La communauté des boursicoteurs du forum Reddit WallStreetBets s’est attaquée depuis jeudi dernier au marché de l’argent, le métal précieux, après avoir fait des ravages chez les vendeurs à découvert de sociétés comme GameStop la semaine dernière.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Le prix de l’argent a dépassé les 30 $ US l’once, lundi matin, pour la première fois en huit ans avant de se replier de quelques dollars plus tard dans la journée. À 17 h, l’once se vendait 29,04 $ US. Depuis jeudi, l’argent a gagné 16 %.

Les titres de producteurs d’argent sont aussi partis à la hausse. First Majestic (FR, à Toronto), le producteur d’argent le plus vendu à découvert selon le site Kitco, a gagné 57 % depuis mercredi soir. Pan American Silver (PASS, à Toronto) a gagné 30 % depuis mercredi dernier, passant de 36,00 $ à 46,79 $. Le cours de la société de redevances Wheaton Precious Metals (WPM, à Toronto), qui est exposée au prix de l’argent, s’est apprécié de 10 % dans les dernières séances.

Chez les plus petits producteurs, Hecla (HL, à New York) est passé de 5,08 $, mercredi en fin de journée, à 7,30 $, un saut de 44 %. Aya (AYA, à Toronto) a bondi de 22 %, pour terminer lundi à 4,86 $.

Historiquement, les vendeurs à découvert sont nombreux dans le marché de l’argent, un marché d’environ 1500 milliards US. Les investisseurs de détail, encouragés par les forums de discussion sur les réseaux sociaux, se coordonnent dans le but de faire augmenter les prix, forçant les vendeurs à découvert à capituler. Ce fut le cas avec GameStop la semaine dernière. Lundi, c’était au tour d’Alythia de s’envoler.

« La semaine qui commence va être excitante », a déclaré dimanche David Morgan dans une vidéo affichée sur son site web The Morgan Report. M. Morgan est un mordu des métaux précieux, en particulier l’argent. « Il faudra voir si les petits investisseurs ont des convictions ou si le mot d’ordre ne tiendra pas. »

Pour l’argent, « les particuliers essayent de tirer partie d’une particularité du marché des matières premières : son existence physique », a expliqué Eugen Weinberg, analyste chez Commerzbank, à l’Agence France-Presse. « En achetant des fonds indiciels (FNB) basés sur l’argent », puisque leurs émetteurs doivent acheter des lingots ou des pièces, « on peut créer un déficit de l’offre ».

Vendredi, le fonds négocié en Bourse (FNB) iShares Silver Trust a enregistré des entrées de fonds de près de 1 milliard US, a rapporté son promoteur BlackRock.

Le FNB Silver Trust (SLV) est investi dans des lingots d’argent réels, ce qui signifie que le métal précieux doit être acheté lorsque de nouveaux investissements sont reçus. Si les investissements explosent comme c’est le cas ces jours-ci, il pourrait se produire une rupture temporaire de stocks physiques, ce qui propulserait le prix du métal.

« Aujourd’hui, si vous voulez acheter de l’argent physique, vous allez payer une prime, dit à La Presse Benoit La Salle, PDG d’AYA Gold & Silver, un petit producteur d’argent au Maroc ayant son siège social à Montréal. Ce matin, on a reçu des appels de courtiers qui étaient prêts à payer 41 $ US l’once si on pouvait leur livrer de l’argent. »

Jeux dangereux

Fondateur du producteur d’or Semafo (vendu à Endeavour), M. LaSalle a assez de métier pour savoir que des bulles spéculatives peuvent mal finir. Il se réjouit néanmoins de l’intérêt pour l’argent provoqué par ce mot d’ordre d’achat sur les réseaux sociaux.

« Cette semaine, c’est le forum minier Indaba, en Afrique, qui se tient en mode virtuel. On est la société avec le plus de rendez-vous, 48 en 3 jours, du jamais-vu, soutient-il. C’est relié à l’argent et à la folie qui se passe dans le secteur », dit M. LaSalle, dont la société a publié dans les dernières semaines des résultats de forage extrêmement prometteurs pour son site minier Zgounder, au Maroc.

Cependant, les boursicoteurs auront plus de mal à influencer le cours de l’argent que celui d’une action comme GameStop, souligne le site Seeking Alpha, étant donné l’important marché hors Bourse du métal précieux sur lequel les banques négocient pour le compte des clients.

« Ce qui se passe actuellement, c’est de la pure spéculation », met en garde Éric Lemieux, analyste de titres miniers pour EBL Consultants. « Ce qui monte rapidement redescend aussi vite. Ce n’est pas nécessairement bon pour notre industrie. Je préfère de loin une hausse graduelle du prix des métaux qui repose sur des éléments fondamentaux au lieu que ça soit totalement spéculatif. »

« Peut-être que l’argent augmentera pour la peine sous l’impulsion du groupe Reddit, bien que j’en doute sérieusement », écrit sur son compte Linkedln Jayant Bhandari, ancien administrateur de la junior Gold Canyon et contributeur à l’Institut Fraser, car ils n’ont pas les moyens d’influencer significativement le marché de l’argent. Même s’ils le pouvaient, une telle démarche ne sera pas viable, croit-il.

— Avec l’Agence France-Presse