Les entreprises se réjouissent – avec circonspection – de l’assouplissement annoncé mardi par la Santé publique du Québec, qui rabaisse de 10 à 5 jours la durée de l’isolement des personnes adéquatement vaccinées qui présentent des symptômes de la COVID-19.

Publié le 5 janvier
Marc Tison
Marc Tison La Presse

« C’est une bonne nouvelle », a commenté Éric Roberge, directeur général et copropriétaire de Luxia Innovation, petite entreprise montréalaise de 25 employés spécialisée dans la coupe et la transformation de tapis pour les avions d’affaires et commerciaux.

Au retour du congé des Fêtes, « j’ai trois employées atteintes de la COVD-19 », confie-t-il. « Ça change beaucoup les choses. » Avec la nouvelle mesure, « on a cinq jours de production de plus », souligne-t-il. « Dans le milieu de la production, c’est énorme. »

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Éric Roberge, copropriétaire de Luxia Innovation

La perte d’un employé pendant 10 jours pèse lourdement sur la productivité des petites entreprises, qui se voient privées d’une part disproportionnée de leur main-d’œuvre. « Au Québec, 53 % des entreprises ont moins de cinq employés. Perdre une personne pendant 10 jours si elle n’a pas de symptômes, c’est 20 % de la force de production », souligne François Vincent, vice-président Québec à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

De son côté, le président de Métal Bernard, Louis Veilleux, voit dans l’isolement de cinq jours un soulagement pour les travailleurs en industrie qui, comme dans le réseau de la santé, compensent l’absence de leurs collègues. « Les gens au travail ont besoin d’aide ! », lance-t-il.

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Louis Veilleux, président de Métal Bernard

Il estime que l’assouplissement à cinq jours d’isolement est une bonne nouvelle, « pourvu que ce soit bien fait et en concordance avec la science. Il faut être conséquent ».

Louis Veilleux rappelle que les travailleurs étrangers qui reviennent de passer les Fêtes avec leur famille et qui réussissent tous les tests à leur arrivée au Canada doivent traverser 14 jours en confinement. « Si on est capables de réduire ça à 5 jours et que toutes les mesures sont harmonisées, on va commencer à parler ! »

La nouvelle mesure inquiète toutefois la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, qui craint qu’un travailleur de retour de cinq jours d’isolement constitue un risque accru d’exposition au virus pour ses collègues.

Étape suivante : vaccination obligatoire

Sans surprise, le Conseil du patronat du Québec (CPQ), qui militait pour cet assouplissement auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux, est très heureux de l’annonce. « C’est une question de gros bon sens », a indiqué son président, Karl Blackburn. « Ça nous permet de ramener les travailleurs plus rapidement au travail, si l’on se fie à la science et aux recommandations de la Santé publique. »

Devant l’augmentation fulgurante du nombre de cas positifs dans la population, qui se reflète en proportion similaire chez les travailleurs, le CPQ a cependant demandé au gouvernement de faire un pas de plus et d’instaurer la vaccination obligatoire. « Ça viendrait aider tous les pans de notre société, soutient Karl Blackburn. Si on veut un jour parler de la pandémie au passé, il faut prendre cette décision. »

Des tests PCR pour les manufacturiers

Si la PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, Véronique Proulx, se joint au chœur entrepreneurial pour louanger la réduction à cinq jours d’isolement, elle dénonce toutefois les modifications apportées mardi aux priorités de dépistage.

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Véronique Proulx, PDG de MEQ

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a en effet annoncé que les tests PCR réalisés en clinique de dépistage sont désormais réservés à certaines clientèles plus prioritaires. Les personnes non prioritaires qui présentent des symptômes de la COVID-19 devront se rabattre sur les tests rapides offerts – ou non – dans les pharmacies. Si ces personnes n’ont pas accès à ces tests, elles seront considérées comme atteintes de la COVID-19 et devront suivre les consignes d’isolement en vigueur.

Cette annonce « nous préoccupe énormément, notamment le fait que les travailleurs dans le secteur manufacturier, à part pour ceux qui sont dans les abattoirs, n’auront plus accès aux tests PCR », a exprimé Véronique Proulx. « Le secteur manufacturier était reconnu comme essentiel l’année dernière. On demande au gouvernement de maintenir l’accès aux tests PCR pour les manufacturiers québécois et leurs employés ».