(Laval) L’augmentation du coût de la vie pourrait avoir contribué à une recrudescence de la contrebande de cigarettes au Canada, soupçonne Alimentation Couche-Tard.

Publié le 29 juin
Stéphane Rolland La Presse Canadienne

La direction de l’exploitant de dépanneurs et de stations-service a formulé cette hypothèse, mercredi, au cours d’une conférence téléphonique destinée à discuter de ses plus récents résultats trimestriels.

« Au Canada, nous avons ressenti une pression du côté de nos ventes de cigarettes, rapporte le chef de la direction financière, Claude Tessier. Il semble y avoir un transfert vers le marché noir. »

Le président et chef de la direction, Brian Hannasch, constate d’autres changements d’habitudes des consommateurs. En moyenne, les automobilistes aux États-Unis mettent moins d’essence dans leur réservoir par visite. « C’est le signe que la pression monte sur les consommateurs. Nous sommes chanceux de voir le chômage à un creux historique, ce qui fait en sorte que le consommateur est quand même en meilleure forme qu’en 2008-2009 [lors de la crise financière]. »

Le dirigeant affirme être satisfait de l’achalandage, mais il constate que les consommateurs changent leurs habitudes de consommation en achetant des marques à bas prix.

On voit des consommateurs passer de la bière premium à la bière à bas prix.

Brian Hannasch, président et chef de la direction d'Alimentation Couche-Tard

M. Hannasch estime que le développement de son offre de marques privées a également porté ses fruits, tandis que les ventes dans cette catégorie ont augmenté « fortement dans la fourchette à deux chiffres » aux États-Unis. « Nous avons fait beaucoup de travail avec les marques privées au cours des trois dernières années et nous avons vu beaucoup de croissance. Ça nous a permis de faire un plus grand bénéfice par article vendu. »

Augmentation des dépenses

La société lavalloise a dévoilé, la veille après la fermeture des marchés, des résultats légèrement supérieurs aux attentes au quatrième trimestre, tandis que les marges de carburant aux États-Unis ont compensé l’effet des dépenses plus élevées et des marges plus faibles en Europe.

Au cours de la conférence téléphonique, la direction s’est fait questionner sur l’augmentation des frais d’exploitation de la société, en hausse de 19 % au quatrième trimestre (terminé le 24 avril) et de 14,3 % pour l’exercice.

M. Tessier a expliqué que la hausse était attribuable à trois facteurs. Il a indiqué que la comparaison par rapport à l’an dernier, où les dépenses avaient diminué dans la foulée des mesures de confinement plus sévères, était difficile. L’inflation a également exercé une pression sur les coûts et la masse salariale. Finalement, la société a procédé à des investissements pour encourager la croissance des ventes.

Au sujet de la main-d’œuvre, M. Hannasch a dit que l’entreprise voyait « la lumière au bout du tunnel », tandis qu’elle a réussi à embaucher davantage d’employés qu’elle n’en a perdu dans les dernières semaines.

L’augmentation du nombre d’employés laisse entrevoir une réduction du recours aux heures supplémentaires à un taux horaire plus élevé.

Couche-Tard a enregistré un bénéfice de 477,7 millions US au quatrième trimestre, en baisse de 15,3 %. La société a déclaré une perte de valeur de 56,2 millions US liée à la perte de contrôle de l’ensemble de ses investissements dans ses filiales en Russie. En avril, le fleuron québécois a annoncé la suspension des activités de 38 magasins en Russie à la suite de l’invasion de l’Ukraine par le régime de Vladimir Poutine.

Les revenus, pour leur part, ont connu une hausse de 34 % pour atteindre 16,4 milliards US, contre 12,2 milliards US.

Le bénéfice ajusté dilué par action atteint 55 cents, comparativement à 52 cents à la même période l’an dernier.

D’après les prévisions des analystes compilées par la firme Refinitiv, Couche-Tard devait rapporter un bénéfice net de 53 cents par action sur des revenus attendus de 15,5 milliards US.

Les prix élevés du carburant devraient continuer d’exercer une pression sur les volumes de vente de carburant, croit l’analyste de Stifel GMP, Martin Landry. Aux États-Unis, le volume par établissement comparable a diminué de 1,7 %, mais il a connu une augmentation de 3,7 % en Europe et de 4,3 % au Canada. « Nous croyons que les prix élevés du carburant pourraient avoir nui aux ventes en dépanneur en raison du choc à la pompe. »

L’analyste de RBC Marchés des capitaux, Irene Nattel, souligne pour sa part que le segment des dépanneurs demeure relativement résilient. « Dans le contexte économique actuel, la taille et l’expertise de Couche-Tard pourraient lui permettre de faire des gains de parts de marché. »

L’action perdait 74 cents, ou 1,39 %, à 52,64 $ à la fermeture de la Bourse de Toronto mercredi.