C’en est fini de la construction pour Habitations Trigone. Le groupe devient promoteur immobilier et confiera désormais ses travaux à « plusieurs entrepreneurs généraux licenciés », dont le fils d’un des propriétaires.

Publié le 17 août
Hugo Joncas
Hugo Joncas La Presse

« Je mets un terme à ma carrière de constructeur », dit Patrice St-Pierre, l’un des deux hommes d’affaires derrière Trigone, en entrevue avec La Presse.

Il n’a toutefois aucunement l’intention de se retirer de l’immobilier. « J’ai le droit d’être propriétaire des bâtiments, dit-il. J’ai juste pas le droit de construire. On a choisi quatre groupes et on leur a transféré les chantiers. »

La Régie du bâtiment du Québec a fait annuler en septembre dernier les 19 licences des entreprises œuvrant sous le chapeau de Trigone. Le chien de garde de l’industrie lui reprochait d’avoir « contourné la loi » par différents stratagèmes : dettes de jugements non payées, fausses déclarations, absence de collaboration avec les autorités, mauvais service et mauvaise qualité…

Après une contestation en appel, le Tribunal administratif du travail vient de confirmer la décision en pleines vacances de la construction, le 29 juillet dernier. Résultat : tout chantier sous le contrôle de Patrice St-Pierre et de son associé Serge Rouillard doit fermer.

Chantiers actifs sous le contrôle du fils

À Terrebonne et Mascouche, des travailleurs étaient pourtant à l’œuvre sur les chantiers des projets Lokalia et Axcès Trigone/Viva-Cité, a pu constater La Presse. Ils sont sous la responsabilité d’une société à numéro appartenant au fils de Patrice St-Pierre, Mathieu St-Pierre. Impossible de le joindre : sur le site de la Régie, la fiche de son entreprise présente un numéro de téléphone qui n’est pas le sien.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

L’activité avait repris mercredi au projet Lokalia, rue du Doré-Jaune, dans le secteur Lachenaie à Terrebonne. Le chantier se retrouve sous la direction de Mathieu St-Pierre, fils de Patrice St-Pierre, copropriétaire de Trigone, qui a perdu toutes ses licences.

Lors du passage de La Presse au projet Axcès Trigone à Mascouche mercredi, un travailleur s’affairait à faire disparaître le logo de Trigone d’une pancarte publicitaire.

Patrice St-Pierre affirme que son fils est responsable de ces chantiers de façon transitoire comme sous-traitant, en attendant la nomination d’un autre entrepreneur général. Il doit annoncer l’identité de l’entreprise qui prendra la relève d’ici la fin de la semaine, après en avoir avisé la Régie.

St-Pierre assure qu’elles ne sont pas liées à sa famille ou à celle de son associé Rouillard.

Selon lui, sa relation avec les entrepreneurs généraux qu’il choisit respecte en tous points l’esprit de la décision de la cour, qui l’écarte de l’industrie de la construction. « Ce sont des contrats avec des entrepreneurs généraux licenciés, dit-il. Je ne suis pas un donneur d’ordre, je suis un client ! »

À priori, rien n’indique que St-Pierre enfreint les règles, selon la Régie.

Ce n’est pas contraire à la loi de confier ses projets à des entrepreneurs avec des licences en règle.

Sylvain Lamothe, agent d'information à la Régie du bâtiment du Québec

À Mascouche, les projets de Trigone se trouvent sur des terres que le groupe avait acquises en partenariat avec le Fonds de solidarité FTQ. Le porte-parole de cette organisation, Patrick McQuilken, explique qu’un autre entrepreneur doit venir prendre la relève de Mathieu St-Pierre : Construction Dinamo inc., de L’Ancienne-Lorette.

« On a eu d’autres projets avec eux autres, et ça s’est passé super bien », dit le porte-parole du Fonds.

En outre, Trigone s’était déjà retiré de la construction d’immeubles en copropriété, qui lui ont valu ses problèmes avec la Régie. Le groupe ne construisait plus que des immeubles locatifs.

Promoteur immobilier

Même s’il dit vouloir se retirer de la construction, St-Pierre assure qu’il a l’intention de « continuer à faire ce qu’on fait depuis 30 ans » : des projets immobiliers.

Il affirme que des investisseurs « privés et publics » doivent se joindre à eux pour investir dans leurs projets, sans vouloir préciser lesquels.

Il refuse également d’identifier les entrepreneurs généraux qui doivent prendre la relève pour les construire, outre Dinamo et son fils.

En octobre dernier, juste après l’annulation de ses licences, le Fonds FTQ a revendu sa part des 30 immeubles locatifs qu’il détenait avec Trigone. L’acheteur, Centurion Apartment REIT de Toronto, a payé « plus de 300 millions » pour sa part du portefeuille, dont la valeur totale frise le milliard.

Les immeubles d’appartements de l’avenue de la Gare, à Mascouche, qui n’étaient pas terminés, ne faisaient toutefois pas partie de la transaction.

En plus de ces deux projets, le Fonds détient toujours des terrains en Montérégie avec des entreprises liées à Trigone.

En savoir plus

  • 2353
    Nombre d’habitations en chantier lorsque la Régie du bâtiment du Québec a obtenu l’annulation des licences de Trigone
    SOURCE : Demande de contestation de Trigone en octobre 2021
    23
    Nombre de filiales concernées par l’annulation des licences
    SOURCE : Décision du Bureau des régisseurs de la RÉGIE EN SEPTEMBRE 2021