C'est bien parti pour l'or cette année. Le prix par once, en hausse quasi constante depuis le 23 décembre, est repassé au-dessus des 1200 $US, hier. Plusieurs observateurs, dont l'agence new-yorkaise CPM Group, le voient revenir à 1300 $US d'ici la fin de l'année.

Paul Durivage LA PRESSE

L'or a démontré une forte résilience en 2016. Le prix du métal précieux a augmenté de près de 10 % malgré un retranchement au lendemain des élections américaines en novembre. Sa valeur a même regagné plus de 5 % depuis que la Réserve fédérale américaine a haussé ses taux à la mi-décembre.

Signe d'un regain d'intérêt généralisé à la grandeur de la planète, les injections de capitaux dans les fonds négociés en Bourse investis en lingots jaunes ont atteint des niveaux que l'on n'avait plus vus depuis des années. Le fonds IAU d'iShares, l'un des plus gros et l'un des plus liquides axés sur le lingot d'or, pèse aujourd'hui près de 8 milliards US à lui seul.

Les investisseurs renouvelleront leur ferveur dans l'or cette année, croit le World Gold Council qui s'est adjoint de grands noms pour signer son document de perspective 2017. Même si la vigueur du dollar américain fera ombrage à son éclat, la demande pour l'or profitera, selon l'organisme de développement de marché, d'une conjonction de six facteurs autrement favorables. Que voici.

1. LE RISQUE GÉOPOLITIQUE ÉLEVÉ

Jim O'Sullivan, chef économiste de High Frequency Economics, nommé « meilleur prévisionniste américain des 10 dernières années » par MarketWatch, croit qu'il y a un risque réel que les négociations sur le commerce international « tournent aux hostilités » avec la prise de pouvoir de Donald Trump aux États-Unis. Outre ces appréhensions, l'or, valeur refuge par excellence, pourrait aussi profiter d'un « Brexit à la dure » et du redéploiement de la richesse nationale à l'occasion des élections en Allemagne, en France et aux Pays-Bas.

2. LA DÉPRÉCIATION DES DEVISES

John Nugée, ancien responsable des réserves à la Banque d'Angleterre, croit que l'euro et la livre seront sous pression alors que leurs politiques monétaires divergeront vraisemblablement avec celles des États-Unis. Pendant que l'on s'attend à ce que la Réserve fédérale américaine resserre le crédit, l'Europe ferait face à une dépréciation de sa devise, croit le Conseil mondial. Les épargnants seront tentés de protéger leurs avoirs en investissant dans le billet vert, bien sûr, mais aussi dans l'or. Les investisseurs allemands se sont d'ailleurs montrés particulièrement friands en achetant 76,8 tonnes de lingots l'an dernier.

3. LES ATTENTES INFLATIONNISTES

Si les taux d'intérêt sont appelés à augmenter aux États-Unis cette année, tous les économistes consultés par le Conseil prévoient que l'inflation augmentera tout autant. Jim O'Sullivan s'attend à une hausse des prix à la consommation de 2,7 % aux États-Unis. C'est peu par rapport aux standards historiques, mais assez pour signaler que la tendance demeure haussière, note-t-il. L'inflation a tôt fait de discréditer les placements en obligations et les autres actifs à revenus fixes auprès des investisseurs à long terme. Par contre, la valeur de l'or, dont l'offre mondiale n'augmente que de 2 % par année, est d'autant appréciée.

4. LES ÉVALUATIONS BOURSIÈRES GONFLÉES

Les marchés boursiers ont vu un fort rebond fin 2016. Alors que plusieurs places boursières ne faisaient que se remettre de plusieurs années de performance médiocre, la Bourse de New York a atteint des sommets inégalés. Dans bien des cas, les évaluations sont élevées, alors que les investisseurs acceptent d'encourir plus de risques dans l'espoir de générer quelque rendement dans un environnement de taux d'intérêt très bas, note le World Gold Council. « Dans un contexte semblable, le rôle de l'or devient particulièrement pertinent comme élément de diversification de portefeuille et de couverture de risque secondaire », conclut-on.

5. LA CROISSANCE DE L'ASIE

Avec sa forte croissance économique, l'Asie accaparera 60 % de l'augmentation globale de la demande mondiale pour l'or en 2017, croit David Mann, chef économiste de l'Asia Standard Chartered Bank. Même si la demande de bijoux dorés a diminué avec les changements de goûts des consommateurs en Chine, l'or y est de plus en plus recherché comme investissement. Résultat net : la Chine est aujourd'hui le plus gros consommateur de lingots et vraisemblablement l'un des principaux dépositaires sur la planète. Pour sa part, l'Inde, qui est le deuxième consommateur d'or au monde, a enrayé la mécanique d'accumulation d'or pour les ménages indiens en démonétisant les plus grosses coupures en circulation, l'an dernier. Le choc passé, l'or devrait toutefois bénéficier de la transition vers une économie plus formelle à long terme, croit le World Gold Council.

6. LE DÉVELOPPEMENT DE NOUVEAUX MARCHÉS

L'investissement en or est maintenant accessible aux investisseurs musulmans. La Norme Charia n° 57 sur l'or et le contrôle de sa commercialisation a été promulguée par l'Organisation de comptabilité et d'audit pour les institutions financières islamiques, en collaboration avec le World Gold Council, en décembre. Jusqu'à présent, aucune règle n'existait. Cela « pose les fondations de ce qui pourrait être l'événement le plus significatif pour la charia financière dans les temps modernes », croit Mark Mobius, président du conseil de Templeton Emerging Markets Group. Autres marchés en développement soulignés par le conseil mondial, la Chine brasse de l'or physique à la Bourse de Shanghai et les fonds de pension du Japon participent au marché depuis quelques années.