Les six quotidiens régionaux membres des coops de l’information ont lancé mardi leur abonnement numérique, dans un virage salué par des experts des médias.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

Les quotidiens Le Soleil, Le Droit, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Quotidien et La Voix de l’Est, qui se présentaient jusqu'ici sous le nom CN2i, invitent leurs lecteurs à adhérer à un abonnement numérique qui leur donne accès au contenu des six médias.

PHOTO FOURNIE PAR LES COOPS DE L'INFORMATION

Stéphane Lavallée, directeur général des coops de l'information

On connaît tous les films achetés par abonnement, la musique achetée par abonnement. Pourquoi est-ce que les médias s’en privent ?

Stéphane Lavallée, directeur général des coops de l'information

Les coopératives ont qualifié le virage d’« étape majeure » dans la relance des anciens journaux de Groupe Capitales Médias, un an après leur acquisition. En mars dernier, les quotidiens des coops de l'information ont suspendu leurs publications papier, à l’exception de celle du samedi, et annoncé d’importantes mises à pied, en raison de la chute brutale de revenus publicitaires.

Avec l’abonnement numérique, les coopératives espèrent aller chercher un financement stable. « Toutes les crises ont les mêmes résultats sur les revenus publicitaires : ils baissent », remarque M. Lavallée.

Le directeur du programme de journalisme à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Patrick White, est du même avis. Si la publicité a repris son rythme pré-pandémie, elle demeure une source de revenus instable.

Valoriser l’information locale

Stéphane Lavallée ne voit pas l’abonnement numérique comme une révolution. Il le considère plutôt comme un « retour à ce qui a toujours marché avec les médias d’information ».

Il rappelle que les médias ont commencé avec des journaux imprimés, vendus à la pièce. « Le numérique a donné l’impression que l’information était gratuite », déplore-t-il.

Selon lui, la monétisation des quotidiens devrait corriger cette impression.

Ça donne de la valeur au contenu. Avec l’abonnement, les médias disent clairement : “Notre contenu ne vaut pas rien. Il vaut 9,95 $ par mois.”

Patrick White, directeur du programme de journaliste à l’UQAM

D’ici la fin de 2021, les coops de l’information visent 15 000 nouveaux abonnés numériques, qui s’ajouteront aux 70 000 abonnés de l’édition papier du samedi. La part de l’abonnement numérique des revenus totaux serait alors de 40 %. À la fin de 2022, elle devrait égaler ou dépasser celle des revenus publicitaires.

Quelques heures après le lancement de l’abonnement, les quotidiens des coops de l'information avaient déjà récolté 700 nouvelles inscriptions. « Ça prouve que les gens sont prêts à payer, qu’ils reconnaissent la valeur sociale des journaux locaux », se réjouit M. Lavallée.

Il constate que le confinement a renforcé le besoin des gens de soutenir leur communauté.

Nécessité d’une réforme

Le professeur de l’École des médias de l’UQAM Jean-Hugues Roy salue l’initiative des coopératives, tout en rappelant l’importance pour les médias de diversifier leurs sources de revenus.

L’abonnement fait partie d’une équation. Les médias qui réussissent à survivre juste de ça sont peu nombreux.

Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’UQAM

Selon lui, les quotidiens québécois ne pourront pas survivre sans l’aide du gouvernement fédéral. « Le gouvernement doit aller chercher l’argent là où il se trouve, soit dans les poches des GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) », conclut-il. En septembre dernier, une étude de M. Roy publiée dans Le Devoir évaluait à 318 millions de dollars en 30 mois les revenus de publicité engrangés par Facebook au Canada grâce au partage de contenus journalistiques.

En septembre dernier, le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, a promis des réformes dans les prochains mois pour venir en aide aux médias.