(Montréal) La coopérative agricole étudie toujours l’offre non sollicitée reçue concernant l’achat de son siège social de 100 millions dans l’arrondissement de Saint-Hubert à Longueuil.

Mis à jour le 16 mai
André Dubuc
André Dubuc La Presse

Le chef de la direction, Émile Cordeau, a accepté de répondre aux questions des médias en marge de son allocution devant le Cercle canadien, lundi midi au Palais des congrès de Montréal.

Le transformateur laitier, qui avait remis sur le marché de la location environ la moitié de la superficie de son luxueux siège social de la Rive-Sud, a reçu peu après une offre d’achat non sollicitée. « On est encore à l’étudier, c’est un long processus qui suit son cours », a indiqué M. Cordeau.

PHOTO YVES TREMBLAY, ARCHIVES LES YEUX DU CIEL

Le siège social d’Agropur

Endettement

La coopérative laitière a allégé son fardeau financier l’an dernier en procédant au rachat d’actions privilégiées qui appartenaient à la Caisse de dépôt et au Fonds FTQ, notamment. Institution coopérative, ses moyens de financer sa croissance restent limités comparativement, par exemple, à son concurrent Saputo, coté en Bourse. Pour contourner cette difficulté, Agropur avait opté pour l’émission d’actions privilégiées comme solution de remplacement. Cette avenue s’est avérée coûteuse au point d’entraîner le rachat de ces actions à même les produits de la vente de la division de yogourts Ultima.

Pour financer sa croissance future, comme pour son investissement de 168 millions à Little Chute, au Wisconsin, le fabricant du lait Natrel privilégie la dette bancaire le plus possible, a indiqué M. Cordeau.

Agropur a d’ailleurs refinancé ses dettes l’an dernier. « On a été capables de refinancer l’ensemble de l’œuvre à un coût plus avantageux, s’est-il réjoui. La dette bancaire a un échéancier de cinq ans. Les notes juniors ont un échéancier auquel il reste sept ans. Environ la moitié de la dette de 1,3 milliard est à taux variable. On cible un ratio dette/BAIIA [bénéfice avant intérêt, impôt et amortissement] de deux à trois fois, et là, on est juste au-dessus de trois fois. »

Importations américaines au Canada

Agropur, qui réalise 45 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis, a deux visages : défenseur acharné de la gestion de l’offre au Canada et apôtre du libre-échange aux États-Unis. Une situation pour le moins paradoxale quand vos proprios sont des producteurs laitiers canadiens qui s’opposent à tout changement à la gestion de l’offre. Conséquence : il n’est pas exclu que les usines américaines d’Agropur exportent au Canada à l’avenir, a reconnu le patron. « Si ça arrive, a dit M. Cordeau, ce serait en fonction de nos quotas d’importation dont disposerait Agropur. Présentement, c’est marginal. Au fur et à mesure que les quotas d’importation deviennent disponibles, il n’est pas impossible que l’on favorise nos usines américaines plutôt que le reste du marché. C’est tout à fait plausible. »

Inflation

Agropur n’échappe pas à la vague inflationniste qui secoue l’industrie alimentaire. Dans ce contexte, la coopérative laitière, derrière les marques Natrel, Québon et le fromage Oka, n’a pas le choix d’ajuster ses prix, a dit son président et chef de la direction, Émile Cordeau.

La flambée des prix se manifeste dans l’ensemble de la chaîne de production d’Agropur. « À la ferme, on sent la pression chez nos producteurs, qui est importante. Nous, dans l’entreprise que ce soit le transport, les emballages, tout ce qui est lié au pétrole, les plastiques, etc. La main-d’œuvre est aussi un défi. Pour attirer de la main-d’œuvre, ça peut vouloir dire des salaires [plus élevés], parfois. »

Le prix du lait, un intrant important pour Agropur, a augmenté de 8,4 % en février, en vertu d’une révision annuelle décrétée en octobre par la Commission canadienne du lait (CCL). Il s’agit d’un processus prévu par le système de gestion de l’offre.

« Ça nous touche directement, explique M. Cordeau. Veux, veux pas, notre plus gros intrant, c’est le lait. Quand il y a une hausse du coût du lait, nous, on ne peut pas l’absorber, alors on n’a pas le choix de la repasser au marché. Notre opération tout court a aussi des pressions inflationnistes importantes. On n’a pas le choix d’en passer une portion aux consommateurs. »

Les producteurs de lait aimeraient que la CCL prévoie un deuxième ajustement annuel en raison du contexte inflationniste exceptionnel. M. Cordeau ne veut pas se prononcer à savoir si une augmentation avant février serait souhaitable ou non, mais il reconnaît que c’est un scénario possible.

Avec La Presse Canadienne