(New York) Trois semaines après avoir émis un avertissement sur résultats qui avait ébranlé la Bourse américaine, le géant américain des supermarchés Walmart a présenté mardi des chiffres trimestriels solides, dopés en partie par l’inflation, et a rassuré Wall Street sur ses perspectives.

Mis à jour le 16 août
John BIERS avec Daniel HOFFMAN à Paris Agence France-Presse

Le groupe a indiqué qu’il s’attendait à ce que son profit opérationnel recule de 9 % à 11 % pour l’exercice comptable 2023, moins que les 11 % à 13 % prévus jusqu’à présent.

Au deuxième trimestre de son exercice décalé, l’entreprise de Bentonville (Arkansas) a réalisé un chiffre d’affaires de 152,9 milliards de dollars, en hausse de 8,4 % sur un an et supérieur aux attentes du marché.

La place new-yorkaise réagissait positivement à ces résultats, l’action de Walmart grimpant de près de 6 % en début de séance.

« Nous sommes satisfaits que davantage de clients choisissent Walmart en cette période d’inflation et nous travaillons dur pour les soutenir au moment où ils font attention à leurs dépenses », a déclaré dans un communiqué Doug McMillon, le patron de Walmart.

Le groupe avait annoncé fin juillet que ses bénéfices seraient érodés, car ses clients dépensent plus pour l’alimentation et l’essence en raison de l’inflation et moins pour les autres marchandises.

Cette situation pousse Walmart à offrir des réductions sur les autres produits, aux marges plus élevées, pour pouvoir écouler ses stocks. Le montant global des inventaires de l’entreprise était toutefois, fin juillet, plus de 25 % supérieur à celui de l’année précédente.

Le directeur financier de Walmart, John David Rainey, a indiqué mardi lors d’un appel téléphonique avec analystes de Wall Street que le groupe avait « annulé des milliards de dollars de commandes pour aider à ce que le niveau des stocks soit en accord avec la demande attendue ».

M. Rainey a également reconnu une évolution des habitudes de consommation liée à l’inflation avec un choix de plus en plus marqué pour des articles moins coûteux au sein d’une même gamme de produits, notamment dans l’alimentaire.

« Par exemple, au lieu de charcuterie à un prix plus élevé, les clients augmentent leurs achats de hot-dogs ainsi que de thon ou de poulet en conserve », a-t-il noté.

« Vents contraires »

Les ventes en nombre de magasins comparables (hors prix du carburant) de Walmart ont augmenté de 6,5 % lors du trimestre écoulé. Le groupe estime qu’elles progresseront de 3 % sur l’ensemble du second semestre 2022.

Son bénéfice net trimestriel a lui été de 5,1 milliards de dollars (+20,4 %).

Pour Neil Saunders de GlobalData, le trimestre meilleur que prévu de Walmart ne doit pas masquer des problèmes de fond, comme en témoigne le recul de 6,8 % du résultat d’exploitation du groupe, un indicateur qui permet d’évaluer la performance intrinsèque d’une entreprise.

« Toutes les divisions sont affectées par plusieurs vents contraires, à commencer par le recul de la valeur et du volume des ventes de marchandises aux marges plus élevées, notamment les produits pour la maison, les vêtements et les produits technologiques », indique l’analyste.

Les difficultés de Walmart à écouler ses produits autres que l’alimentaire tiennent à trois facteurs principaux, détaille M. Saunders : l’inflation qui pèse sur le pouvoir d’achat, des inventaires trop fournis et la difficulté d’attirer de nouveaux clients vers des biens de grande consommation.

L’une des options explorée par le géant américain consiste à renforcer son offre en dehors de ses magasins. C’est le sens d’un partenariat annoncé lundi qui propose aux clients du programme de fidélité Walmart Plus l’accès au service de vidéos à la demande de Paramount Global.

Cependant, rappelle M. Saunders, « ces activités secondaires sont bien plus embryonnaires que celles d’Amazon. Walmart ne peut à l’heure actuelle pas autant compter sur elles pour rattraper ses faiblesses dans le commerce de détail. »