La coopération de quotidiens régionaux CN2I, qui regroupe notamment Le Soleil et qui a mis à pied lundi 40 % de ses employés, peut durer financièrement jusqu’à l’été prochain. À condition toutefois de toucher dans les prochaines semaines l’argent des crédits d’impôt d’Ottawa et de Québec. « On fera les comptes [exacts avec les gouvernements] plus tard, ça nous prend cet argent-là », dit Stéphane Lavallée, directeur général de CN2I.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

CN2I, la coopérative qui regroupe six quotidiens régionaux dont Le Soleil à Québec, a annoncé tard lundi la mise à pied temporaire de 143 employés administratifs (administration, vente, distribution) en raison de la crise économique déclenchée par le coronavirus. Aucun des 175 journalistes de la coopérative n’a été mis à pied. La coopérative ne croit pas être en mesure de réembaucher après la crise tous les 143 employés mis à pied. « C’est sûr que ce serait pas honnête de laisser croire qu’on va revenir à une organisation [de la taille] d’avant [la crise] », dit Stéphane Lavallée.

Pour les prochaines semaines, les six quotidiens régionaux ne publieront pas d’édition papier en semaine. Il y aura des éditions numériques tous les jours et une édition papier le samedi. Les quotidiens n’ont pas décidé si c’était la fin définitive de leurs éditions papier en semaine.

Après les mises à pied, environ 200 employés travaillent chez CN2I, dont 175 journalistes et cadres dédiés au contenu. « On veut préserver notre mission première qui est de faire de l’information de proximité, de l’information locale, mais ouverte sur le monde », dit Stéphane Lavallée.

En mettant à pied 40 % de ses effectifs, CN2I s’assure de pouvoir tenir au moins jusqu’à l’été prochain. La moitié de ses revenus provient des abonnements payants, l’autre moitié de la publicité. Et les revenus publicitaires ont chuté de 80 % chez CN2I depuis le début de la crise du coronavirus. « Avec les décisions responsables prises par nos coopératives, il n’y a pas d’enjeu [financier] d’ici l’été, dit Stéphane Lavallée. On s’est donné les outils pour affronter une crise qui va être longue. »

CN2I a trois demandes pour les gouvernements Legault et Trudeau. Premièrement, qu’ils investissent davantage en publicité dans les médias d’information québécois plutôt que sur Facebook ou Google. Deuxièmement, créer un programme d’aide temporaire visant à atténuer la chute des revenus publicitaires. Et troisièmement, verser tout de suite les crédits d’impôt sur les salaires des journalistes pour l’année 2019. À Québec, il doit être versé en août prochain. À Ottawa, ça risque d’être beaucoup plus long : le fédéral n’a pas encore déterminé quels médias y seraient admissibles.

La Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2I) calcule pouvoir affronter la crise jusqu’à l’été, mais en comptant les crédits d’impôt dus aux coopérations pour l’année 2019. « Si nos revenus publicitaires remontent à un niveau acceptable, ça peut aller un peu plus loin. Si ça reste comme ça, ça nous prend [l’argent des crédits d’impôt] », dit Stéphane Lavallée.

En début d’année, la coopérative avait prévu faire des pertes de trois millions sur des revenus d’environ 60 millions pour les six quotidiens régionaux en 2020. Elle prévoit maintenant des pertes au moins deux fois plus importantes (six millions de dollars).

À court terme, les quotidiens régionaux préparent une nouvelle « proposition » qu’ils soumettront sous peu à leurs abonnés en format papier. La décision définitive sur le nombre d’éditions papier au retour de la crise n’est pas encore arrêtée.

La coopérative dispose d’un financement d’environ 7,8 millions de dollars pour faire sa transformation numérique (cette somme sera disponible pour CN2I dans environ un an). « On va forcément [y toucher], mais on ne peut pas utiliser ces fonds pour payer l’épicerie », dit Stéphane Lavallée.

Même si aucun journaliste n’a été mis à pied lundi par CN2I, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) reste inquiète « pour tous les médias ». « La publicité fond comme neige au soleil. Pour la grande majorité des médias, la majorité des revenus provient des revenus publicitaires. On ne sait pas quand la crise se terminera. On nage dans l’inconnu », dit Michaël Nguyen, président de la FPJQ.