(Londres) Odeur de moisi des billets, argent déposé dans des sacs poubelle : la banque NatWest va devoir payer près de 265 millions de livres pour n’avoir pas réagi aux dépôts suspects de centaines de millions de livres dans une affaire de blanchiment

Publié le 13 déc. 2021
Olivier DEVOS Agence France-Presse

Lors de l’audience lundi à la Southwark Crown Court, au sud de Londres, le juge a pointé du doigt « les défaillances de la banque » tout en reconnaissant que l’institution n’était « en aucun cas complice du blanchiment » en cause, selon le jugement consulté par l’AFP.  

Le juge précise que le fait que la banque a plaidé coupable l’a conduit à réduire l’amende d’un tiers.

Dépôts en liquide de 264 millions de livres

Au cœur du dossier figurent des dépôts de plus en plus importants sur plusieurs comptes d’un client de la banque, Fowler Oldfield, un bijoutier de Bradford (nord de l’Angleterre) : 365 millions de livres en tout, dont 264 millions en liquide entre 2012 et 2016.

Plusieurs détails avaient éveillé les soupçons de certains employés de banque : l’odeur de moisi de certains billets, des quantités importantes de billets écossais ou encore l’attitude suspecte de personnes effectuant les dépôts dans les agences.

Au cours de l’audience, le procureur de la couronne a aussi évoqué un dépôt particulièrement rocambolesque : 700 000 livres d’argent liquide, transporté jusque dans une succursale dans des sacs poubelles noirs.

« Certains employés avaient signalé leurs soupçons », mais « aucune mesure appropriée n’a jamais été prise », a dénoncé le régulateur financier britannique, la FCA, qui avait annoncé en mars le lancement d’une procédure en justice contre NatWest, après avoir ouvert une enquête en 2017.

La banque « est responsable d’une série d’échecs dans la façon dont elle a surveillé et examiné des transactions qui étaient manifestement suspectes », renchérit Mark Steward, qui dirige notamment la surveillance du marché au sein du régulateur financier.

« Nous regrettons profondément »

Un enquête séparée, menée par la police locale, a conduit onze personnes à plaider coupable de charges relatives aux dépôts d’espèces et trois passeurs de fonds ont été inculpés, a précisé la FCA.

Treize autres personnes attendent leur procès, prévu le 25 avril prochain dans un tribunal du nord de l’Angleterre, pour des faits en relation avec les activités du bijoutier.

« NatWest prend très au sérieux sa responsabilité dans la prévention et la détection des délits financiers », a réagi la directrice générale Alison Rose dans un communiqué. « Nous regrettons profondément ne pas avoir réussi à surveiller correctement l’un de nos clients entre 2012 et 2016 et d’empêcher le blanchiment d’argent ».

« L’audience d’aujourd’hui met fin à cette affaire », mais « nous continuerons d’investir des ressources importantes pour combattre la criminalité financière », a-t-elle ajouté.

La banque avait notamment précisé en octobre avoir désormais 5000 employés spécialisés dans la criminalité financière et prévoit d’investir plus d’un milliard de livres pour renforcer ses contrôles au cours des cinq prochaines années.

La sanction prononcée lundi s’accompagne du paiement de frais de la FCA dans cette procédure de plus de 4,3 millions de livres et d’une mesure de confiscation de plus de 460 000 livres.

Elle « sera couverte par les provisions existantes, avec une petite provision supplémentaire à prendre dans les comptes financiers du quatrième trimestre 2021 », a précisé la banque, dont l’action a terminé en baisse de 0,74 % à 214,40 pence lundi à la Bourse de Londres.

C’est la première fois que des poursuites pénales sont engagées par le régulateur financier en vertu d’une loi de 2007, qui impose aux entreprises d’avoir « des systèmes et contrôles adéquats pour prévenir le blanchiment d’argent », selon la FCA.