Recyclage Lithion a conclu la première tranche d’un financement pouvant atteindre 125 millions de dollars. L’argent servira à la construction de la première usine commerciale de recyclage de batteries lithium-ion.

Publié le 24 janvier
André Dubuc
André Dubuc La Presse

Les partenaires financiers qui s’invitent au capital-actions de Recyclage Lithion sont IMM Investment Global, de Corée du Sud, et Fondaction CSN, par le truchement du Fonds LCC.

« C’est une excellente nouvelle. Nous avions très hâte de dire que nous avions fini notre phase de gestation et qu’on se lance en commercialisation. Le déploiement commercial sera très rapide », dit, en entrevue avec La Presse, le président et chef de la direction de Recyclage Lithion, Benoit Couture, 56 ans.

« Je suis tellement fier qu’on se mette en marche et qu’on amène une solution qui a tellement de sens pour le développement de notre société et qui est nécessaire pour réussir notre transition énergétique dont on a tous besoin », poursuit l’ingénieur-entrepreneur qui a lancé trois jeunes pousses avant Recyclage Lithion.

Recyclage Lithion soutient avoir un processus technologique rentable pour récupérer jusqu’à 95 % des composants des batteries afin qu’ils puissent être réutilisés par les fabricants.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Recyclage Lithion soutient avoir un processus technologique rentable pour récupérer jusqu’à 95 % des composants des batteries afin qu’ils puissent être réutilisés par les fabricants.

Fondée en 2018, la société québécoise exploite une usine-pilote sur le boulevard du Golf, dans l’arrondissement d’Anjou, à Montréal, depuis janvier 2020. Elle emploie pour le moment 17 personnes.

Partenaire stratégique au cœur du financement, le fonds sud-coréen IMM Investment Global, doté d’un actif sous gestion de 5 milliards, entretient des liens avec des géants manufacturiers comme LG, SK, Samsung et Hyundai.

IMM est appelé à jouer un rôle dans la stratégie de Recyclage Lithion visant à implanter sa technologie de recyclage des matériaux de batteries par accords de licence avec des partenaires dans 25 villes à travers le monde d’ici 2035. Il se joindra au conseil d’administration de Recyclage Lithion.

Nous sommes convaincus que la technologie de Lithion pourra s’ancrer dans le marché international des solutions de recyclage des batteries au lithium dans lequel les entreprises coréennes ont déjà une forte présence.

Youngjoon Lee, associé directeur et président d’IMM Investment Global, dans un communiqué

M. Couture a bon espoir de compléter le financement de 125 millions d’ici trois mois.

Bras investisseur du gouvernement québécois, Investissement Québec (IQ) discute d’ailleurs avec Recyclage Lithion en vue de participer au financement des 125 millions dans une tranche ultérieure. IQ a accordé une garantie de prêt à Recyclage Lithion précédemment. La société d’État fait du développement de la filière batterie une priorité.

Capacité de recycler 20 000 batteries par an

Les 125 millions serviront à construire sa première usine commerciale de démantèlement et broyage des batteries (« Spoke ») au Québec d’une capacité de 7500 tonnes métriques par an ou 20 000 batteries de véhicules électriques. L’usine et le centre de recherche et développement seront situés dans la région montréalaise près des consommateurs de véhicules électriques.

À cette étape, l’usine recevra des batteries en fin de vie pour les réduire en copeaux constitués de matériaux de base (fer, aluminium, cuivre) et de plastique destinés à la récupération. Le procédé produit également de la poudre noire (black mass), laquelle contient tous les éléments stratégiques d’intérêt. Cette poudre est ensuite vendue aux affineries de nickel.

L’usine Spoke entrera en production en 2023.

Parallèlement à sa construction, la jeune pousse québécoise aménagera un centre de développement technologique. L’usine et le centre de recherche et développement ajouteront 100 emplois à son effectif.

L’argent servira aussi à achever des études d’ingénierie d’une future usine d’hydrométallurgie (« Hub ») au Québec. L’usine Hub, qui sera construite plus tard, transformera la poudre noire en matériaux de « grade batterie » pour fabriquer de nouvelles batteries.

« C’est comme ça qu’on crée l’économie circulaire autour de la batterie lithium-ion », souligne M. Couture.

Le choix du site de l’usine Hub, explique le diplômé de Polytechnique, est fonction de la présence des autres acteurs de la filière batterie. M. Couture précise que la ville de Bécancour, où est déjà installée Nouveau Monde Graphite et où s’installera prochainement Nemaska Lithium, constitue un « très beau site d’intérêt ».