(Calgary) Les propriétaires qui ont résisté à l’envie de rénover leur habitation pendant les 18 premiers mois de la pandémie peuvent maintenant céder, puisque les prix du bois d’œuvre, qui ont atteint des sommets vertigineux au printemps, sont redescendus sur terre.

Amanda Stephenson La Presse Canadienne

Chez Peacock Lumber, une entreprise familiale d’Oshawa, en Ontario, le propriétaire, Glen Peacock, a indiqué que les prix au détail s’étaient « effondrés » ces dernières semaines. Une planche de bois de charpente de huit pieds de long et de deux pouces sur quatre pouces, qui coûtait 12,65 $ au 1er juin, se vend maintenant à 3,95 $, a indiqué M. Peacock – essentiellement son prix avant la flambée.

« C’est incroyable que cela ait duré aussi longtemps avant que les gens ne disent : “C’est trop d’argent”, a souligné M. Peacock. Les gens qui ont attendu, lorsque c’était possible, pour réaliser leurs projets seront dans une bien meilleure position. »

La vague de rénovations domiciliaires et de projets de bricolage qui a suivi l’arrivée de la pandémie a envoyé une onde de choc dans les industries de la rénovation et de la construction, plus tôt cette année. Les prix du bois d’œuvre en Amérique du Nord ont atteint des sommets records de plus de 1600 $ US par millier de pieds-planches en mai, un niveau trois fois plus élevé que celui d’avant la pandémie.

Le tour de manège des prix a amené certains clients à précommander du bois des mois à l’avance pour s’assurer d’en obtenir, et a même entraîné une série de vols sur les chantiers de construction dans toute l’Amérique du Nord.

Mais la descente a été encore plus rapide que la montée, ce qui a fait en sorte que de nombreux détaillants ont été coincés et ont dû essayer de se débarrasser de produits qu’ils avaient achetés à des prix plus élevés.

« Avec une chute des prix du bois d’œuvre aussi rapide, tout le monde a été forcé de vendre à perte leurs stocks, a expliqué Joel Seibert, propriétaire de Mountain View Building Materials, juste à l’extérieur de Calgary. Dans un monde idéal, le prix aurait mis deux fois plus de temps à redescendre qu’à monter. »

La présidente de la Western Retail Lumber Association, Liz Kovach, dont le groupe représente les détaillants de bois d’œuvre, de matériaux de construction et de quincailleries de l’Ouest canadien, a souligné que la bulle des prix pandémique avait éclaté avec l’arrivée de l’été. Les températures plus élevées et l’assouplissement des restrictions liées à la COVID-19 partout au pays ont convaincu les Canadiens de voyager davantage et de passer moins de temps sur des projets autour de la maison, a-t-elle expliqué.

« Ç’a été un défi du côté de la vente au détail, a souligné Mme Kovach. Nous avons vu beaucoup de ventes à prix cassés, juste pour que les matériaux puissent être déplacés. »

Baisses de production dans les scieries

La chute des prix a déjà entraîné des réductions d’activités dans les scieries. La société Canfor, établie à Vancouver, a indiqué à la fin du mois d’août qu’elle ferait fonctionner l’ensemble de ses scieries en Colombie-Britannique à 80 % de leur capacité jusqu’à ce que les conditions du marché s’améliorent. Conifex Timber, également de Vancouver, a annoncé le 20 août qu’elle réduirait la production de bois d’œuvre à sa scierie de Mackenzie, en Colombie-Britannique, pour une période de deux semaines.

L’augmentation rapide des coûts du bois d’œuvre plus tôt cette année a ajouté aux coûts de construction de nouvelles maisons « des dizaines de milliers de dollars par immeuble », a souligné le chef de la direction de l’Association canadienne des constructeurs d’habitations, Kevin Lee. Et même si les consommateurs peuvent déjà bénéficier de prix plus bas dans les magasins de rénovation domiciliaire, les acheteurs de maison qui signent de nouveaux contrats d’achat voient toujours des prix élevés.

« Les constructeurs doivent encore écouler leurs stocks de bois d’œuvre qu’ils ont payés plus cher. Il faut un certain temps pour vider le système », a observé M. Lee.

Oui, les prix du bois d’œuvre des scieries ont reculé de façon spectaculaire au cours de l’été, mais cela a malheureusement mis du temps à atteindre le reste de l’industrie et les consommateurs.

Kevin Lee, chef de la direction de l’Association canadienne des constructeurs d’habitations

M. Lee a ajouté qu’en ce qui concerne la construction de maisons neuves, les prix sont aussi compliqués par les défis actuels de la chaîne d’approvisionnement liés à la pandémie. Bien que les difficultés liées au bois d’œuvre se soient atténuées, les constructeurs de maisons doivent toujours faire face à des retards de livraison et à une inflation pour tous les prix, de la plomberie et des produits électriques aux armoires de cuisine.