Après 26 ans, Peter Simons quitte la présidence de l’entreprise familiale. Pour la première fois depuis 1840, le détaillant ne sera pas dirigé par un membre de la famille. Une décision, prise dans un « moment de lucidité », qui enlèvera sans doute un peu de « pression » sur les épaules des enfants « encore jeunes » de l’homme d’affaires, soutient-il.

Mis à jour le 15 mars
Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Bernard Leblanc, qui occupait jusqu’à tout récemment le poste de vice-président exécutif et chef des opérations corporatives, agira à titre de président et chef de la direction, a annoncé la Maison Simons, mardi.

Peter Simons demeurera au sein de l’entreprise à titre de chef marchand – gestion des inventaires, des achats, des chaînes d’approvisionnement – et siègera au conseil de famille ainsi qu’au conseil consultatif, sorte de conseil d’administration. Les frères Peter et Richard Simons demeureront les actionnaires de contrôle.

Âgé de 57 ans, celui qui incarnait le visage de l’entreprise connue pour ses vêtements et articles de maison aurait pu demeurer en poste plusieurs années encore. Pourquoi partir maintenant ? « Oui, je suis jeune, reconnaît-il en riant au bout du fil. L’entreprise a les reins solides, on est en bonne position. On commence à avancer avec des projets pour l’avenir. Tous les éléments étaient en place. L’homme d’affaires en moi se dit qu’il vaut mieux être proactif que réactif. J’aimerais être présent pour supporter Bernard dans cette transition et assurer le succès de l’entreprise. »

« On pense 20-25 ans en avance », a-t-il ajouté au cours de l’entrevue accordée à La Presse en compagnie de Bernard Leblanc. « Pour un PDG, le plus important, c’est la succession, la continuité de l’entreprise. C’est beaucoup l’erreur que les gens font. Ils ne sont pas capables de mettre l’entreprise en premier. »

M. Simons a pris sa décision récemment. Cette réflexion n’était pas entamée avant la pandémie et, au plus fort de la crise, il consacrait ses énergies à traverser la tempête, raconte-t-il.

En ce qui concerne la question de la relève familiale, l’homme d’affaires qui est père de deux enfants, alors que son frère Richard en a trois, considère qu’il serait prématuré pour eux de prendre les commandes puisqu’ils sont encore jeunes. Certains poursuivent toujours leurs études. L’entreprise était dirigée par la famille depuis cinq générations.

« Ce qui arrive aujourd’hui devait arriver un jour ou l’autre [en raison] de la différence d’âge que j’ai avec mes enfants et où ils sont rendus dans leur vie, soutient-il. Cette décision-là les libère un peu d’un certain gros stress. Peut-être que je me donne trop de crédit, mais ce que je décide aujourd’hui démontre aux enfants qu’ils n’ont pas besoin d’être PDG. On peut trouver différents rôles à jouer à différents moments dans l’entreprise. »

Au sujet de M. Leblanc, bien qu’il ne soit pas membre de la famille, il partage avec elle les mêmes valeurs, insiste M. Simons. « J’entreprends le mandat avec un grand sens du devoir », ajoute pour sa part le nouveau PDG, qui a fait son entrée dans l’entreprise en 1994, à titre de gestionnaire des importations et des achats. « Je me vois comme un gardien de l’héritage qui a été légué en quelque sorte par cinq générations de la famille. »

« Je pense que ça ouvre les options pour le bénéfice de l’organisation, mentionne-t-il. Q’un des enfants puisse intégrer la direction de l’entreprise un jour, ce n’est pas exclu. »

L’avenir

Dans des entrevues accordées à différents médias pendant la pandémie, M. Simons n’avait pas caché que son entreprise vivait des difficultés, comme de nombreux détaillants. « [Maintenant], on recommence à rêver », assure Bernard Leblanc. Celui-ci fait notamment référence à l’ouverture d’un 16magasin d’ici quelques semaines au Centre Fairview Pointe-Claire. Le détaillant considère qu’elle a également réussi son virage numérique.

À Québec, le nouveau centre de distribution, un projet de 200 millions, est opérationnel, et on termine la mise en place de la dernière phase. C’est de ce centre que sont gérées les commandes pour les magasins et celles qui sont passées en ligne.

L’entreprise fondée à Québec en 1840 par John Simons compte maintenant 15 magasins, soit 9 au Québec, 2 en Ontario, 3 en Alberta et 1 en Colombie-Britannique. Près de 3000 employés travaillent pour la Maison Simons.

Bien qu’il tire un trait sur un poste qu’il a occupé pendant de nombreuses années, Peter Simons n’a pas l’intention de prendre des vacances avant d’assumer son rôle de chef marchand. « Je vais aller aider un ami dans une érablière en fin de semaine, mais pas de grosses vacances. J’ai beaucoup de travail. »