(Québec) Des maires des municipalités où sont publiés les journaux de Groupe Capitales Médias (GCM) ont fait la route vers l’Assemblée nationale, mercredi, pour lancer un message aux politiciens : « portez vos culottes » et taxer les géants du web, ont-ils dit.  

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

« Ce qu’on espère, c’est que le gouvernement, dans son analyse, se penche sur les différentes propositions [mises sur la table] et s’assure de ne pas réinjecter [des fonds publics dans les médias simplement] pour repousser le problème dans quelques années. [Il faut des] solutions qui vont assurer une pérennité [à la presse d’information] à long terme », a affirmé la mairesse de Saguenay, Josée Néron.  

« Portez vos culottes et agissez pour qu’on puisse aller chercher les taxes là où elles se trouvent maintenant avec les nouveaux modèles qui se sont développés ces dernières années », a-t-elle ajouté en ciblant particulièrement les élus fédéraux, qui refusent à ce jour de taxer les GAFAM, acronyme fréquemment utilisé pour désigner les géants du web.  

Les maires de Sherbrooke, Granby et Trois-Rivières étaient également présents mercredi à l’Assemblée nationale pour soutenir Claude Gagnon, président directeur général de GCM, qui témoignait au troisième jour de la commission parlementaire sur l’avenir des médias. Ces derniers ont exprimé leurs réticences à ce que l’entreprise qui détient les journaux de leur région soit rachetée par un grand groupe de presse comme Québecor.  

« Ce n’est pas parce que [Pierre Karl Péladeau] est pire qu’une autre personne, c’est tout simplement une question de concentration. […] [Il faut de] de la diversité au niveau de l’analyse de l’information », a dit Mme Néron.    

Plus de lecteurs, moins de revenus 

M. Gagnon de Groupe Capitales Médias a pour sa part rappelé que le lectorat de ses journaux est en progression, même si les revenus ne sont plus suffisants pour maintenir l’entreprise à flot. GCM ne peut pas non plus en demander davantage à ses employés, durement frappés ces dernières années par la crise des médias.  

« De 2008 à 2019, nous avons réduit nos effectifs de 53 % et réduit nos dépenses d’exploitations de façon fort significative afin de tenir compte de nos baisses de revenus », explique Groupe Capitales Médias dans son mémoire.  

« La charge de travail de nos équipes n’a jamais été aussi lourde qu’actuellement et la progression de la rémunération n’a pas compensé les ajouts de fonctions. Bien que fort appréciée, l’aide sous forme de prêt ou de crédit d’impôt reçu à ce jour est nettement insuffisante pour permettre d’atteindre la piste d’atterrissage », poursuit-on.  

Un crédit d’impôt 

GCM, dans qui Investissement Québec (IQ) a investi 5 millions d’urgence pour permettre à l’entreprise de poursuivre ses activités malgré son manque de liquidité, a aussi formulé mercredi des demandes au gouvernement Legault pour assurer l’avenir de la presse écrite.

L’entreprise demande entre autres un crédit d’impôt remboursable qui couvrirait l’ensemble de la masse salariale des médias d’information, l’élimination de la contribution pour le recyclage et plus d’investissements publicitaires des organismes publics et du gouvernement dans la presse régionale.  

Mercredi, Groupes Capitales Médias a mis en place un système de dons pour que les lecteurs puissent soutenir leurs journaux régionaux. Ce nouveau modèle, qui ressemble à ce que fait déjà La Presse depuis quelques mois, a été initié par le département marketing de l’entreprise, a expliqué M. Gagnon.  

Groupe Capitales Médias pourrait-il devenir un organisme à but non lucratif, à l’instar de La Presse ? Ce dernier n’a pas voulu se prononcer sur le modèle de propriété qu’aura l’entreprise, à la recherche d’un ou de nouveaux propriétaires. Chose certaine, a toutefois dit M. Gagnon, le modèle coopératif proposé par la CSN est une option valable qui mérite d’être étudiée.

Radio-Canada propose de créer des partenariats 

Le vice-président principal des services français de Radio-Canada, Michel Bissonnette, estime que Radio-Canada pourrait soutenir les médias d’information en faisant « des collaborations sur des dossiers d’enquête », entre autres.

« Pour certains dossiers d’enquête, on pourrait [les] faire conjointement avec d’autres médias, question de se partager les ressources. […] Notre souhait, c’est de faire partie de la solution. Personne ne va gagner à avoir moins de médias dans l’écosystème. On doit avoir plus de sources d’information et de diversité des voix », a-t-il dit mercredi.

Radio-Canada est également touchée par la crise des revenus publicitaires, a également affirmé M. Bissonnette. « Dans les cinq dernières années, c’est 400 millions de moins qui ont été dépensés en publicité [télévisée], a-t-il affirmé. Cet argent est allé vers le numérique, [mais] dans 80 % des cas, il est allé vers [les géants américains du web]. »

M. Bissonnette, qui assiste aujourd’hui aux travaux de la commission parlementaire, témoignera pour sa part demain devant les parlementaires.

Au cours de la journée, mercredi, plusieurs médias d’information témoigneront devant les parlementaires à l’Assemblée nationale. C’est entre autres le cas du journal Le Devoir, de La Presse, de Québecor Média, de Télé-Québec et de Cogeco.