C'est vraiment dommage que le mois de juillet ne soit pas plus long. Alors que l'on n'y croyait plus, l'or brille comme un soleil d'été et illumine la Bourse de Toronto depuis trois semaines.

Paul Durivage LA PRESSE

Le prix de l'once d'or a fait un bond spectaculaire de 43,10$US, soit plus de 3%, à 1336$US l'once hier. Il cumule un gain de plus de 10% depuis la fin du mois dernier quand il avait touché son plus bas niveau en 34 mois. Cela efface une bonne partie des pertes essuyées durant la déprime de juin, cependant que le décrochage de la mi-avril demeure encore douloureux pour l'industrie.

L'indice S&P/TSX, riche en métaux précieux, avance ainsi de 5% depuis le début de juillet, ce qui ramène la Bourse de Toronto sous les feux de la rampe après avoir été longtemps à la traîne des grandes places boursières au chapitre du rendement. Propulsé pour sa part par les valeurs financières, l'indice Dow Jones de la Bourse de New York a un peu moins bien fait durant cette période, avec un gain de 4%.

La valeur du métal jaune évolue à l'encontre du billet vert et des prix des bons du Trésor américains, tout aussi affectés par la dernière visite semestrielle du président de la banque centrale américaine au Congrès américain. Ben Bernanke a réaffirmé, la semaine dernière à Washington, que l'état de l'économie américaine justifiait encore une politique monétaire très accommodante.

Selon Bart Melek, stratège chez TD Valeurs mobilières à Toronto, «la faiblesse du marché immobilier américain confirme en outre que le programme de stimulants économiques est là pour rester pendant un certain temps». «Les raisons fondamentales de détenir de l'or, comme la préservation du capital, demeurent tant que l'argent facile continue d'alimenter le système», ajoute Michael Cuggino, gestionnaire des fonds Permanent à San Francisco, sur Bloomberg.

Moment charnière

L'analyste technique Dennis Mark, de la Financière Banque Nationale (FBN), considère que l'or arrive à un moment charnière. Si le recul est terminé, une consolidation lui paraît prévisible à court terme. «L'amplitude du mouvement est la clé", écrit-il, soulignant que quelques mesures techniques s'améliorent aussi.

Ses collègues demeurent d'ailleurs majoritairement confiants dans l'or pour la quatrième semaine consécutive. Selon un sondage de l'agence Bloomberg, 15 analystes, fondamentalistes comme techniques, prévoient que le prix de l'or continuera de s'apprécier cette semaine. Neuf autres prévoient un recul, et cinq sont neutres.

Les fonds spéculatifs ont eux-mêmes renforcé leur gageure que la reprise de l'or va se poursuivre. Leurs achats d'options et de produits dérivés ont augmenté de 56% entre le 4 juin et le 16 juillet, selon l'autorité de régulation des marchés des matières premières aux États-Unis. Les contrats de vente à découvert ont de même fortement chuté, après les niveaux records des semaines précédentes.

Le mal est toutefois fait pour les sociétés aurifères canadiennes qui dévoileront bientôt leurs résultats financiers du deuxième trimestre, à commencer par Agnico-Eagle demain et Goldcorp, jeudi. Selon l'équipe d'analystes miniers de FBN, la magnitude de la chute des prix de l'or depuis septembre dernier a rendu déficitaires plusieurs mines à une vitesse telle que peu de producteurs ont pu s'ajuster assez rapidement.

Les analystes de la FBN ont par ailleurs abaissé de 1600$US à 1300$US leur prix hypothétique pour l'or dans leurs évaluations financières pour le reste de l'année et l'ensemble de 2014.