(Toronto) Le virage de Canopy Growth vers le cannabis haut de gamme a aidé l’entreprise à diminuer sa perte du quatrième trimestre par rapport à l’an dernier, mais cela ne l’a pas empêchée de voir ses revenus baisser de 25 %.

Mis à jour le 27 mai
Tara Deschamps La Presse Canadienne

Le producteur de cannabis de Smiths Falls, en Ontario, qui se trouve notamment derrière les marques Tweed, Doja et Ace Valley, a indiqué vendredi que ses revenus nets du quatrième trimestre s’étaient élevés à 111,8 millions, comparativement à ceux de 148,4 millions du même trimestre l’an dernier.

Annuellement, les revenus nets mondiaux du cannabis de la société ont baissé de 35 % pour atteindre 66 millions au cours du trimestre. Cela comprenait une baisse de 36 %, à 39 millions, pour le cannabis récréatif canadien et une diminution de 33 %, à 27 millions, pour le cannabis médicinal et d’autres produits, comme les produits comestibles, vendus au Canada.

Les revenus provenant d’autres produits de consommation, notamment les produits de vapotage Storz & Bickel, les produits de soin de la peau This Works, les boissons sportives et poudres protéinées BioSteel et d’autres articles, ont baissé de 3 %, à 45,8 millions.

Selon la directrice financière Judy Hong, les plus récents résultats sont inhérents à l’évolution vers des produits haut de gamme. Elle a fait valoir que cette migration était nécessaire à long terme, puisque le marché connaît une compression des prix et une évolution des préférences des consommateurs.

« Nous avons délibérément choisi de ne pas rechercher les ventes de fleurs à faible marge et pour une société de cannabis, la transition d’une gamme de produits peut être difficile », a-t-elle expliqué aux analystes lors d’une conférence téléphonique.

« Si nous avions continué à concentrer nos ressources sur la recherche active de ventes de fleurs à faible marge, notre activité canadienne de cannabis récréatif aurait généré des revenus nettement plus élevés au cours de l’exercice 2022, mais cela se serait fait au détriment de ce qui était juste, de ce qui mettra notre activité canadienne de cannabis sur la voie d’une croissance et d’une rentabilité durables. »

Depuis la légalisation du cannabis récréatif au Canada en 2018, les sociétés de marijuana s’efforcent de faire baisser les prix afin de ravir des clients au marché illicite et d’attirer de nouveaux consommateurs.

Dernièrement, plusieurs producteurs comme Canopy se sont cependant éloignés de cette stratégie et se concentrent plus intensément sur le cannabis haut de gamme, parce qu’il se vend à des prix plus élevés et attire souvent les consommateurs plus fidèles.

Nouveaux processus de prévision

Pour aider Canopy à gérer le changement, la société a amélioré ses processus de prévision pour s’assurer d’être plus agile dans l’ajustement de la production, afin de réduire les radiations de stocks, a expliqué Mme Hong. Ces radiations ont totalisé 120 millions au cours du dernier exercice de Canopy.

Certaines des économies réalisées grâce aux meilleures prévisions seront contrebalancées par l’inflation des salaires et la hausse des coûts de la chaîne d’approvisionnement, mais Mme Hong a assuré que Canopy était toujours convaincue de pouvoir réaliser des économies d’entre 30 millions et 50 millions au cours des 12 à 18 prochains mois.

Une grande partie de ces économies proviendront d’une stratégie de réduction des coûts mise en place récemment par Canopy pour rendre la culture du cannabis plus abordable et améliorer l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement.

Le plan comprend le réoutillage des installations, la révision des stratégies d’approvisionnement, la mise en œuvre de processus de fabrication flexibles et la réduction des frais professionnels et de bureau de tierces parties.

Ce plan a été dévoilé le mois dernier, en même temps que le licenciement de 243 travailleurs au Canada, en Europe et aux États-Unis.

La pression pour améliorer l’économie de l’entreprise s’est intensifiée depuis que Canopy a annoncé qu’elle n’atteindrait pas la rentabilité au cours de la seconde moitié de son exercice 2022, comme elle l’avait précédemment prédit. Elle n’a pas donné de nouvel échéancier, mais son chef de la direction, David Klein, a indiqué vendredi qu’il espérait atteindre la rentabilité « dès que possible ».

Perte réduite au plus récent trimestre

En attendant, la société a enregistré une perte nette de 578,6 millions, soit 1,46 $ par action, pour le trimestre clos le 31 mars, qui se comparait à une perte nette de 616,7 millions, ou 1,85 $ par action, pour la fin de l’exercice précédent.

Avant la publication des résultats, l’analyste Tamy Chen, de BMO Marchés des capitaux, a indiqué qu’elle s’attendait à ce que la direction présente le trimestre comme une « nouvelle réinitialisation stratégique » et fournisse un calendrier « quelque peu flexible » pour atteindre un bénéfice avant impôts, intérêt et amortissement positif.

« Compte tenu des [résultats] de l’entreprise et de ses difficultés passées à atteindre des objectifs, nous ne serions pas étonnés si les investisseurs envisageaient le nouveau plan de réinitialisation avec un scepticisme initial », a-t-elle estimé dans une note aux investisseurs.

Les résultats de Canopy ont fait reculer son action de 97 cents, soit 13,6 %, à 6,15 $ à la Bourse de Toronto.

En réponse à une question écrite d’un actionnaire sur la « volatilité » du marché, Mme Hong a souligné que « les baisses du cours de l’action [n’étaient] vraiment pas uniques à Canopy ».

« Lorsque vous regardez la performance du cours des actions des producteurs américains et canadiens autorisés, bon nombre de ces noms affichent des baisses assez substantielles du point de vue du cours des actions », a-t-elle affirmé.

« Maintenant, du point de vue de Canopy, nous nous concentrons sur le contrôle réel de ce que nous pouvons contrôler, ce qui pose vraiment les bases d’une croissance durable à long terme et crée vraiment une entreprise de cannabis avec des marques haut de gamme, alors que le marché traverse ce genre de cycles. »