Deux fois par année, les 32 employés de l’agence de marketing web Rablab reçoivent une prime. Qu’ils aient atteint leurs objectifs ou non, une somme leur est assurée. « Ça se situe entre 2000 $ et 3000 $, en fonction du pourcentage d’objectifs atteints, affirme le président Jean-Philippe Dauphinais. C’est très rare dans notre industrie, car les agences ne génèrent pas beaucoup de profitabilité. »

Publié le 8 août
Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

Depuis quatre ans, 3 % des revenus bruts de l’entreprise sont affectés à ces primes, divisés entre ses neuf directeurs (1,5 %) et le reste des employés (1,5 %), à l’exception des deux cofondateurs de l’agence. « Nous ne prenons rien », dit Jean-Philippe Dauphinais.

C’est en moyenne 100 000 $ chaque année qui ont ainsi été distribués depuis 2019. Même la pandémie n’a pas eu raison de ces sommes.

Combien les employés recevront-ils la prochaine fois ? L’entreprise vise des rentrées d’argent de l’ordre de 3,6 millions en 2022… Mais qui dit plus de contrats dit plus de gens à embaucher dans bien des cas, donc une somme à diviser davantage, non ? « Si on ajoute du monde, c’est pour être le plus efficace possible, répond Jean-Philippe Dauphinais. Quand on embauche, la prime diminue un peu, mais c’est pour générer plus de volume à la longue. »

Les primes sont livrées l’été et après le temps des Fêtes, peu de temps après les évaluations des employés. « Ça tombe bien après les dépenses de vacances estivales et de cadeaux à Noël, des périodes coûteuses pour les consommateurs, note Jean-Philippe Dauphinais. Deux fois l’an plutôt qu’une, c’est plus attrayant pour les employés et ça donne le temps de s’asseoir et de faire un bon bilan sur la santé de l’entreprise, de revoir ce qui est promis. »

Des avantages à la chaîne

Le cofondateur de Rablab et son associé, Nicolas Rabouille, évoluent dans une industrie où, sans surprise, les jeunes talents sont séduits par moult offres d’emploi. Même à une moyenne salariale de 67 000 $, il s’en trouve pour tourner le regard vers les émoluments dorés de la compétition.

On est arrivés à la croisée des chemins. On nous demande pourquoi on n’augmente pas les salaires… la prime, ça ne compte pas ! Les gens ne voient pas nécessairement l’ensemble de la rémunération. Récemment, on est donc passés au vote et 80 % des employés ont dit : "On garde la prime", contre 20 % qui voulaient une rémunération plus élevée.

Jean-Philippe Dauphinais

Le président fait savoir que la prime s’ajoute à une série d’avantages tangibles et intangibles : la semaine de quatre jours instaurée en début d’été, un chalet (Rablodge) où les employés peuvent décrocher une semaine chaque mois, le gym gratuit, le laissez-passer de vélo BIXI, un budget de mobilier pour la maison, un bureau attrayant près du marché Jean-Talon à Montréal, des assurances collectives avec télémédecine…

Les cofondateurs ont acheté un terrain à Saint-Alphonse-Rodriguez, où un chalet préusiné PRO-FAB sera implanté. « Comme ce ne sera livré qu’en mars 2023, pour en profiter avant, on a fait un partenariat avec un site de location de chalets, raconte M. Dauphinais. Ça nous sort du contexte de travail, ça mélange travail et plaisir. Les employés y vont sur une base volontaire. »

La brochette d’avantages explique le faible taux de roulement de l’entreprise, selon son président. « Il est de 9 % », affirme-t-il, alors que la moyenne dans l’industrie est de 40 %, selon une étude de l’A2C (Association des agences de communication créative).

« Les conditions de travail sont au centre des priorités, ajoute Jean-Philippe Dauphinais. Nicolas et moi avons eu des expériences d’affaires très différentes. J’ai toujours eu des employeurs justes et adéquats. Nicolas, non. Dans notre entreprise de services, 77 % des dépenses sont nos employés, notre ressource naturelle. Pourquoi ne pas traiter le mieux possible ce qui nous coûte le plus cher dans l’année ? »