« On n’a jamais vu ça ! On est tellement débordés ! On est une alternative à la SAQ », lance sans détour Louis-Philippe Mercier, sommelier et copropriétaire de La Boîte à vins. Des clients déçus, en raison du manque de choix qui frappe actuellement les succursales de la société d’État, se tournent massivement vers l’une ou l’autre de ses deux succursales où il vend exclusivement des vins et des cidres québécois. Ce dernier n’a pas besoin de passer par le réseau de la Société des alcools du Québec (SAQ).

Publié le 8 déc. 2021
Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

En raison des trois jours de grève déclenchés en novembre par les 800 travailleurs salariés des entrepôts de la SAQ ainsi que par les responsables de la livraison des bouteilles, les succursales de la société d’État peinent à renflouer leurs tablettes. Rappelons que les syndiqués ont rejeté lundi à 86 % l’entente de principe intervenue entre les deux parties. Les négociations reprendront ce mercredi. Impossible pour le moment de savoir si une autre grève sera déclenchée. Pendant ce temps, les étalages presque vides poussent des amateurs de vin à trouver d’autres solutions, comme La Boîte à vins, dont l’achalandage inhabituel s’explique également par l’approche du temps des Fêtes.

« [La situation à la SAQ] nous envoie des clients, soutient M. Mercier, qui ajoute dans la foulée que bon nombre de ceux qui poussent la porte de sa boutique du quartier Rosemont, à Montréal, ou de celle du Vieux-Longueuil reviennent d’une brève visite à la SAQ. Nous, on est complètement indépendants du réseau de la SAQ. »

Louis-Philippe Mercier et son équipe font directement affaire avec plus d’une centaine de producteurs québécois. Ils n’ont pas besoin de passer par les centres de distribution de la société d’État. « On est sûrs de toujours pouvoir s’approvisionner », souligne-t-il fièrement.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Romain Saurel et Jean-Philippe Mercier, copropriétaires de La Boîte à vins

Charles-Henri de Coussergues, cofondateur du vignoble de l’Orpailleur, croit lui aussi qu’il ressentira bientôt les impacts résultant de la difficulté d’approvisionnement à la SAQ.

Je pense qu’on risque d’avoir pas mal de commandes sur notre site transactionnel.

Charles-Henri de Coussergues, cofondateur du vignoble de l’Orpailleur

Un engouement qui pourrait lui donner un coup de pouce, puisque ses bouteilles destinées à la SAQ – 40 % de sa production – peinent à atterrir sur les tablettes.

Le Marché des Saveurs, situé au marché Jean-Talon, a lui aussi vu une « nouvelle clientèle » entrer en magasin dans l’espoir d’avoir du choix. Le magasin se spécialise également dans les vins québécois, nous a-t-on confirmé.

Renflouer les succursales

Pendant ce temps, Catherine Dagenais, présidente et chef de la direction de la SAQ, considère comme prioritaire le réapprovisionnement de ses succursales. Est-ce qu’il y aura du vin et des spiritueux en quantité suffisante à Noël ? « Définitivement, a-t-elle répondu au cours d’un entretien téléphonique avec La Presse, mardi. L’intention, c’est d’avoir les stocks appropriés pour le temps des Fêtes. Il se peut que le produit habituel ne soit pas disponible. Mais on a amplement de produits. »

En plus de la grève de trois jours, les 16, 22 et 23 novembre, les moyens de pression exercés en novembre par les employés ont eu des conséquences sur l’approvisionnement des succursales, selon Mme Dagenais. « Il y a eu du ralentissement. Les employés n’ont pas fait de temps supplémentaire à une période de l’année où on en fait toujours habituellement. » Elle ajoute que les consommateurs, de leur côté, se sont rués à la SAQ pour faire des « provisions ».

Depuis leur retour la semaine passée, [les travailleurs] ont recommencé à faire du temps supplémentaire, souligne-t-elle toutefois. Ça nous permet de récupérer un peu le retard. Évidemment, ça va prendre quelques jours, même quelques semaines avant d’avoir un état normal de la situation.

Catherine Dagenais, présidente et chef de la direction de la SAQ

Et si jamais une autre grève était déclenchée ? « Ce n’est pas souhaitable, indique-t-elle. On va faire le mieux possible pour servir nos clients. »

« Une trêve serait très appropriée si on veut concentrer nos efforts [pour] s’asseoir, négocier, trouver des solutions et arriver à une entente satisfaisante pour les deux parties », a-t-elle ajouté.

Concernant le rejet de l’entente de principe, Catherine Dagenais s’est dite surprise et déçue. « D’autant que les deux parties étaient confortables, confiantes que ça passerait. »

Du côté du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), aucun représentant n’était disponible pour accorder des entrevues mardi. « Toutes les énergies seront déployées à la table de négociation afin d’en arriver à une nouvelle entente », pouvait-on lire dans le communiqué diffusé par le syndicat.

« À l’approche des Fêtes, nous voulons que tous les Québécoises et Québécois aient accès aux produits de la SAQ et donc nous nous engageons dès [ce mercredi] dans de nouveaux pourparlers intensifs avec la direction, a également déclaré Michel Gratton, conseiller syndical du SCFP. Nous avons entendu nos membres et nous retournons à la table mieux aiguillés. »

Rappelons que les 800 travailleurs salariés des deux entrepôts de la SAQ ainsi que les responsables de la livraison des bouteilles ont fait la grève trois jours en novembre, notamment en raison de mésententes sur le salaire, la sécurité d’emploi et les mesures de santé et sécurité au travail. Les deux centres de distribution, situés à Montréal et à Québec, fournissent l’ensemble des 409 succursales et des 429 agences de la société d’État. Une première assemblée s’est tenue dans la métropole dimanche et la deuxième a eu lieu dans la capitale nationale lundi en fin de journée.