(New York) Les prix du pétrole ont évolué en dents de scie jeudi pour terminer en nette hausse, dans le sillage d’un repli du dollar, favorable au cours de l’or noir, et sur fond d’un approvisionnement toujours tendu.

Mis à jour le 19 mai
Agence France-Presse

Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet a grimpé de 2,68 % à 112,04 dollars.

Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en juin a gagné 2,39 % à 112,21 dollars.

« Le marché est d’une volatilité extrême avec de fortes hausses un jour, de larges pertes le lendemain », notait Andy Lipow de Lipow Oil Associates.

Pour John Kilduff d’Again Capital, « à cause de la situation très tendue de l’offre, le marché surréagit à n’importe quel titre d’information ». « Chaque baril compte ! »

Les cours avaient ainsi piqué dans le rouge plus tôt en séance, après des informations de presse évoquant une future rencontre entre le président américain Joe Biden et le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, dit « MBS ».

« Il y a eu spéculation qu’on aurait enfin davantage de pétrole de la part de l’Arabie saoudite », a conclu John Kilduff d’Again Capital.  

Sans confirmation, le pétrole est reparti à la hausse, après plusieurs séances de recul, dans le sillage d’un net repli du dollar jeudi.

« Il y a eu un déclin significatif du dollar, de -1 % pour le Dollar index, et cela a aidé à pousser les prix à la hausse », les exportations de pétrole américaines devenant moins chères, a indiqué John Kilduff.

Mercredi, les États-Unis avaient annoncé un allègement modeste des sanctions infligées au Venezuela portant surtout sur une dérogation octroyée au groupe pétrolier américain Chevron, le seul pétrolier américain à avoir encore des actifs dans ce pays.

Ces nouvelles, annonçant un possible renforcement de l’offre, avaient mis les cours sous pression, alors que Washington impose depuis 2019 un embargo pétrolier au Venezuela dans l’espoir de pousser au départ le président Nicolas Maduro.

Mais, jeudi, la secrétaire américaine à l’Énergie Jennifer Granholm a spécifié devant une commission du Sénat que les États-Unis ne planifiaient pas d’importer du pétrole du Venezuela.

« Cela a soulagé la pression sur les cours, le marché ayant été trop optimiste sur la possibilité d’avoir du pétrole vénézuélien », a indiqué l’analyste d’Again Capital.

De son côté, l’Union européenne peine toujours à imposer un embargo sur les hydrocarbures russes, se confrontant aux résistances de la Hongrie, particulièrement dépendante du pétrole russe.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a eu un « impact profond des deux côtés de l’équation pétrolière », a souligné Tamas Varga, analyste chez PVM Energy.

Le conflit a provoqué une envolée des prix des matières premières, dont le pétrole, ce qui a exacerbé l’inflation et pèse désormais sur les perspectives de la demande.

Aux États-Unis, le diesel et l’essence à la pompe s’écoulent à des prix record. Le gallon d’essence (3,78 litres) atteint 4,58 dollars en moyenne, et plus de 6 dollars en Californie, où les taxes sont plus élevées.

« C’est la hausse des prix du diesel et de l’essence qui alimente la peur de l’inflation, car, associée à celle des prix des denrées alimentaires, elle réduit les marges bénéficiaires et, avec l’action de la Fed (banque centrale américaine), pourrait nous rapprocher de cette récession redoutée », commentait Phil Flynn de Price Futures Group.

« On s’attend à ce que ce bond des prix de l’énergie finisse par peser sur la demande et sur l’économie en général, mais on n’y est pas encore », concluait John Kilduff.