L’effet du variant Omicron a été de courte durée sur la demande, estime Transat A. T., qui continue d’entrevoir un « retour à la normale ». Mais le voyagiste souhaite plus de souplesse financière, alors que son rapport annuel témoigne toujours d’« incertitudes jetant un doute » sur sa capacité à « poursuivre son exploitation ».

Mis à jour le 9 déc. 2021
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Afin de soutenir la relance de ses activités, la société mère d’Air Transat s’attend à puiser mensuellement jusqu’à 20 millions dans ses coffres pour encore plusieurs mois.

Parallèlement, sa dette a continué à grimper au cours du quatrième trimestre terminé le 31 octobre, pour atteindre 1 milliard. Le voyagiste aura à financer ce qu’il a emprunté ainsi que les prêts obtenus auprès d’Ottawa en avril dernier, qui s’accompagnent de taux d’intérêt croissants.

« Nous allons retourner toutes les pierres », a dit le chef de la direction financière Patrick Bui, jeudi, au cours d’une conférence téléphonique avec les analystes visant à discuter des résultats du quatrième trimestre. « Nous voulons être rentables d’un côté, et de l’autre, nous désirons également réduire les risques. »

Le voyagiste pourrait, par exemple, se tourner vers les marchés boursiers ou conclure de nouvelles ententes avec des prêteurs.

Transat A. T. a actuellement 430 millions dans ses coffres et a également accès à 170 millions. À court terme, les risques entourant les liquidités sont limités, croit Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale.

Mais puisque le ratio d’endettement devrait atteindre 5,1 fois le bénéfice d’exploitation ajusté en 2023, l’analyste estime qu’il existe un risque important de dilution pour les actionnaires existants.

« Pour afficher ce que nous croyons être un niveau plus convenable [environ trois fois le bénéfice d’exploitation ajusté], nous estimons que Transat devrait émettre pour 400 millions en actions », écrit M. Doerksen, dans une note.

Au cours d’un entretien téléphonique, le porte-parole du voyagiste, Christophe Hennebelle, a souligné que la société était « confiante » quant à la possibilité d’obtenir le financement nécessaire, puisque ses activités ont recommencé et qu’elle a présenté un plan clair aux investisseurs.

Des avions dans le ciel

Transat A. T., qui a relancé ses activités le 30 juillet dernier après une interruption de quelques mois en raison de la crise sanitaire, s’attend à retrouver 60 % de sa capacité d’avant la pandémie au cours de l’hiver.

Elle devrait atteindre 90 % du niveau de 2019 pendant la saison estivale, selon la présidente et cheffe de la direction du voyagiste, Annick Guérard. L’entreprise compte actuellement quelque 2000 employés – par rapport à seulement 750 au plus fort de la crise – et s’attend à rappeler 1500 personnes en 2022.

L’arrivée du variant Omicron a « sans surprise » eu un effet sur la cadence des réservations, a reconnu Mme Guérard, avant d’ajouter que les craintes de la clientèle semblaient déjà se dissiper.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Annick Guérard est aux commandes de Transat A. T. depuis la fin de mai.

« Nous regardions les données ce matin, et les réservations affichaient déjà une remontée au cours des deux derniers jours, a-t-elle expliqué. Ce sont surtout les réservations en décembre et en janvier [qui sont concernées]. »

À court terme, si certains voyageurs ont décidé de reporter la date de leur départ, cela n’était pas le cas pour des réservations prévues plus tard en 2022, comme en mars ou en avril.

Sans critiquer la façon dont le gouvernement Trudeau a réagi à l’arrivée du nouveau variant, Mme Guérard a affirmé que les directives fédérales étaient « difficiles à comprendre » pour les consommateurs.

Tous les voyageurs qui arrivent au Canada par avion de tous les pays sauf les États-Unis doivent se soumettre à un test de dépistage avant de s’isoler en attendant le résultat.

Toujours dans le rouge

Au quatrième trimestre, Transat A. T. a affiché une perte nette qui s’est établie à 121 millions, ou 3,21 $ par action, comparativement à 238 millions, ou 6,31 $ par action, il y a un an. La consommation de trésorerie a été de 15 millions par mois.

Ses revenus se sont établis à environ 63 millions, tandis que les analystes anticipaient 100 millions, selon la firme Refinitiv.

« En raison des impacts sans précédent de la pandémie, il est difficile d’estimer les revenus et bénéfices à court terme », a souligné l’analyste Tim James, de la Banque TD.

Abstraction faite des éléments non récurrents, la perte ajustée a été de 118 millions, ou 3,14 $ par action, comparativement à 156 millions, ou 4,14 $ par action, au quatrième trimestre l’an dernier.

À la Bourse de Toronto, le titre de Transat A. T. cotait, jeudi après-midi, à 4,48 $, en recul de 4 cents.

Transat en 2021

  • Perte nette : 389 millions (496 millions en 2020)
  • Perte ajustée : 446 millions (355 millions en 2020)
  • Revenus : 125 millions (1,3 milliard en 2020)

Partenariat avec Pascan Aviation

Après Air Canada, c’est au tour de Transat A. T. de nouer un partenariat avec Pascan Aviation pour harmoniser les réseaux des deux compagnies. Mme Guérard l’a mentionné aux analystes, et le vice-président de Pascan, Yani Gagnon, l’a confirmé. « On connecte les deux réseaux, a-t-il dit. Quelqu’un qui veut partir de Gaspé pour aller à Paris pourra le faire grâce à cette entente. C’est aussi le reste du monde qui pourra venir vers nos régions. » Par ailleurs, Pascan offrira une première liaison à l’extérieur du Québec. Au départ de l’aéroport Montréal-Trudeau, l’entreprise offrira des vols quotidiens vers Kingston, en Ontario.