Alors que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, annonçait jeudi que les commerces considérés comme non essentiels – dont la liste n’est pas encore connue – devraient éventuellement exiger le passeport vaccinal pour laisser entrer leurs clients, les groupes qui les représentent demandent à Québec de trouver d’autres mesures, voire de reculer, en raison des difficultés énormes que représente l’implantation d’une telle règle.

Publié le 6 janvier
Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Des bottes d’hiver pour enfants, est-ce considéré comme un bien essentiel ? Les grandes surfaces qui vendent à la fois des aliments, des vêtements et des jouets devront-elles bloquer l’accès à certaines allées aux non-vaccinés ou exerceront-elles un contrôle à la caisse ?

Toutes ces questions demeurent sans réponse pour Michel Rochette, président pour le Québec du Conseil canadien du commerce de détail, qui juge l’exercice plutôt « périlleux ». En point de presse, le ministre Dubé a annoncé que l’accès aux succursales de la Société des alcools du Québec (SAQ) et de la Société québécoise du cannabis serait interdit aux personnes non vaccinées à partir du 18 janvier. Plus tard, cette semaine, il donnera davantage d’informations concernant les commerces non essentiels.

« Ce n’est jamais complètement clair, ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas, souligne M. Rochette. Évidemment, le ministre lui-même l’a mentionné, les épiceries et les pharmacies [sont des commerces essentiels], mais c’est toujours délicat quand on rentre dans cet univers. Il y a des commerces qui vendent à la fois de l’essentiel et ce qu’on appelle du non-essentiel – où tracer la ligne ? On ne parle pas de fermeture, on parle de la gestion d’un passeport pour certains produits et non pour d’autres. »

« Si l’objectif, c’est de serrer la vis aux non-vaccinés, il y a peut-être d’autres scénarios que de demander à des employés dans les commerces de gérer les cas problématiques, ajoute-t-il. On souhaite que le gouvernement envisage d’autres façons de mettre le doigt là où il faut. Si son but, c’est de forcer la vaccination, qu’il aille dans cette direction. »

Du côté du Conseil québécois du commerce de détail, le directeur général, Jean-Guy Côté, demande sans détour à Québec de revenir sur sa décision. « Nous demandons au gouvernement de ne pas considérer la mise en place du passeport vaccinal obligatoire chez les commerces non essentiels, a-t-il déclaré dans un communiqué. L’obligation du passeport vaccinal est difficilement applicable, voire impossible à mettre en place pour certains commerces. Cette mesure peut impacter négativement les activités quotidiennes des détaillants et engendra une baisse de trafic. Déjà touché [sic] par des enjeux de main-d’œuvre, avec plus de 25 000 postes à pourvoir dans le secteur au Québec, ajouter ce fardeau sur les détaillants québécois serait trop lourd. »

Du côté des quincailleries, l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction disait souhaiter que les membres qu’elle représente fassent partie de la liste des commerces essentiels. « Puisque depuis le jour un de la lutte à la pandémie, qui remonte à mars 2020, la posture gouvernementale a toujours été cohérente en plaçant le trio épiceries/pharmacies/quincailleries dans le peloton des établissements dont ne peuvent se priver les citoyens, nous sommes confiants que rien ne changera pour notre secteur d’activité », a indiqué le président et chef de la direction, Richard Darveau, dans une infolettre.

Dans le brouillard

De leur côté, les commerçants interrogés avaient peu d’informations à fournir concernant la mise en application de cette nouvelle règle et attendaient que le gouvernement donne davantage de détails.

Chez Loblaws, où le consommateur peut à la fois se procurer du lait et des mitaines, on avait peu de réponses à fournir concernant la ligne à tracer entre l’essentiel et le non-essentiel, et on disait attendre des « consignes plus claires ».

Même son de cloche du côté du Groupe Mach, propriétaire du Carrefour de l’Estrie. Le contrôle devra-t-il se faire à l’entrée des centres commerciaux ou devant chaque boutique ? « On n’a pas encore assez de détails pour se positionner, pour savoir comment on va [mettre en place] cette exigence », a dit Daniel Durand, directeur principal, marketing et communications.

Louis Dessureault, vice-président à l’exploitation du Groupe Marie Claire (Claire France, Marie Claire, San Francisco, Grenier, Dans un jardin), avait également peu de commentaires à faire. Il doit d’abord discuter avec son équipe.

Les salons de coiffure

Les salons de coiffure devront eux aussi exiger le passeport vaccinal des clients désireux de se faire couper les cheveux. Cette annonce a reçu un accueil mitigé, selon l’Association coiffure Québec. Le président, Stéphane Roy, également propriétaire de cinq salons Oblic, affirme avoir parlé jeudi à plusieurs confrères qui se sentent « pris en otages » par un gouvernement qui veut convaincre les non-vaccinés de relever leur manche. Selon lui, les salons de coiffure ne sont pas des lieux d’éclosion. « Ça va nous demander des tâches supplémentaires », indique-t-il, ajoutant dans la foulée qu’il se conformera aux nouvelles règles de la Santé publique.

À la SAQ, la porte-parole Linda Bouchard assure que « des équipes travaillent à la mise en place d’un protocole pour appliquer cette mesure à l’ensemble du réseau le 18 janvier ». Concernant la possibilité que des amateurs de vin et de spiritueux non vaccinés se soient rués vers les succursales avant la date butoir, Mme Bouchard affirme n’avoir noté « aucun mouvement particulier sur le plan de l’achalandage ».