(Calgary) Les pénuries de main-d’œuvre dans le secteur pétrolier et gazier du Canada pourraient limiter sa capacité à intervenir rapidement pour combler le vide laissé par les sanctions américaines contre la Russie, estiment des experts de l’industrie.

Mis à jour le 11 mars
Amanda Stephenson La Presse Canadienne

Le secteur est aux prises avec un manque de travailleurs depuis l’année dernière, lorsque le rebond des prix du pétrole a commencé à alimenter une légère augmentation des activités de forage des pétrolières canadiennes.

À l’automne dernier, le nombre d’emplois directs et indirects dans le secteur des services pétroliers et gaziers montrait une augmentation de 130 % par rapport à l’année précédente. L’arrivée de plus de 20 000 travailleurs supplémentaires a permis au taux de chômage du secteur de passer de 17,7 % en septembre 2020 à 3,7 % un an plus tard.

Mais c’était avant que la Russie ne commence à envahir l’Ukraine le mois dernier, faisant grimper en flèche les prix du pétrole et conduisant le président américain Joe Biden à interdire les importations de pétrole russe.

Le monde a maintenant faim d’énergie, et les États-Unis en particulier sont confrontés à un déficit d’environ 700 000 barils de pétrole par jour.

Selon des experts de l’industrie, le Canada a la capacité d’augmenter ses exportations à court terme — les estimations varient entre 200 000 et 400 000 barils supplémentaires par jour. Mais elle ne pourra pas s’ajuster rapidement, a prévenu Mark Scholz, président et chef de la direction d’une association canadienne d’entrepreneurs en énergie (CAOEC).

« Même s’il y avait un signal de nos clients qu’ils allaient investir plus d’argent dans le sol pour profiter des prix élevés, il n’y a aucune garantie que nous serions même en mesure d’approvisionner le marché avec les plateformes disponibles, en fonction de la situation de la main-d’œuvre », a souligné M. Scholz.

La faiblesse soutenue des prix pendant plusieurs années a entraîné un « sous-investissement » important dans le pétrole et le gaz naturel canadiens, a ajouté M. Scholz, et maintenant l’industrie est sous-équipée pour répondre à la demande mondiale croissante.

« Nous avons vu beaucoup d’argent quitter l’industrie, et quand vous voyez autant d’argent quitter une industrie, il y a des conséquences », a-t-il affirmé. « Cela a eu un impact sur notre capacité à attirer des gens dans l’industrie, à croître en tant qu’industrie. »