pour ses plateformes numériques, ainsi qu’au service numérique payant l’Extra de ICI Tou.tv.

Radio-Canada fait valoir que la question de son financement public et ses revenus commerciaux doit être débattue avec le gouvernement Trudeau et les députés fédéraux à la Chambre des communes, et non devant le CRTC au moment de renouveler ses licences. Le gouvernement Trudeau a l’intention de moderniser la loi sur le mandat de Radio-Canada.

« Au cours des prochains jours, plusieurs des intervenants souhaitent profiter de cette audience pour discuter du mandat du diffuseur public et de son modèle de financement. Ce sont des questions qui relèvent du Parlement et qui sont liées à la Loi sur la radiodiffusion, une loi qui est actuellement en processus de révision », a dit Catherine Tait, PDG de CBC/Radio-Canada, dans son allocation d’ouverture lundi matin lors des audiences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) sur les licences de Radio-Canada. Le diffuseur public demande de nouvelles licences pour une période de cinq ans.

Pour CBC/Radio-Canada, il n’est pas question de réduire ses revenus publicitaires et commerciaux (sans une hausse équivalente du financement public). En 2018-2019, 71 % des revenus de Radio-Canada provenaient de fonds publics (1,2 milliard), et 29 % des revenus provenaient de sources commerciales (490 millions, dont 249 millions en publicité et 124 millions en revenus d’abonnement).

Plus de diversité à l’écran

Pour les cinq prochaines années, Radio-Canada promet plus de diversité à l’écran et dans ses rangs. « Tous les Canadiens doivent se reconnaître dans le diffuseur public », dit Catherine Tait, PDG de CBC/Radio-Canada.

« Les questions de diversité et d’inclusion ont été au cœur de nos préoccupations en 2020, dit Michel Bissonnette, vice-président principal de Radio-Canada. C’est pourquoi nous avons accéléré nos efforts pour mieux refléter le Canada d’aujourd’hui sur nos plateformes. On le sent de plus en plus dans nos séries dramatiques : dans le choix des comédiens, évidemment, mais surtout dans les histoires que l’on raconte. » M. Bissonnette cite notamment l’émission de télé « Toute la vie », « qui suit le parcours d’adolescentes enceintes, tout en abordant la diversité sous toutes ses formes », ainsi que le documentaire « Pour mes fils, mon silence est impossible », où « Isabelle Racicot porte un regard très personnel sur le racisme ».

Plus d’emphase sur les plateformes numériques

Au plan réglementaire, le principal enjeu de ces audiences sera de déterminer comment intégrer les plateformes numériques (ICI Tou.tv en français, GEM en anglais) dans les obligations de licences de CBC/Radio-Canada. Radio-Canada demande de réduire ses obligations réglementaires à la télé pour offrir davantage de programmation sur ses plateformes numériques.

« Si on ne veut pas perdre une génération, il est plus important que jamais de leur offrir une alternative francophone diversifiée et de qualité [sur les plateformes numériques] », dit Michel Bissonnette, vice-président principal de Radio-Canada.

« La barrière de la langue, qui a longtemps protégé le marché francophone, n’est plus un obstacle aujourd’hui, poursuit Michel Bissonnette. Les données du dernier recensement nous confirment que la plus jeune génération est de plus en plus bilingue. Il n’est donc pas surprenant de voir que Netflix est nettement plus populaire auprès des plus jeunes. Si un peu moins de la moitié des francophones sont abonnés à Netflix, ce taux monte à 80 % chez les 18-34 ans. »

Le diffuseur public donne l’exemple de RAD, son laboratoire de journalisme destiné à la jeune génération et lancé sur les réseaux sociaux en 2017. « On s’apercevait que les millénariaux s’informaient de moins en moins sur nos plateformes traditionnelles [et Radio-Canada a décidé d’aller les rejoindre sur leurs réseaux sociaux avec RAD] », dit Michel Bissonnette.

Dans cet environnement où les auditoires se déplacent vers les plateformes numériques, Radio-Canada demande donc un assouplissement de ses conditions de licence pour ICI Télé, sa chaîne généraliste francophone. Depuis 2013, ICI Télé est obligé de diffuser au moins sept heures par jour d’émissions canadiennes d’intérêt national par semaine en heures de grande écoute (19 h à 23 h). Radio-Canada aimerait diminuer cette obligation à six heures par semaine pour ICI Télé. En pratique, ICI Télé en a diffusé dix heures par semaine en 2019-20. En contrepartie, Radio-Canada promet d’en diffuser au moins huit heures par semaine sur l’ensemble de ses plateformes (ICI Télé et sa plateforme numérique ICI Tou.tv).

Comme le CRTC ne réglemente pas pour l’instant les plateformes numériques de diffusion (cette situation pourrait changer si un important projet de loi fédéral est adopté par la Chambre des communes), cet engagement sur toutes les plateformes ne serait pas une condition de licence.

Pour les enfants (moins de 13 ans), Radio-Canada propose de diminuer ses obligations de matière de diffusion d’émissions canadiennes originales 100 heures à 80 heures par an sur ICI Télé. En contrepartie, Radio-Canada promet de diffuser 110 heures par an sur l’ensemble de ses plateformes (ICI Télé et ICI Tou.tv). Autre changement demandé par Radio-Canada à ses licences : ne plus être obligé de diffuser cinq heures par semaine de programmation pour les adolescents (12 à 17 ans) sur ICI Télé.

Le diffuseur public demande aussi de continuer la distribution obligatoire de RDI au Canada anglais et la distribution obligatoire de CBC News Network au Québec.

C’est la première fois depuis 2013 que le CRTC réévalue les conditions de licence de Radio-Canada (il le fait normalement aux cinq ans). « Nous examinerons comment le CRTC pourrait offrir à la CBC/Radio-Canada une plus grande souplesse s’il le juge approprié, tout en s’assurant que le diffuseur public national du Canada continue à s’acquitter de son mandat dans tous ses services et sur toutes ses plateformes », a indiqué le président du CRTC, Ian Scott, lors de son allocation à l’ouverture des audiences.