(Québec) C’est un lundi noir pour Radio X. La station de Québec connue pour ses coups de gueule a été lâchée par d’importants annonceurs en raison de ses prises de position sur les mesures sanitaires et la pandémie.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

La Ville de Québec, Hydro-Québec, Desjardins, Industrielle Alliance, Pizza Royale et Mercedes-Benz de Québec ont fait savoir qu’ils retiraient leurs publicités des ondes de la station où animent notamment Jean-François Fillion et Dominic Maurais.

L’importante entreprise de restauration Groupe restos plaisirs, qui regroupe les enseignes Cochon dingue, Lapin sauté, Madame Chose ou Café du monde, se dit quant à elle en réflexion et « préoccupée ».

La Ville de Québec a ouvert le bal tôt lundi matin dans un communiqué coup-de-poing.

« La Ville de Québec ne peut absolument pas endosser, par sa participation publicitaire et financière, le comportement des propriétaires de CHOI. Ce comportement est de nature à augmenter le niveau de contamination actuel qui a un impact majeur sur la santé publique et sur l’économie locale », est-il écrit dans le communiqué.

La municipalité déployait deux campagnes publicitaires à Radio X, qui portaient sur la Sécurité routière et le Réseau structurant de transport en commun. Leur diffusion a coûté 9000 $ à la Ville, a précisé un porte-parole.

Puis Pizza Royale a fait savoir qu’il faisait de même. « On retire de manière temporaire nos annonces à CHOI Radio X, le temps qu’ils se positionnent autrement, a quant à lui expliqué André Poirier, président de Pizza Royale. On n’a pas juste une responsabilité en tant qu’individu, mais en tant qu’entreprise aussi. »

Pizza Royale commanditait depuis la semaine dernière la chronique d’Éric Duhaime, passé à Radio X après son départ du FM93.

« Je n’ai rien contre la radio d’opinion », assure M. Poirier. Mais selon lui le discours qu’on entend sur les ondes de la station peut être dangereux à l’heure actuelle.

En fin de journée, Hydro-Québec et Desjardins ont aussi coupé les ponts avec la station. « Avec cette décision, nous souhaitons être cohérents avec l’importance que nous accordons à la santé et la sécurité du public », a indiqué un porte-parole d’Hydro-Québec, Marc-Antoine Pouliot.

Desjardins a précisé que sa décision sera réévaluée dans « quelques semaines ».

L’assureur Industrielle Alliance, l’une des plus importantes entreprises de la capitale, fait de même. « Considérant la décision de la Ville de Québec et les événements récents nous avons pris la décision de cesser tout placement sur les ondes de CHOI Radio X », a dit Pierre Picard, porte-parole.

Selon Radio-Canada, Uniprix, Mercedes-Benz de Québec, le Groupe Paquet et IA Groupe Financier ont aussi choisi de retirer leurs publicités des ondes de la station.

RNC rejette les accusations de « complotisme »

Dans les dernières semaines, la station a accueilli en ondes plusieurs conspirationnistes, dont Alexis Cossette-Trudel et Lucie Laurier.

La semaine dernière, Radio X a refusé de diffuser une publicité du gouvernement faite sur mesure pour ses auditeurs. Le message anticomplotiste était livré par deux anciens animateurs de la station.

La direction de Radio X a jugé que la publicité du gouvernement faisait un « portrait caricatural » de ses auditeurs et établissait un lien entre la station et le complotisme.

Dans un communiqué envoyé lundi en fin de journée, le propriétaire de la station a rejeté l’étiquette une fois de plus.

« L’entreprise RNC média ne peut accepter toute association tendancieuse et fallacieuse avec le mouvement conspirationniste et les appels au boycott qui ne sont basés sur aucune déclaration formulée en ondes par ses animateurs », fait valoir Robert Ranger, président et chef de la direction de RNC média.

« L’entreprise envisage d’ailleurs toutes les options qui s’offrent à elle pour défendre sa réputation », poursuit M. Ranger, qui assure que « CHOI informe adéquatement ses auditeurs, mais conserve un sens critique ».

L’animateur Jean-François Fillion a affirmé en ondes que la décision de la Ville de Québec relevait d’un choix politique. « On a un maire qui profite de la situation pour régler ses comptes », a dit M. Fillion. La station est notamment en guerre ouverte contre le projet de tramway, cher au maire Labeaume.

Au moins un député de la région de Québec a tenu à saluer la décision de la Ville. Sol Zanetti, député solidaire de Jean-Lesage, a même invité le gouvernement du Québec à boycotter Radio X.

« C’est au tour du gouvernement du Québec d’emboîter le pas et de retirer toutes ses publicités des ondes de CHOI Radio X, tant et aussi longtemps que la station refusera de diffuser des messages de la santé publique. J’encourage également toute entreprise ou organisme à le faire », affirme M. Zanetti.

En temps normal, le fait qu’un gouvernement boycotte un média avec lequel il est en désaccord peut être extrêmement dangereux, avertit Colette Brin, professeure titulaire au département de communication de l’Université Laval. Mais la pandémie n’est pas un contexte normal, ajoute-t-elle, surtout quand la santé publique est en jeu.

« Je ne trouve pas cette décision-là particulièrement choquante », dit-elle de la décision de la Ville de Québec. Elle ajoute toutefois « que ça peut avoir l’air d’un règlement de compte et que ce soit le cas ou non, ça laisse la possibilité à CHOI de jouer sur ça ».