(Ryad) L’action du géant pétrolier saoudien Aramco s’est envolée de 10 % pour ses débuts mercredi sur la place boursière de Riyad, dans le cadre de la plus grosse introduction en Bourse de l’histoire.

Anuj CHOPRA, avec Omar Hasan à Dubaï
Agence France-Presse

Le cours de l’action du mastodonte de l’or noir a gagné 3,2 riyals (1,13 $ CA) portant sa valeur à 35,2 riyals (12,37 $ CA), quelques secondes seulement après que le PDG d’Aramco, Amin Nasser, a fait sonner la cloche marquant les débuts de l’entreprise en Bourse à 2 h 30 (heure de Montréal).

Cette hausse de 10 %, maximum autorisé pour la journée, s’est maintenue jusqu’à la clôture des échanges et valorise l’entreprise à 1880 milliards de dollars US, loin devant Apple et Microsoft.

Aramco avait fixé le prix initial de son action à 32 riyals et affirmé avoir levé 25,6 milliards de dollars US, dépassant la somme record des 25 milliards de dollars US levés en 2014 par le géant chinois du commerce en ligne Alibaba, à Wall Street.

La cotation de l’entreprise qui génère le plus de bénéfices au monde propulse la Bourse saoudienne parmi les dix premières au monde.

« Aujourd’hui, le Royaume d’Arabie saoudite n’est plus le seul actionnaire de l’entreprise », a déclaré le président du conseil d’administration d’Aramco, Yasir al-Rumayyan, lors d’une grande cérémonie organisée mercredi matin.

« Plus de cinq millions d’actionnaires, dont des citoyens et des résidents, ainsi que des pays (du Golfe) et des institutions internationales d’investissement y ont adhéré. C’est un jour où tout le monde à Aramco et dans le royaume peut être extrêmement fier », s’est-il félicité.

L’opération s’inscrit dans le cadre d’un vaste plan de réformes destiné à diversifier l’économie saoudienne largement dépendante de l’exportation de brut.

Les revenus générés devraient être injectés dans des mégaprojets d’infrastructures dans lesquels le royaume s’est lancé sous la houlette du prince héritier Mohammed ben Salmane, notamment dans les secteurs du tourisme et du divertissement.

Objectif « 2000 milliards »

Mais sur fond de chute des cours du brut et de tensions régionales, les espoirs d’une valorisation de l’entreprise à 2000 milliards de dollars ont été revus à la baisse pour atteindre quelque 1700 milliards de dollars à l’issue de la période de souscriptions.  

L’introduction en Bourse d’Aramco, annoncée pour la première fois en 2016 avant d’être plusieurs fois repoussée, devait initialement rapporter jusqu’à 100 milliards de dollars avec la vente de jusqu’à 5 % de l’entreprise publique. Aramco a finalement mis en vente 1,5 % de son capital à Riyad.  

Les projets du gouvernement saoudien de lever des fonds supplémentaires avec l’entrée sur une place boursière internationale restent en suspens et l’introduction à Riyad a finalement été fortement axée sur les investisseurs saoudiens et d’autres pays du Golfe.

Les autorités tentent désormais de pousser les familles et les institutions fortunées du pays à acheter des actions d’Aramco en circulation, pour atteindre la barre des 2000 milliards de dollars en faisant monter le prix du titre, selon un article du Financial Times.

Deux tiers des actions ont été réservés aux investisseurs institutionnels et le gouvernement saoudien a fini par mettre la main à la poche pour assurer le succès de l’opération, qui devait à l’origine permettre de lever des fonds privés afin de les réinjecter dans la diversification économique du royaume.

Les organismes gouvernementaux saoudiens ont représenté 13,2 % de la tranche institutionnelle, investissant environ 2,3 milliards de dollars, selon Samba Capital, une des entreprises chargées de piloter l’introduction en Bourse.

« Gonfler le prix »

« Aramco va probablement atteindre les 2000 milliards ou plus dans les premiers jours d’échanges », explique à Bloomberg News Zachary Cefaratti de la société d’investissements Dalma Capital Management, qui a acquis des parts dans l’opération.

Mais selon des analystes, la hausse du prix de l’action sera de courte durée : « Tout le monde soupçonne la hausse du prix de l’action d’être artificielle », affirme Elle Wald, auteure de « Saudi Inc ».

« Cela veut dire que le (gouvernement) saoudien devra continuer de le gonfler et d’y consacrer énormément de ressources, ce qui mettra à mal le budget et l’économie », ajoute-t-elle.  

Les analystes les plus sceptiques estiment par ailleurs que les recettes de l’opération couvriront à peine le déficit budgétaire abyssal du royaume pendant un an.

L’introduction en Bourse s’accompagne également d’une pression sur les prix du pétrole en raison de la morosité de l’économie mondiale frappée par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et de la production record des exportateurs de pétrole brut hors OPEP.