« Il n’y a rien qui arrive présentement qui n’était pas planifié. La seule chose qui n’était pas planifiée, c’est la COVID-19 », lance le PDG de Guru, Carl Goyette, en entrevue.

Mis à jour le 20 janvier
Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

Le grand patron de l’entreprise montréalaise de boissons énergisantes biologiques réagit ainsi à des commentaires entourant la rentabilité à court terme, qui serait « sacrifiée ». « La réalité est qu’on a fait un choix », dit-il.

« On est en meilleure position que jamais », ajoute Carl Goyette.

« On a toujours été rentables. Mais après avoir réalisé notre potentiel, on s’est dit qu’il fallait accélérer, et c’est là qu’on a décidé d’aller en Bourse [en 2020] et de lever de l’argent. Il serait très contradictoire de laisser dormir l’argent en banque pour essayer de dégager un profit aujourd’hui. Les investisseurs ne nous ont pas donné cet argent pour qu’on le laisse à la banque. Ils ont dit : “Investissez-le en marketing parce qu’on croit au potentiel [de votre entreprise].” »

PHOTO FOURNIE PAR GURU

Publicité de Guru à l’extérieur du Québec misant sur les boissons naturelles conçues à partir de plantes de l’entreprise montréalaise

En présentant jeudi sa performance de fin d’exercice, Guru a dévoilé une croissance des revenus supérieure aux attentes. Les ventes ont augmenté de près de 40 %, à 8,5 millions durant le trimestre, mais les marges se contractent et la perte nette a doublé, à 6 millions.

La marge brute en pourcentage des revenus s’est élevée à 51 %, alors qu’elle était de 61 % un an plus tôt.

La direction soutient que la marge brute est notamment affectée par un coût unique de mise en place du partenariat avec Pepsi, qu’elle ne reculera pas davantage et devrait même reprendre de l’expansion.

Le début d’année est particulièrement important pour Guru, dont les marges se retrouvent sous pression avec le changement apporté à l’automne au modèle d’affaires.

Depuis octobre, c’est Pepsi qui s’occupe de distribuer les produits Guru et qui s’occupe du marchandisage, de la vente et de la gestion de comptes. « Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, c’est un gros avantage pour nous », dit Carl Goyette.

Après quelques semaines seulement, les produits Guru atteignent déjà un niveau de distribution de 85 % dans les dépanneurs et stations-service de l’Ouest canadien et de l’Ontario. « C’était 0 % il y a un an. Si on l’avait fait nous-mêmes sans Pepsi, ça nous aurait pris des années et ça aurait coûté des millions. C’est transformationnel, ce qu’on fait au Canada avec la force de frappe de Pepsi », dit le PDG.

« Les premiers mois de l’année seront déterminants parce que c’est là que les détaillants choisissent les marques qu’ils vont tenir sur leurs tablettes et qu’ils vont promouvoir pour les 12 prochains mois. Pepsi négocie présentement avec les détaillants [Petro-Canada, 7-Eleven, Couche-Tard, Empire (Sobeys et IGA), etc.] pour que Guru soit disponible sur les tablettes à partir d’avril. Nous allons avoir les réponses des détaillants dans les prochaines semaines et nous saurons qui vendra du Guru et qui n’en vendra pas. Naturellement, nous sommes très optimistes », dit Carl Goyette.

« Resserrement normal »

La perte n’est pas surprenante aux yeux de l’analyste Martin Landry, de la firme Stifel/GMP. « Ça fait partie du plan de croissance de l’entreprise, mais ça peut être perçu négativement par les investisseurs dans le contexte actuel d’aversion au risque qu’on observe sur les marchés ces jours-ci », note-t-il.

« Le resserrement des marges est normal pour une marque en expansion qui doit dépenser de façon agressive en marketing et en publicité pour se bâtir, même si l’ampleur de la contraction est plus importante qu’anticipé », souligne de son côté Nauman Satti, chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

L’action de Guru a perdu 4 % pour clôturer à 14,64 $ jeudi à Toronto. Le titre est maintenant en baisse de 38 % par rapport au sommet de 23,48 $ atteint en janvier l’an passé, mais demeure en hausse par rapport au prix initial de 5,45 $ lors de l’entrée en Bourse à l’automne 2020.

Nauman Satti est devenu plus tôt cette semaine le quatrième à recommander l’achat de l’action de Guru, ce qui signifie que tous les analystes qui suivent officiellement Guru suggèrent maintenant d’acheter le titre.

Cet expert estime que l’action est aujourd’hui attrayante après un repli boursier notamment attribuable à la pression sur les marges venant de l’entente avec Pepsi.

En ce qui concerne l’innovation, Guru, qui offre actuellement deux formats (250 ml et 355 ml), entend proposer le printemps prochain au Québec un format de 500 ml pour ses boissons Guru original et Guru léger afin de mieux concurrencer les marques dominantes.

« Ça donnera plus de choix aux consommateurs alors que 45 % des boissons énergisantes au Québec sont dans des formats de 473 ml », dit Carl Goyette.

Lancée officiellement au Québec en novembre, la nouvelle boisson à saveur tropicale, Guayusa, sera par ailleurs offerte dans le reste du pays au printemps. Guru affirme que Guayusa a capturé une part de marché de 3,5 % au Québec en quatre semaines en novembre et a été l’un des dix meilleurs vendeurs parmi les boissons énergisantes en dépanneur au Québec.

« C’est de bon augure pour le lancement du Guayusa à l’extérieur du Québec », commente Martin Landry.

Guru détient 14 % de parts de marché au Québec, derrière Red Bull (42 %) et Monster (28 %).