Amis investisseurs, croisez les doigts pour que la nouvelle mode américaine des commissions gratuites à la Bourse traverse la frontière.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Mardi, les deux géants TD Ameritrade et Charles Schwab ont annoncé coup sur coup qu’ils réduisaient à zéro leurs commissions, en réponse à Interactive Brokers qui avait lancé le bal des transactions gratuites la semaine dernière.

Cela signifie que pour les petits investisseurs qui gèrent leur portefeuille eux-mêmes sur internet, acheter ou vendre des actions et des fonds négociés en Bourse ne coûtera carrément plus rien.

Gratuit ! Peu importe la taille du compte. N’est-ce pas merveilleux ?

Mais cette nouvelle a créé une onde de choc dans l’industrie du courtage, qui a subi une fameuse raclée boursière. L’action de Schwab a fondu de 10 % le jour de l’annonce. Un de ses principaux concurrents, TD Ameritrade, a dégringolé de 25 % à la Bourse, tandis que son principal actionnaire, la Banque TD, a perdu presque 3 milliards de dollars de valeur boursière en une seule journée.

Il faut savoir que TD Ameritrade tire presque le tiers de ses revenus des commissions, qui ne représentent plus que 7 % du chiffre d’affaires de Schwab, selon l’analyste de Morningstar Michael Wong.

Il faut dire que les courtiers directs ont bien d’autres sources de revenus à part les commissions. Par exemple, ils perçoivent des frais de change – parfois jusqu’à 2 % – sur les transactions en devises étrangères, souvent sans que les clients le réalisent. Les courtiers font aussi beaucoup d’argent avec les liquidités que leurs clients conservent dans leur compte. Les intérêts perçus sur les comptes sur marge leur apportent aussi de l’eau au moulin.

Alors, rassurez-vous. Les courtiers directs s’en tireront, eux qui affichent de généreuses marges bénéficiaires d’exploitation de 50 % qui ont de quoi rendre jalouses beaucoup d’autres industries.

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Reste à voir si les commissions gratuites vont devenir monnaie courante au Canada, où Schwab n’est pas présente. Ses activités canadiennes ont été vendues en 2002 à la Banque Scotia, qui a aussi avalé E-Trade Canada en 2008… avant de rebaptiser sa filiale de courtage direct Scotia iTrade.

Malgré cette consolidation, les prix des commissions au Canada ont encore fondu de moitié au cours de la dernière décennie.

Aujourd’hui, les courtiers directs des grandes banques imposent des frais qui varient entre 6,95 $ par opération (Pro-investisseurs CIBC) et 9,95 $ (BMO Ligne d’action, Banque Nationale courtage direct, Desjardins courtage en ligne [Disnat] et RBC Placements en direct), ou encore 9,99 $ (Scotia iTrade et Placements directs TD).

Mais depuis six mois, il est possible d’investir tout à fait gratuitement grâce à Wealthsimple Trade. Pour se tailler une place dans l’industrie du courtage, cette entreprise de technologie financière (fintech) a lancé une plateforme de négociation sans commission, en mars dernier.

Les investisseurs canadiens peuvent acheter et vendre gratuitement des milliers d’actions et de fonds négociés en Bourse (FNB) sur les principaux marchés canadiens et américains. Transactions gratuites, illimitées, sans exigence de solde minimal.

Pour l’instant, cette offensive n’a pas fait broncher les gros acteurs. Mais aux États-Unis, les géants n’ont pas réagi tout de suite à l’arrivée de Robinhood, une jeune pousse de Silicon Valley qui avait lancé un service de courtage sans commission en 2013.

Espérons que l’effet soit plus rapide au Canada…

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Mais pour les investisseurs canadiens le moindrement dégourdis, il n’a jamais été si simple de se constituer un portefeuille parfaitement diversifié, sans trop d’efforts et pratiquement sans frais.

Banque Nationale courtage direct offre des transactions gratuites sur les FNB inscrits sur les Bourses canadiennes et américaines. Ces produits de placement sont de proches cousins des fonds communs de placement, à la différence que les FNB se contentent de reproduire la composition d’un indice.

Comme il n’y a pas de gestionnaire actif, les frais de gestion annuels sont 10 fois moins élevés que ceux des fonds communs qui grugent environ 2 % chaque année. Les FNB sont infiniment moins chers… et ça continue de baisser. En septembre dernier, par exemple, la famille Mackenzie a réduit ses frais sur une douzaine de FNB dont certains coûtent maintenant aussi peu que 0,04 % par année.

Rendu là, autant dire que c’est gratuit.

Pour les investisseurs qui ne veulent pas se casser la tête, plusieurs grandes familles de FNB comme iShares, Vanguard et BMO offrent des portefeuilles de FNB clés en main qui correspondent à différents profils d’investisseur : prudent, équilibré, audacieux, etc.

En achetant un seul titre, les épargnants peuvent donc se constituer un portefeuille qui correspond à leurs besoins et qui se rééquilibrera tout seul. Le placement sur le pilote automatique, quoi ! Tout cela moyennant des frais de gestion d’environ 0,2 % par année.

À long terme, les frais ont un impact énorme sur votre portefeuille. Disons que vous investissez 100 000 $ aujourd’hui dans un fonds commun qui prélève 2 % de frais par année. Dans 30 ans, cette somme vaudra environ 313 000 $, avec un rendement de 6 %.

Si vous optez plutôt pour un FNB qui ne coûte que 0,2 % par année, votre portefeuille vaudra 540 000 $ dans 30 ans. C’est 227 000 $ de plus dans vos poches. Réduire ses frais, c’est drôlement payant !