La semaine dernière, les mauvaises nouvelles ont pris le dessus sur les bonnes. Les inquiétudes quant à la poursuite de la croissance économique en Chine et aux dettes souveraines en Europe l'ont emporté sur une hausse de l'indice de confiance des consommateurs.

Jean Gagnon., collaboration spéciale LA PRESSE

Hier, la situation politique tendue entourant la Grèce et des taux obligataires à la hausse en Espagne et en France ont de nouveau pesé sur l'indice S&P 500 qui peinait à se maintenir au-dessus de 1340.

Aux yeux des analystes techniques, il s'agit là d'un niveau de support critique. On revient là où l'on était au début du mois de mars, non sans avoir atteint à deux reprises un sommet de 1420 au cours des deux derniers mois.

Bien que l'on ne parle pour l'instant que d'une correction, l'incapacité de se maintenir au-dessus de ce niveau serait néfaste pour les marchés, croit Sam Collins, chef de l'analyse technique chez InvestorPlace.com. «On pourrait voir des prix beaucoup plus bas si le support ne tient pas», dit-il.

Que l'indice se retrouve à ce niveau de 1340 n'est pas une surprise, explique Ron Meisels, président de Phases&Cycles, firme de gestion de portefeuilles spécialisée en analyse technique. Mais lui aussi croit que ce niveau doit freiner la baisse, sinon l'indice chutera rapidement dans un premier temps jusqu'à sa moyenne mobile de 200 jours qui se situe actuellement à 1275.

Simple correction pour l'instant

Les marchés boursiers, après une hausse soutenue, traversent inévitablement des périodes de correction. Si elles sont la conséquence de prises de profits par les investisseurs, elles sont également nécessaires pour attirer de nouveaux investisseurs qui préféraient attendre de meilleurs prix avant de passer aux actes.

Le niveau de 1340 cadre bien dans le concept d'une saine correction, explique M. Meisels. En passant de 1420 à 1340, l'indice S&P 500 a reculé du tiers de la hausse qu'il avait réalisée depuis le creux de novembre, ce qui est la norme. «Pour l'instant, cette correction ne signifie pas la fin de la tendance haussière (bull market), mais elle doit inciter à une plus grande prudence», dit-il.

Si la prudence est plus que jamais de mise, c'est que les grands thèmes qui ont dicté l'évolution des Bourses depuis quelques années suscitent de nouveau beaucoup d'interrogations. D'abord, qu'arrivera-t-il en Europe? Mais aussi, que fera la Réserve fédérale américaine (Fed) lorsque juin arrivera et sonnera la fin de l'opération Twist?

Une répétition du scénario de 2010 et 2011, alors que les Bourses ont subi de fortes baisses à partir de l'été, est fort possible, estime Ismaël Chiadmi, directeur de l'analyse quantitative chez Montrusco Bolton.

Depuis trois ans, les marchés boursiers sont soutenus par les infusions de liquidités de la Fed d'abord et des autres banques centrales ensuite. Le dernier programme d'assouplissement quantitatif, l'opération Twist, qui consiste pour la Fed à racheter les titres à long terme en échange de titres à court terme, prendra fin en juin. Est-ce que les marchés sauront survivre sans ce respirateur artificiel? Jusqu'à maintenant, rien n'indique que la Fed prolongera l'opération.

Quant à l'Europe, les problèmes liés à l'endettement des gouvernements sont plus que jamais au coeur des préoccupations, et l'euro écope. Incapable de se maintenir au-dessus de 1,30 par rapport au dollar américain, la devise européenne se négociait hier à 1,2839.

Les marchés boursiers sont directement corrélés à l'euro, explique M. Chiadmi. «Quand l'euro baisse, les Bourses baissent, et rien n'indique que la tendance de l'euro s'inversera», dit-il.

La Bourse de Toronto a été la plus malmenée des Bourses nord-américaines depuis six mois, ce qui la place dans une situation encore plus précaire, selon Ron Meisels. L'indice phare du marché canadien, le S&P/TSX, se retrouve au-dessous de sa moyenne mobile de 200 jours. C'est le cas également de certains leaders des secteurs névralgiques de l'énergie et des commodités, tels Suncor et Potash, pour ne nommer qu'eux. Même quelques banques, comme la Banque de Montréal et la Banque CIBC, traversent des moments inquiétants, étant déjà sous leur moyenne mobile de 200 jours.