(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau a insisté vendredi que c’est pour des raisons de sécurité qu’Ottawa a pris la décision d’exclure les fournisseurs chinois Huawei Technologies et ZTE de la mise en place de l’infrastructure des réseaux mobiles de prochaine génération au Canada.

Mis à jour le 20 mai
Michel Saba La Presse Canadienne

« Nous avons pris cette décision pour nous assurer que les Canadiens restent en sécurité, que nos réseaux de télécommunications et nos entreprises restent en sécurité », a-t-il déclaré quelques heures après que Pékin eut déclaré que la décision a suscité un « fort mécontentement ».

M. Trudeau, qui prenait la parole en marge d’une visite de l’aluminerie Alouette, à Sept-Îles, sur la Côte-Nord, celle-là même qui a été victime dans les derniers mois d’une cyberattaque revendiquée par un groupe russe, a estimé que les Chinois « vont comprendre » que chaque pays a le droit d’assurer la sécurité de ses citoyens.

Il a noté que plusieurs des alliés du Canada ont pris une décision semblable au cours des dernières années.

« Ça fait longtemps que les gens se demandaient quand le Canada allait prendre cette décision. Tous nos alliés ont pris cette décision. Nous, on voulait s’assurer que ce soit réellement la bonne décision pour le Canada, de le faire de la bonne façon. »

Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

« Nous avons pris cette décision pour nous assurer que les Canadiens restent en sécurité, que nos réseaux de télécommunications et nos entreprises restent en sécurité », a expliqué le premier ministre Justin Trudeau lors d’une visite de l’aluminerie Alouette, à Sept-Îles.

Plusieurs pensent que le gouvernement a retardé sa décision sur la 5G afin d’éviter de mettre de l’huile sur le feu après l’emprisonnement en Chine des Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig à la suite de l’arrestation par la GRC d’une dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou.

La décision annoncée la veille d’exclure les deux entreprises n’a « pas été facile », mais c’est « la bonne décision », a affirmé M. Trudeau, ajoutant que le gouvernement comprend « que cela pourrait bien entraîner des contestations à l’Organisation mondiale du commerce ».

M. Trudeau n’a pas directement répondu à des questions visant à clarifier si les Canadiens se trouvant en Chine devraient craindre pour leur sécurité, s’il craint des sanctions économiques et si la Chine a été avertie de l’annonce.

Washington salue la décision d’Ottawa

Le département d’État américain a félicité le Canada pour sa décision.

Dans un communiqué, Washington affirme que les États-Unis soutiennent les efforts déployés dans le monde entier pour garantir que les consommateurs et les clients peuvent faire confiance à leurs réseaux et leurs fournisseurs de services sans fil.

Washington assure que les États-Unis continueront de collaborer avec le Canada et d’autres alliés pour assurer une sécurité partagée à l’ère de la 5G.

Les États-Unis avaient commencé dès 2019 à empêcher les entreprises américaines de faire affaire avec Huawei et attendaient depuis que le Canada leur emboîte le pas.

Lors de son audience de confirmation, en septembre dernier à Washington, l’ambassadeur des États-Unis au Canada, David Cohen, avait laissé entendre que les États-Unis s’impatientaient du retard d’Ottawa dans ce dossier.

« Nous saluons la décision du Canada, a déclaré vendredi par écrit le département d’État en réponse à une question de La Presse Canadienne. Les États-Unis soutiennent les efforts visant à garantir que les pays, les entreprises et les citoyens peuvent faire confiance à leurs réseaux sans fil et à leurs fournisseurs. Nous continuons de collaborer avec des alliés comme le Canada pour assurer notre sécurité partagée dans un avenir 5G et au-delà. »

Ce commentaire anodin contraste avec ce que M. Cohen avait déclaré au Comité sénatorial des relations étrangères, en septembre dernier au Capitole, avant d’être confirmé comme envoyé du président Joe Biden au Canada.

« Nous attendons tous que le Canada publie le cadre de sa politique globale envers la Chine », avait alors indiqué M. Cohen, décrivant les ambitions du régime autocratique à Pékin comme une « menace existentielle » pour les États-Unis.

Il promettait également de s’impliquer dans les discussions pour « s’assurer que les politiques du Canada reflètent son discours pour ce qui concerne la Chine ».

À ce moment-là, à l’automne 2021, le Canada marchait sur la corde raide avec la Chine : après avoir arrêté une dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, en vertu d’un mandat d’extradition américain, Ottawa s’efforçait d’obtenir la libération de deux citoyens canadiens détenus en représailles par Pékin.

Photo JENNIFER GAUTHIER, archives REUTERS

Meng Wanzhou

Quelques jours plus tard, cependant, Mme Wanzhou a été libérée après que le département américain de la Justice eut annoncé un accord de poursuite différée dans ce dossier. Les deux Canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, ont été libérés par la Chine dans les heures qui ont suivi, le 24 septembre 2021.

Plus tôt cette semaine, Ottawa a également annoncé la fin d’un autre irritant soupçonné d’être lié aux tensions avec Huawei et Mme Meng : une interdiction chinoise de trois ans sur les importations de canola canadien.

En mars 2019, quelques mois après l’arrestation de Meng Wanzhou, la Chine avait interdit l’importation du canola produit par deux entreprises canadiennes, apparemment après la détection de parasites dans des expéditions en provenance du Canada.