(Québec) Un nouvel acteur dit envisager de se porter acquéreur des six quotidiens touchés par la déroute de Groupe Capitales Médias (GCM). Propriétaire depuis l’an dernier du journal gratuit Métro et d’hebdomadaires, Métro Média a déjà entamé des démarches auprès du syndic en vue de présenter une offre.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Acculé à la faillite, GCM s’est adressé à la Cour lundi pour se placer à l’abri de ses créanciers, et son président, Martin Cauchon, a démissionné.

Le vice-président et directeur général de Métro Média, Andrew Mulé, a aussitôt pris contact avec PricewaterhouseCoopers (PwC), qui agit à titre de syndic. « S’il y a une vente à faire, ça nous intéresse », a-t-il affirmé en entrevue à La Presse hier. PwC lui a signalé que le processus officiel pour trouver un repreneur serait lancé au début du mois prochain.

« On aime beaucoup la qualité des produits du groupe. Et je crois beaucoup en la presse écrite. C’est vraiment dans mes priorités et notre focus d’entreprise », a expliqué M. Mulé.

Métro Média, propriété de l’homme d’affaires Mike Raffoul, a acquis de Transcontinental, en avril 2018, le quotidien montréalais Métro et 29 hebdomadaires (21 à Montréal et 8 à Québec). Avec son partenaire Andrew Mulé, M. Raffoul dirige depuis plusieurs années une autre entreprise, Transmet Logistics Metropolitan Media, qui offre des services destinés aux publications imprimées, comme la distribution.

On connaît très bien l’industrie. Je comprends très bien la réalité [des médias], je la vis quotidiennement.

Andrew Mulé, Métro Média

Des « ambassadeurs régionaux »

Métro Média manifeste son intérêt pour tous les quotidiens de Capitales Médias : Le Soleil (Québec), Le Droit (Ottawa-Gatineau), La Tribune (Sherbrooke), Le Nouvelliste (Trois-Rivières), La Voix de l’Est (Granby) et Le Quotidien (Saguenay). Ces journaux correspondent tous à sa « philosophie d’affaires », celle d’avoir des « ambassadeurs régionaux » dans des centres urbains, a expliqué M. Mulé. Il envisage une « synergie » entre les médias actuels de Métro Média et les six quotidiens.

« Notre expertise, c’est la vente de pubs », a ajouté M. Mulé, relevant que GCM avait connu une « chute » de ses revenus publicitaires. Il a également souligné que Métro Médias avait pour partenaire Transcontinental, qui imprime des quotidiens de GCM. C’est d’ailleurs l’un des créanciers du groupe (près d’un million de dollars).

« Ce n’est pas nécessairement juste des poches profondes » qu’il faut avoir pour relancer les six quotidiens de GCM, « c’est aussi un bon sens de l’opération », a fait valoir Andrew Mulé.

Il ne s’est pas avancé sur les détails d’une offre éventuelle. « Jusqu’ici, ce que j’ai vu, c’est qu’il y a une énorme perte et que ça ne vaut pas beaucoup », a-t-il souligné. GCM doit près de 26 millions à ses créanciers.

Lundi, le patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau, s’était présenté comme le seul en mesure d’assurer la pérennité des quotidiens de GCM. « Si M. Péladeau veut offrir une fortune et tout faire, c’est sûr que je ne suis pas dans la même game que lui. S’il veut garrocher de l’argent, moi, ça ne m’intéresse pas de faire ça », a affirmé M. Mulé.

Première offre de Péladeau refusée

Pierre Karl Péladeau a fait une première offre dès la semaine dernière pour mettre la main sur les six quotidiens, mais celle-ci a été rejetée par le gouvernement, le créancier principal de GCM, a-t-il confirmé hier à Radio-Canada. Des sources gouvernementales signalent que l’on souhaitait un processus de vente ouvert et que, du reste, M. Péladeau n’offrait aucune garantie quant au maintien des emplois. Le patron de Québecor pourrait présenter une nouvelle offre.

De son côté, Le Devoir envisage une alliance avec Le Soleil. La Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui représente la plupart des employés de GCM, propose quant à elle de créer une coopérative de travailleurs qui deviendrait actionnaire des quotidiens, en partenariat avec d’éventuels investisseurs.

Le gouvernement Legault a annoncé lundi un prêt de 5 millions de dollars en provenance d’Investissement Québec afin de maintenir les activités des journaux de GCM jusqu’au 31 décembre. Québec avait déjà accordé un prêt de 10 millions à GCM, sous le gouvernement Couillard.